Amour Apocalypse, le film d’Anne Émond, bientôt en salles

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©L'Atelier Distribution

Avec Amour Apocalypse, Anne Émond signe une comédie romantique aussi étrange que lucide, traversée par l’éco-anxiété, la peur du futur et le besoin vital de lien. Présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes et récompensé par le Grand Prix à Cabourg, le film sort en salles le 21 janvier 2026.

Amour Apocalypse : quand la fin du monde devient une histoire d’amour

Par la rédaction

Un amour né d’un monde en crise

Adam a 45 ans, dirige un chenil et vit avec une angoisse diffuse devenue presque structurelle : celle d’un monde qui vacille. Éco-anxieux, inquiet de tout, il tente de se soigner comme il peut, jusqu’au jour où un appel anodin à une ligne de service après-vente — celle d’une lampe de luminothérapie — bouleverse son quotidien. Au bout du fil, Tina. La rencontre est improbable, presque absurde. Elle provoque pourtant un séisme intime : la terre tremble, les cœurs s’emballent, l’amour surgit.

À partir de ce point de départ volontairement décalé, Amour Apocalypse déploie une fiction hybride, à la croisée de la comédie romantique, du film catastrophe et du drame existentiel. Anne Émond y observe des êtres débordés par le « trop » : trop d’angoisse, trop d’informations, trop de solitude, trop de désirs contradictoires.

Loin d’un discours démonstratif, le film choisit l’humour — un humour pince-sans-rire, parfois absurde — comme mode de survie. Anne Émond y revendique un cinéma du trouble, où la frontière entre le rire et l’inquiétude reste volontairement poreuse. Le ton épouse l’état mental de son personnage principal : imprévisible, fragile, traversé de fulgurances.

Le titre original, Peak Everything, renvoie à un concept scientifique décrivant l’atteinte simultanée des limites de nombreuses ressources. Une idée que la réalisatrice étend à nos existences contemporaines, saturées de stimulations, d’objets, d’émotions et d’injonctions contradictoires. Le film avance ainsi par déséquilibres successifs, comme si tout pouvait basculer à chaque instant.

Patrick Hivon et Piper Perabo, une rencontre à l’écran

Patrick Hivon incarne Adam avec une intensité presque animale : un homme hypersensible, débordé par le monde, mais profondément attachant. À ses côtés, Piper Perabo prête à Tina une présence douce et complexe, loin des archétypes de la « sauveuse » romantique. Leur relation se construit dans la fragilité, sans promesse héroïque, portée par une chimie sensible et sans effets.

 Amour Apocalypse ©L'Atelier Distribution
©L’Atelier Distribution

Le film s’entoure également d’une galerie de personnages secondaires, tous marqués par une forme de dérèglement intime, qui composent une fresque humaine à la fois tendre et inquiétante.

Un univers visuel doucement pré-apocalyptique

Tourné en pellicule 35 mm, Amour Apocalypse assume un grain prononcé, presque rétro, qui adoucit la brutalité du réel tout en soulignant l’état de dégradation des paysages. Les lieux de tournage — banlieues de Montréal, sites industriels, mines à ciel ouvert — témoignent d’une nature profondément altérée par l’homme. Seuls quelques espaces vierges apparaissent comme des échappées possibles, des respirations.

La lumière caniculaire, la rareté de la verdure et les décors volontairement « hors du temps » installent une atmosphère crépusculaire : un monde au bord de la rupture, où pourtant les histoires d’amour continuent d’occuper toute la place.

Anne Émond

Scénariste et réalisatrice basée à Montréal, Anne Émond s’est imposée, film après film, comme l’une des voix les plus singulières du cinéma canadien contemporain. Depuis Nuit #1 jusqu’à Jeune Juliette, en passant par Les êtres chers et Nelly, son œuvre explore avec constance les zones de fragilité humaine : la solitude, l’angoisse, le désir, la difficulté à trouver sa place dans le monde. Récompensée dans de nombreux festivals internationaux, Anne Émond développe un cinéma attentif aux corps et aux silences, où l’intime dialogue toujours avec des enjeux collectifs. Avec Amour Apocalypse, qu’elle écrit et réalise, elle prolonge cette démarche tout en y intégrant une dimension plus ouvertement burlesque et chaotique, affirmant un regard lucide, tendre et profondément contemporain sur l’état du monde et sur notre besoin irrésistible de lien.

Sans posture moralisatrice, Anne Émond revendique un cinéma modeste, mais traversé par des enjeux majeurs : la santé mentale, l’éco-anxiété, l’isolement, la difficulté à aimer dans un monde instable. Amour Apocalypse ne propose ni solution ni manifeste, mais un temps partagé : celui d’une salle de cinéma où l’on rit, où l’on doute, où l’on se reconnaît.

 

Présenté en première mondiale à la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes 2025, puis récompensé par le Grand Prix du Festival du Film de Cabourg, le film s’inscrit dans la continuité d’une œuvre attentive aux failles humaines, tout en marquant une inflexion plus ouvertement comique dans le parcours de sa réalisatrice.

Fiche technique (sélection)

Amour Apocalypse
Réalisation et scénario : Anne Émond
Avec : Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup, Gilles Renaud, Élizabeth Mageren
Durée : 1h40
Pays : Canada
Sortie en salles : 21 janvier 2026
Distribution France : L’Atelier Distribution

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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.
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