Fervente exploratrice du sacré, l’artiste peintre Hélène Morel présente ses œuvres à l’occasion de son exposition « Cathédrales & symboles », organisée par la Société des Poètes français à l’Espace Mompezat du 4 au 18 juillet 2026.
L’exposition « Cathédrales & symboles » d’Hélène Morel : le mysticisme laïc d’une artiste du sacré
Par Michel Bénard
Avec la régularité du métronome et des pèlerinages, l’artiste symbolique Hélène Morel nous revient chaque année avec un échantillonnage créatif d’œuvres nouvelles. À travers ses peintures de cathédrales, elle travaille avec passion au rythme des compagnons. Œuvres nouvelles, oui, mais toujours liées à la symbolique et au sacré, permettez-moi cet écart mais je perçois chez Hélène Morel l’esprit d’un mysticisme laïc, préservant sa libre pensée. Notre amie porte en elle comme un ADN des valeurs sacrées et liturgiques. Tous ces liens l’invitent à communiquer avec les sphères supérieures, du divin et de l’ineffable.
Il est bon de savoir que pour Hélène Morel le symbole universel est la cathédrale, qui est considérée depuis le XII éme siècle comme une montagne sacrée érigée au cœur même de la cité. Elle porte le sens de l’image de la création à échelle réduite et c’est bien dans cet esprit conservateur et protecteur que réagit Hélène Morel.

La cathédrale symbolise bien les trois degrés de l’univers, le ciel, la terre et les ténèbres souterrains, parfaite dualité entre le bien et le mal.
Forces tangibles de l’architecture sacrée où il suffit de constater le prolongement de ce phénomène jusqu’à notre XXIème siècle en nous référant à l’élévation de la dernière des grands cathédrales la Sagrada Familia, merveille absolue que nous devons au grand architecte visionnaire qu’était Antoni Gaudi.
Cette œuvre grandiose tout juste achevée aujourd’hui est l’exemple même de lévitation au cœur de la haute tradition sacrée et ésotérique.
Aujourd’hui je ne vous parlerai pas du parcours, ni des techniques, ni du métier de peintre d’Hélène Morel, vous connaissez, mais je lui laisse le soin de s’exprimer sur le thème de son exposition – « Cathédrales et symboles » et voici ce que nous confie notre amie.
« Tout d’abord, pourquoi – symboles ? –
Le mot « symbole » est issu du grec ancien « sumbolon » dérivé du verbe « sumballomai. » mettre ensemble, apporter son écot, comparer. En entendant le mot « écot » ne pensez pas à l’écho qui est le retour d’une onde sonore comme nous le savons. Non il s’agit de la part due pas chaque personne lors d’une dépense commune. Et c’est bien cette signification que j’ai, depuis ma première visite, enfant à la cathédrale de Chartres, ressenti, ensuite et toujours, dans mon « chemin des cathédrales. »
Je dois donner de moi-même devant la lumière d’un vitrail, les reliefs d’une statuaire, les pleurs d’une piéta. Ainsi chacun, faisant de même pour apporter son écot à la grandeur d’une œuvre que les bâtisseurs ont élevé pour chacun de nous, dans le vaste monde. Le symbole se construit de cette façon naturelle, spontanée, généreuse.
Permettez-moi d’ajouter une anecdote qui révèle mon respect pour tout ce qui est construit, même une maison. En tout état de cause une cathédrale est une maison, la maison de tous. Un jour en jouant dans la cour de la maison où je suis née et grandie, j’ai fait tomber un fragment de mur au ras du sol. Dans un état d’effroi indescriptible, je cours dans l’atelier de mon père au deuxième étage, j’ouvre ma paume d’enfant, et je dis : « Papa, j’ai cassé la maison. Elle va tomber. » Mon père scrute le fragment, se lève, va prendre un peu de ciment dans sa réserve de « premier secours » en gâche un peu dans une cuvette d’eau, prends une spatule et descend dans la cour, moi, en pleurs derrière lui. A genoux devant le mur, il étend un peu de ciment, colle le fragment, appuie fort. « Voilà c’est réparé me dit-il. « Ne pleure plus. » Ses gestes furent celui de l’artiste peintre qu’il était, sa sensibilité à ma détresse, celle de l’homme qui parlait beaucoup par symboles. Ce jour-là il m’a transmis le respect que je retrouve devant et à l’intérieur des constructions humaines, terrestres et célestes que représentent les cathédrales.
Je pense à la cathédrale de Chartres que vous pouvez découvrir sur les cimaises et aux magnifiques poèmes de Charles Péguy.
« Voici la seule foi qui ne soit point parjure.
Voici le seul élan qui sache un peu monter.
Voici le seul instant qui vaille de compter.
Voici le seul propos qui s’achève et qui dure. »
Pour évoquer Chartres ce sont systématiquement les luminescences des vitraux qui s’imposent à nous, ce que cherche Hélène à transposer dans ses œuvres. La lumière est dominante. Les vitraux sont perçus comme les filtres de la lumière Divine, ils s’imposent comme le symbole de Dieu, comme transmutation de la création. Les vitraux étaient associés au point de passage vers l’au-delà, sorte de filtre de pureté.
N’oublions pas, l’importance des couleurs, chacune détenait son rôle. Elles portent depuis le Xème siècle et surtout le XIIème siècle toute l’histoire de la chrétienté, sorte de livre ou bande dessinée destinés au peuple qui ne savait pas lire. D’ailleurs peut-être est-ce cette lumière mystique qui habita secrètement la petite Hélène et l’habite encore, et qu’elle veut nous transmettre.
La preuve évidente en est sur ces cimaises
Une volonté sans doute de peut-être donner un avant-gout du paradis par le jeux des irisations colorées, sorte de miracle.
Dans son remarquable ouvrage « Le passeur de lumière » Bernard Tirtiaux, grand Maitre verrier, nous rappelle : « Que le vitrail est la forme la plus sauvage de l’art, la plus imprévisible. Le vitrail n’est que folie, métamorphose, floraison illusoire, jeux d’algues échevelées dans une rivière de lumière. »
Ce sera sur cette métaphore que je vais libérer Hélène Morel, non sans la remercier de nous emporter dans son univers de cathédrales et de symboles, où nous ne situons pas toujours les points de repères, dans une symbolique parfois quelque peu ésotérique. Mais une chose est certaine chez notre amie tout est dit et fait avec le cœur. Sans oublier que silencieusement elle touche à l’infini, déplace l’ordre du temps et relis avec attention le livre de pierre où la mémoire se pérennise.








