Tony Gatlif, réalisateur de « Gadjo Dilo » et « Exils », est mort à 77 ans

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Tony Gatlif à l'avant-première du film Liberté 2010 - Photo : Georges Biard / Wikimédia

Le réalisateur français Tony Gatlif est mort à l’âge de 77 ans. Connu notamment pour Gadjo Dilo, Latcho Drom et Exils, il a consacré une grande partie de son cinéma aux cultures gitanes, à la musique et à l’exil.

Mort de Tony Gatlif à 77 ans : le parcours d’un cinéaste entre musique et exil

Par la rédaction

Le réalisateur Tony Gatlif est mort mercredi 2 septembre à Arles, dans les Bouches-du-Rhône, à l’âge de 77 ans. Sa famille a annoncé sa disparition vendredi 4 septembre à l’AFP. Le cinéaste est décédé à la suite d’un problème de santé alors qu’il travaillait encore sur un projet de film historique.
Dans un communiqué, son épouse, ses enfants et ses petits-enfants ont salué « sa générosité, sa joie, sa poésie et son amour de la musique ». Pour lui dire au revoir, ils ont choisi deux mots : « Latcho Drom », une expression tzigane qui signifie « Bonne route » et qui donne également son titre à l’un de ses films les plus connus.

D’Alger à la France, un parcours difficile

Tony Gatlif naît le 10 septembre 1948 à Alger, sous le nom de Michel Dahmani. Son père est kabyle et sa mère gitane. Il passe son enfance en Algérie avant d’arriver en France au début des années 1960, en pleine guerre d’Algérie.
Son adolescence est difficile. Il connaît notamment la maison de redressement avant d’être envoyé en Camargue. Cette région prend peu à peu une place particulière dans sa vie. Des années plus tard, il dira qu’elle fait partie des choses qui l’ont « sauvé ».
Le théâtre change également son parcours. En 1966, il rencontre Michel Simon, qui l’encourage et lui écrit une recommandation. Tony Gatlif suit ensuite des cours d’art dramatique et commence par jouer au théâtre.
Il passe derrière la caméra dans les années 1970. Son premier long métrage, La Tête en ruine, est réalisé en 1975. Avec La Terre au ventre, il revient déjà vers l’Algérie et la guerre qui a marqué son enfance.

Les cultures gitanes au centre de son cinéma

À partir des années 1980, Tony Gatlif accorde une place de plus en plus importante à la culture et à la vie des communautés gitanes. Dans Les Princes, sorti en 1983, il raconte le quotidien d’une famille gitane installée dans une cité de la banlieue parisienne.
Dix ans plus tard, Latcho Drom l’emmène dans plusieurs pays, à la rencontre de communautés roms et de leurs musiques. Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes en 1993, le film marque une étape importante dans son parcours.

Avec Gadjo Dilo, sorti en 1997, Tony Gatlif touche un public plus large. Romain Duris y joue Stéphane, un jeune Français qui part en Roumanie à la recherche d’une chanteuse dont il ne connaît que la voix.
Son voyage le mène dans un village où il rencontre Izidor et Sabina, jouée par Rona Hartner. Malgré la barrière de la langue, des liens se créent peu à peu. La musique tient une place essentielle dans ces rencontres.

Tony Gatlif reçoit en 1999 le César de la meilleure musique pour Gadjo Dilo.

La musique, présente tout au long de son œuvre

La musique accompagne Tony Gatlif depuis ses premiers films. Elle n’est pas seulement là pour créer une ambiance : elle fait partie des histoires qu’il raconte.
Dans Vengo, sorti en 2000, le flamenco occupe une place centrale. Le film lui vaut un nouveau César de la meilleure musique, partagé avec Sheikh Ahmad Al Tuni, La Caita et Tomatito.

Il s’intéresse aussi à d’autres traditions musicales. Dans Djam, sorti en 2017, le rébétiko tient une place importante. Cette musique populaire est née au début du XXe siècle entre la Grèce et l’Asie Mineure.
Ses personnages sont aussi souvent sur les routes. Ils quittent un pays, traversent des frontières ou tentent de trouver leur place. Des thèmes qui font écho à sa propre histoire. En 2017, il confiait au Nouvel Obs : « Je suis moitié gitan, moitié Algérien. Donc exilé éternel. »

Le prix de la mise en scène à Cannes pour « Exils »

En 2004, Tony Gatlif revient sur ses liens avec l’Algérie dans Exils. Romain Duris et Lubna Azabal jouent Zano et Naïma, deux jeunes qui quittent la France pour rejoindre Alger, le pays que leurs parents ont autrefois dû quitter.
Leur voyage les mène notamment à travers l’Espagne avant d’arriver en Algérie. Présenté en compétition au Festival de Cannes, Exils permet à Tony Gatlif de recevoir le prix de la mise en scène.
Il poursuit ensuite son travail avec Transylvania en 2006, Liberté en 2010, Geronimo en 2014, Djam en 2017 puis Tom Medina en 2021.
Avec Tom Medina, il revient en Camargue. Le film raconte l’histoire d’un jeune homme envoyé dans la région par un juge, un parcours qui rappelle certains épisodes de la jeunesse de Tony Gatlif.

« Ange », son dernier film

En 2025, Tony Gatlif réalise son dernier long métrage, Ange. Arthur H y joue un musicien qui prend la route pour retrouver un vieil ami. Suzanne Aubert, Mathieu Amalric et Maria de Medeiros sont également au générique.
Le film est présenté au Festival de Cannes 2025, dans le cadre du Cinéma de la Plage, avant de sortir en salles le 25 juin.

Tony Gatlif travaillait encore sur un nouveau projet lorsqu’il est mort à Arles. Il vivait depuis plusieurs années dans cette ville proche de la Camargue, une région à laquelle il était très attaché et où il avait tourné plusieurs de ses films.

En un demi-siècle, Tony Gatlif a réalisé 25 films. La musique, les voyages, l’Algérie et les cultures gitanes traversent une grande partie de son travail. Autant de sujets qui étaient aussi liés à sa propre histoire.

Photo de couverture @ Wikimédia

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La mention « La rédaction » indique que l'article est préparé et écrit par Rami Jamoussi et Monia Boulila.