Anyier Anei : habiter plusieurs mondes, une nouvelle manière d’être artiste ?

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Anyier Anei - 20e Festival du Film de Rome - 19 octobre 2025 - Photo : StudioLab Images / Shutterstock

Anyier Anei fait partie d’une nouvelle génération d’artistes qui ne se limitent pas à une seule discipline. Elle travaille dans la mode, joue au cinéma et écrit pour elle-même.

Anyier Anei : l’hybridité artistique entre mode, cinéma et identité contemporaine

Par la rédaction

Anyier Anei, personnalité marquante au sein d’un panorama artistique en pleine évolution, incarne l’esprit d’une génération qui s’affranchit des cloisonnements rigides entre les champs d’expression. Navigant entre le mannequinat, le jeu d’acteur et l’écriture (de manière personnelle), elle illustre ces parcours contemporains où l’esthétique visuelle, le récit et le vécu intime dialoguent constamment. Son parcours, du Kenya aux foyers de la mode mondiale et ensuite au septième art, évoque moins une simple progression qu’une mue constante : celle d’une identité plurielle qui se façonne à travers une diversité de supports.

Des origines est-africaines à l’entrée dans la mode internationale

Originaire du Soudan du Sud et ayant grandi au Kenya, Anyier Anei a connu une enfance marquée par la mouvance et les aspirations de sa famille à une vie stable. Elle a d’abord suivi des études de pharmacie à Nairobi avant d’envisager sérieusement le mannequinat comme une voie professionnelle viable.

Bien que repérée dès son adolescence, elle est restée longtemps réticente à intégrer ce secteur. Ce n’est qu’en 2022 qu’elle s’est véritablement lancée, en signant avec une agence de portée internationale et en quittant le Kenya pour s’installer en Europe.

Son ascension est fulgurante : elle a fait une entrée très remarquée lors des défilés milanais avec Versace, puis a fréquenté assidûment les podiums de Paris, Milan et New York, tout en figurant dans les campagnes publicitaires de grandes maisons telles que Valentino, Miu Miu, Gucci ou Saint Laurent.

Anyier Anei : l’hybridité artistique
Anyier Anei – Festival international du film de Toronto – Photo : Sara Komatsu / Wikimédia

Dans ce milieu, elle s’est distinguée non pas grâce à un parcours sensationnel, mais par une aura unique : une allure particulière, une démarche identifiable et une certaine pudeur qui tranchent avec le discours habituel de l’industrie de la mode.

Le passage au cinéma 

Pour Anyier Anei, le passage au cinéma n’est pas une réorientation professionnelle, mais s’inscrit plutôt comme le prolongement naturel de son univers du corps et de l’image. Remarquée par la cinéaste Alice Winocour lors d’un événement de haute couture, elle a été sélectionnée parmi une multitude de mannequins pour prêter ses traits au personnage d’Ada dans le long-métrage Couture. Cette opportunité marque non seulement sa première expérience d’actrice, mais la propulse également aux côtés de comédiennes confirmées, telles qu’Angelina Jolie et Ella Rumpf.

Le rôle qu’elle interprète — celui d’une jeune femme originaire du Soudan du Sud, aux prises avec les exigences de la mode et l’expérience de l’exil — reflète son propre parcours. Le film explore les oppositions entre être vue et être fragile, entre le désir de s’élever et la perte de ses racines, soulignant ainsi la portée sociale de l’univers de la mode autant que sa beauté intrinsèque.

Le cinéma prolonge son parcours : du défilé à l’écran, elle transforme la présence en interprétation et l’image en histoire.

Une artiste hybride : entre disciplines et récits personnels

Anyier Anei appartient à une génération d’artistes qui ne veulent pas se limiter à une seule activité. Pour elle, le mannequinat, le cinéma et l’écriture — qu’elle pratique en privé depuis son adolescence — sont des façons différentes de s’exprimer qui se complètent.

Cette façon de faire plusieurs choses n’est pas un choix calculé, mais plutôt une partie de sa nature profonde. Cela reflète bien la réalité d’aujourd’hui : les artistes passent d’un domaine à l’autre, la mode influence le cinéma, les images racontent des histoires, et c’est en explorant toutes ces pistes que notre identité se construit.

La mode lui a donné une grande visibilité mondiale ; le cinéma lui ouvre un espace d’expression. Entre ces deux domaines, elle cherche à définir son rôle : celui d’une artiste originaire d’un contexte postcolonial, qui évolue dans les systèmes occidentaux, mais qui est consciente de la signification importante que sa présence représente.

Identité, visibilité et génération

Anyier Anei souligne souvent l’importance de la représentation. Grandir sans voir de personnes qui lui ressemblent dans la mode ou le cinéma a influencé sa manière de penser son parcours.

Son travail ne se limite pas seulement aux défilés de mode ou à un rôle d’acteur. Il s’inscrit dans un mouvement plus grand : celui de voir plus d’histoires et de visages venant d’Afrique de l’Est apparaître dans les images et les récits de la mode et du cinéma à travers le monde.

Cette génération ne veut pas juste être visible. Elle remet en question les règles mêmes de la visibilité : qui regarde, qui raconte les histoires, et qui crée les images.

Une trajectoire en construction

Le parcours d’Anyier Anei n’est pas celui d’une carrière déjà installée, mais plutôt une évolution constante. Les défilés de mode, le cinéma, les projets d’écriture : ce sont autant de domaines qu’elle explore, sans qu’un soit plus important que l’autre.

Ce qui se dégage clairement, en revanche, c’est sa façon de penser : elle refuse de séparer les différentes disciplines artistiques, elle voit la mode comme un langage, le cinéma comme un moyen d’exprimer son identité, et ses propres expériences de vie comme une source d’inspiration pour son art.

Avec cette approche ouverte, elle représente bien l’artiste moderne. Elle est capable de faire plein de choses différentes, elle bouge beaucoup et elle est attentive aux sujets culturels que l’on retrouve dans les images.

Pour cette artiste, le fait d’aller du Kenya aux grandes villes de la mode, puis sur des tournages de films, n’est pas un chemin tout tracé. C’est plutôt un espace où elle aime voyager et essayer de nouvelles choses.

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Julia Nobis
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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.