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Souffle inédit


Roland Jaccard : « Après tout personne ne vous oblige à être vieux… »/ Hyacinthe

Roland Jaccard :  « Après tout personne ne vous oblige à être vieux… »/ Hyacinthe

L’ombre de la nuit Poésie, Vie à l’infini   Entretien avec Roland Jaccard : « Après tout personne ne vous oblige à être vieux… »   Conduit par Hyacinthe     Roland Jaccard est né à Lausanne, en Suisse, le 22 septembre 1941. Longtemps chroniqueur au journal Le Monde et directeur de collection aux Presses Universitaires de France,

L’ombre de la nuit

Poésie, Vie à l’infini

 

Entretien avec Roland Jaccard :

« Après tout personne ne vous oblige à être vieux… »

 

Conduit par Hyacinthe

 

 

Roland Jaccard est né à Lausanne, en Suisse, le 22 septembre 1941. Longtemps chroniqueur au journal Le Monde et directeur de collection aux Presses Universitaires de France, il est l’auteur d’une œuvre protéiforme composée d’essais (L’exil intérieur, La tentation nihiliste suivi de Le cimetière de la morale), de journaux intimes (L’âme est un vaste pays, L’ombre d’une frange, Journal d’un homme perdu, Journal d’un oisif), de livres illustrés (Dictionnaire du parfait cynique, Retour à Vienne). Le 16 avril dernier a paru de lui, aux éditions Serge Safran, Le Monde d’avant. Journal 1983-1988.

 

 

Hyacinthe : Votre dernier livre s’étend sur plus de 800 pages, et votre œuvre en compte plus de 25000, êtes-vous, Roland Jaccard, un maniaque de l’écriture ? Vivez-vous ou écrivez-vous ?

 

Roland Jaccard : Cher Hyacinthe, ce serait bien mal me connaître de croire que je suis, comme vous l’imaginez peut-être, un « maniaque de l’écriture » : nager au soleil, jouer au tennis de table, badiner avec de délicieuses gourgandines me procurent autant, sinon plus de plaisir. Sans oublier les échecs (formule Blitz) ou les matches de football (hélas à la télévision maintenant…les affronts de l’âge) me procurent autant de plaisir que mes griffonnages. Il y a des lecteurs pour les apprécier et je m’en réjouis. Mais pour ne rien vous cacher, être metteur en scène − style Fritz Lang − à Hollywood n’aurait pas été non plus pour me déplaire…ce sera pour une autre vie, à supposer que nous puissions bénéficier d’une seconde chance, ce dont je doute fort.

 

Hyacinthe : De quel monde parlez-vous, le journal Le Monde où vous avez côtoyé, entre autres, François Bott et Tahar Ben Jelloun, ou le monde littéraire où défilent Cioran, Gabriel Matzneff, Clément Rosset et jusqu’au jeune Michel Onfray dont vous brossez un superbe portrait : « Ce samedi 26.4.1986. Passé l’après-midi au bar du Lutetia avec un jeune professeur de philosophie, 27 ans, Michel Onfray, qui promène mélancoliquement avec lui un manuscrit refusé par tous les éditeurs parisiens. Il se réclame de Cioran, Matzneff, Bott et moi — et se refuse à tout compromis, ajoutant qu’il a suffisamment souffert dans son enfance des humiliations vécues par son père, simple ouvrier agricole. Comme je lui explique comment fonctionne le monde intellectuel parisien, il me demande à brûle-pourpoint comment je peux concilier tant de frivolité avec ma passion pour Louise Brooks ? Les deux me sont également nécessaires et j’ai passé l’âge du “tout ou rien”. Le mot qu’on exècre le plus dans la jeunesse, celui de “compromis”, est aussi celui auquel on doit de survivre encore après trente ans. Et c’est sans doute celui qui vaudra un jour sa gloire à notre jeune philosophe inconnu. » (p. 633)

 

Roland Jaccard : Vous évoquez, cher Hyacinthe, le grand quotidien du soir, Le Monde où j’ai eu le privilège d’atterrir après de modestes études universitaires à Lausanne. Ce fut un âge d’or. Je m’y liais avec François Bott, l’élégance même, Jean-Michel Palmier, Tahar Ben Jelloun, Gabriel Matzneff et quelques autres que j’évoque dans Le Monde d’avant en me tenant toujours à l’essentiel, c’est-à-dire à l’anecdote. Par ailleurs, je vivais alors − les passions ne sont pas faites pour durer − avec une jeune romancière vietnamienne draguée à la Maison des Lycéennes (tout un programme). Les années ont passé et elle n’est pas loin de rejoindre l’Académie française, ce qui, compte tenu de ma réputation douteuse, ne risque pas de m’arriver, pas plus d’ailleurs qu’à mon ami Gabriel Matzneff. Nous aurons au moins connu des étés torrides à la piscine Deligny dans une insouciance totale.

 

Hyacinthe : Aujourd’hui, quelques mois avant vos 80 ans, âge où votre propre père s’est suicidé comme vous l’avez écrit dans Le Monde d’avant. Journal 1983-1988(« 22.09.85. Ce fut mon père qui se suicida, la veille de mon anniversaire. Avec sérénité et courage. Sans pathos. » p. 516), et ailleurs, pensez-vous au suicide, ou bien votre amitié avec Cioran vous sauvera ?

 

Roland Jaccard : Cher Hyacinthe, comme vous me le rappelez, me voici à l’âge où mon père s’est suicidé, suivant les pas de son propre père. L’âge aussi où notre maître à tous, Emil Cioran, s’est progressivement éteint. Tous les trois m’ont montré le chemin à suivre. Je leur dois d’avoir pressenti très jeune déjà que la différence entre la vie et la mort est infime et que privilégier l’une aux dépens de l’autre témoigne d’une forme de débilité.

 

Hyacinthe : Lisez-vous aujourd’hui Le Monde ? Comment voyez-vous l’évolution de ce journal en particulier et de la presse dite littéraire française ? Certains parlent de déchéance. Qu’en pensez-vous ? Quel rôle Internet joue-t-il dans ce qui se passe ?

 

Roland Jaccard : Vous me demandez, Cher Hyacinthe, s’il m’arrive de lire encore Le Monde. Je l’ai quitté en 2001, assistant consterné au naufrage de ce Titanic du journalisme, maintenant au service d’idéologies bien-pensantes qui me révulsent. Les temps ont changé et il est temps d’affréter ma modeste embarcation pour d’autres horizons. Ou de boire le sirop mexicain qui m’enverra ad patres. Après tout personne ne vous oblige à être vieux…

 

Hyacinthe : Ami de Gabriel Matzneff, dont la figure hante votre journal et dont vous écrivez : « Toujours ce sentiment d’être inférieur à 89 Gabriel (ce n’est pas seulement un sentiment, pourrait-on dire, mais une réalité) et d’être menacé » (p. 88-89), témoin de sa relation avec « Vanessa », dont vous ne dévoilez jamais le patronyme, comment avez-vous lu Le Consentement et vécu tout ce qui s’est passé avec votre ami ?

 

Roland Jaccard : N’ayant pas le goût des effusions sentimentales, je ne m’étendrai pas, Cher Hyacinthe, sur les morts récentes de deux très proches amis, Clément Rosset et Pierre-Guillaume de Roux, ni sur l’ignoble chasse à l’homme qu’a connue Gabriel Matzneff. Je préfère m’arrêter ici. Vous comprendrez pourquoi.

 

Hyacinthe : Si vous deviez tout recommencer, quels choix feriez-vous ? Si vous deviez incarner ou vous réincarner en un mot, en un arbre, en un animal, lequel seriez-vous à chaque fois ? Enfin, si un seul de vos poèmes devait être traduit dans d’autres langues, en arabe par exemple, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?

 

Roland Jaccard : Pour commencer, ce vers au réveil :

Doux oiseau de jeunesse,

Te retrouverai-je jamais…

 

 

La réincarnation : non merci.

 

Quant à la littérature : oui dans les catacombes…

 

Une rectification : j’aime les côtelettes d’agneau et la glace matcha…

 

J’ai vécu au Japon et parcouru la Chine.

 

Et mon mauvais goût me pousse ici le soir à suivre des séries chinoises à la télévision…

 

J’ai assisté à des tournois de tennis de table à Seoul : ça c’est de la poésie…

 

 

 

 

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