À Berlin, le film « At The Sea » de Kornél Mundruczó montre une Amy Adams très émouvante dans le récit personnel d’un retour à la normale après l’addiction.
At The Sea de Kornél Mundruczó : Amy Adams au cœur d’une renaissance intime à Berlin
Par la rédaction
Au Festival de Berlin, certains films se distinguent moins par leur côté impressionnant que par leur capacité à montrer les émotions humaines les plus délicates. Avec « At The Sea », le réalisateur hongrois Kornél Mundruczó propose un film d’une grande simplicité, loin des effets spectaculaires de ses œuvres passées.
Amy Adams au cœur d’une renaissance intime à Berlin
Porté par une Amy Adams incroyablement juste et touchante, ce drame explore le lent processus de guérison d’une femme qui doit faire face aux conséquences de grands bouleversements — après un échec, après une addiction, après une profonde douleur personnelle.
Laura, interprétée par Amy Adams, retourne dans la maison de sa famille, près de la mer, après avoir suivi un traitement pour sa dépendance. Cet endroit, qui devait la protéger, devient plutôt un lieu où elle doit faire face à ses problèmes en silence.
Le réalisateur Mundruczó a choisi de montrer non pas la crise elle-même, mais ce qui vient après : le vide, l’attente et le mal qu’elle a à refaire des choses simples sans l’aide de substances.
Pendant cette période figée, la mer sert de contraste : elle est très présente, toujours en mouvement, parfois dangereuse, parfois calmante. Elle représente la chance d’un changement en elle-même, d’un nouveau départ lent et incertain.
Les liens familiaux, entre soutien et vertige
La puissance émotionnelle du film émane de la relation délicate entre Laura et son entourage. Son retour n’est pas joyeux, mais plutôt une phase d’adaptation, parfois pénible.
On perçoit la méfiance dans les regards et les moments de silence. Une impression de culpabilité, un peu partout, est présente dans chaque discussion. La maladresse, c’est-à-dire cette envie d’aider, peut sans le vouloir, gêner.

Amy Adams offre ici une prestation épurée, presque entièrement intériorisée. Son jeu s’appuie sur les nuances du souffle, les gestes minimes et les moments de silence. Son personnage semble sur le point de flancher à tout instant, mais une ténacité discrète perdure – une étincelle fragile qui la préserve d’un effondrement total.
Une mise en scène de la retenue
Mundruczó, connu pour ses impressionnants longs plans — en particulier dans « Pieces of a Woman » — utilise ici un style d’image plus calme et simple. La caméra est discrète et observatrice, laissant les personnages et les silences prendre toute la place.
L’océan, toujours présent, joue un rôle important dans l’histoire : il emporte, il noie, mais il nettoie aussi.
Le film ne donne pas de leçons et n’explique rien. Il se contente d’observer. Il suit simplement le lent retour à la vie d’une femme qui a connu une épreuve très dure.
Pourquoi At The Sea s’impose
Le film traite de l’addiction de manière réaliste, sans trop de drame ni de clichés.
Toute l’histoire se déroule dans une maison au bord de la mer. Ce lieu unique devient comme un reflet de l’esprit du personnage, à la fois un endroit sûr et un piège.
Amy Adams offre une performance très mature et nuancée, montrant avec finesse les émotions profondes de son personnage.
Avec « At The Sea », Kornél Mundruczó a créé un film sur la patience – celle qu’il faut pour se reconstruire, accepter ses défauts et réapprendre à vivre. C’est une œuvre touchante et simple qui confirme l’intérêt du réalisateur pour les histoires de femmes en quête de guérison et de dignité.



