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Souffle inédit


Entretien inédit avec Claude Michel Cluny décédé en 2015 ! / Hyacinthe

Entretien inédit avec Claude Michel Cluny décédé en 2015 ! / Hyacinthe

L’ombre de la nuit Poésie, vie à l’infini         Entretien avec Claude Michel Cluny «Ce que je préfère est toujours le texte auquel je travaille»   Nous sortons de nos archives cet entretien né d’une rencontre avec Claude Michel Cluny, au café le Départ à Paris, en avril 2007, et prolongée par

L’ombre de la nuit

Poésie, vie à l’infini

 

 

 

 

Entretien avec Claude Michel Cluny

«Ce que je préfère est toujours le texte auquel je travaille»

 

Nous sortons de nos archives cet entretien né d’une rencontre avec Claude Michel Cluny, au café le Départ à Paris, en avril 2007, et prolongée par des échanges électroniques jusqu’en 2011. Poète, essayiste, romancier et diariste, Claude Michel Cluny, né en 1930, est l’auteur d’une quarantaine de volumes publiés essentiellement chez Gallimard et aux éditions de La Différence. Asymétries, paru en 1985, lui vaut le Prix Guillaume Apollinaire 1986, tandis que le Grand Prix de poésie de l’Académie française a, en 1989, couronné l’ensemble de son œuvre poétique. Son journal littéraire, L’Invention du temps, compte dix volumes dont le dernier, Rêver avec Virgile (1988-1990), a paru en 2013.

Décédé le 11 janvier 2015, Claude Michel Cluny mérite que nous pensons, encore et toujours, à lui…

 

 

Une phrase extraite du premier volume publié de L’Invention du temps, intitulé Le Silence de Delphes (1948-1962), nous semble introduire et, peut-être, résumer à la fois votre conception et pratique de l’écriture : « Le moraliste dérange l’ordre faux des convenances — ne confondons pas moraliste et moralisateur. » (p. 159) Quel crédit accordez-vous à la morale au moment où votre lecteur peut reconnaître en vous un moraliste contemporain ?

 

 

Claude Michel Cluny. Prenons, si vous le voulez bien, les choses dans l’autre sens : qu’est-ce que la morale ? Il n’y a pas de morale universelle, hormis une poignée de principes théoriques, concernant par exemple l’amour du prochain, principes que chacun entend pratiquer à sa manière, ou selon les lois que la société à laquelle il appartient lui impose. De tels principes sont évolutifs et relatifs. Ils varient, s’altèrent ou se durcissent selon les temps, les mœurs, les circonstances… Le moraliste établit un rapport de valeurs, lucide si possible, de l’individu à la société. C’est Voltaire déclarant : « Je ne partage pas vos convictions, mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer ». Sans s’interdire ensuite, évidemment, de les combattre ! C’est cela, « déranger l’ordre faux ». À mon sens, il n’est de propositions morales qu’utilitaires, afin de limiter les désordres du comportement humain. Donc, des principes de pouvoir.

L’éthique individuelle se fonde, elle, sur le rapport de la conscience à la réalité sensible.

 

 

Vous n’avez plus publié de livre de poésie depuis L’Autre Visage (2004) et, hormis Singapour, la ville du Lion (récit, le Rocher, 2007), votre énergie d’écrivain est centrée sur votre journal littéraire. Qu’est-ce qui motive ce choix ?

 

 

C.M.C. Mon âge ! Le sentiment de réalité me fait privilégier la mise au net de ce Journal littéraire, L’Invention du temps, qui s’achève en 2007. Une désaffection, aussi, vis-à-vis de la poésie, sa lecture et plus encore son écriture. Un roman ? Je n’ai plus le temps d’un travail aussi prégnant. Il me paraît logique que le Journal soit le dernier cycle de l’œuvre d’un écrivain, sauf à l’avoir publié en parallèle à ses essais et livres de fiction. Or, j’espère ne pas jouer les Mathusalem ! Il me reste donc peu de temps pour boucler ce qui m’intéresse de plus en plus – un autre voyage, en quelque sorte, dans ce que j’avais souvent oublié.

 

 

Le 20 août 1983, vous écrivez : « Travaillé avec une joie secrète au dictionnaire du cinéma, semblable, je puis l’imaginer, à la joie de l’artisan devant l’objet qu’il achève, joie que me procure le sentiment de rendre justice à des artistes et des œuvres que l’oubli, l’effacement menaçaient, à d’autres que j’arrachais à la méconnaissance. […] » (L’Or des Dioscures, p. 301) Plus de vingt ans après la parution, chez Larousse, du Dictionnaire du cinéma, pensez-vous avoir sauvé de l’oubli certains artistes ? D’un autre côté, avez-vous peur du temps et de l’oubli causé par le temps ?

 

 

C.M.C. Ce Dictionnaire fut novateur : à l’égard d’artistes injustement délaissés des autres ouvrages sur le cinéma, notamment des auteurs anglo-saxons ; mais parce qu’il fut le premier à recenser et analyser auteurs et films d’Asie, des Amériques et d’Afrique. Nous avions abandonné l’eurocentrisme : ce qui semble aller de soi au début de ce siècle était un défi il y a vingt-cinq ans. Des cinéastes isolés accédaient à l’histoire mondiale du cinéma.

Quant à l’oubli, il relève des phénomènes naturels, et plus encore sans doute des désastres organisés. Il existe aussi une circulation souterraine des œuvres, mystérieuse, riche de surprise : des films retrouvés intacts dans la glace au Canada, je crois, et les reconstitutions inespérées (Que vivaMéxico ! d’Eisenstein, L’Argent, de L’Herbier, etc.), et il en est de même en art, en littérature. Le temps ne m’inquiète qu’en raison du travail à accomplir. Pour le reste, laissez-moi rêver à tout ce que nous avons perdu de la littérature antique… Alors !

 

 

Quel intérêt accordez-vous à vos propres livres ? Ceux-là une fois publiés ont-ils de l’intérêt pour vous ?

 

 

C.M.C. J’y trouve toujours des coquilles à corriger, un mot impropre, un adverbe inutile.

 

 

Vous êtes un écrivain multiple, pluriel, fécond. Dans quelle posture vous sentez-vous le plus à l’aise, dans celle du poète, de l’essayiste, du romancier ou du diariste ?

 

 

C.M.C. Souvent, j’ai travaillé à plusieurs livres en parallèle, quittant l’un pour reprendre un autre d’un genre différent. Difficultés et bonheurs renaissent d’un livre l’autre : ce que je préfère est toujours le texte auquel je travaille. Si un texte résiste absolument, le plus sage est de l’exiler dans un tiroir, comme une Iphigénie dont le vent n’a pas voulu !

 

 

Plusieurs ouvrages critiques vous ont été consacrés. Écrivains et universitaires s’intéressent à votre œuvre, cela vous permet-il de faire le point sur votre écriture ? Vous nourrissez-vous des lectures qui vous ont été consacrées ?

 

 

C.M.C. Les approches critiques décantent ce que vous n’avez pas décelé ; il y a une sorte d’excitation à découvrir peu à peu de quels méfaits vous êtes coupable ! De quelles sources inconnues de vous jaillissent vos giclées d’encre ! Je ne suis pas introspectif, aussi servir d’objet à l’enquête apporte-t-il un supplément au peu d’intérêt que je me porte : ce qui compte, c’est l’œuvre, du moins quand elle possède une réalité. La critique ne vous nourrit pas, elle vous parle toujours d’un inconnu. Je ne reconnais pas les citations que l’on m’attribue ! C’est le meilleur service qu’elle puisse vous rendre, ne pas s’occuper de l’auteur mais de ses livres. Pour le Journal, l’auteur en tant que narrateur affiché, se situe en première ligne, ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut, dans la fiction.

 

 

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