Laëtitia Eïdo invitée de Souffle inédit

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@ Laëtitia Eïdo

Entretien avec Laëtitia Eïdo, actrice, auteure, chanteuse et peintre, au parcours singulier entre cinéma, scène et création personnelle.

Laëtitia Eïdo, une artiste aux multiples expressions

Entretien conduit par Monia Boulila

Laëtitia Eïdo est une artiste française, comédienne, auteure, chanteuse et peintre. Diplômée en architecture, puis titulaire d’un master en scénographie et écriture théâtrale à la Sorbonne-Nouvelle, elle a suivi une formation d’art dramatique à Paris.

Elle travaille entre cinéma, télévision et théâtre, en France et à l’international. Son parcours inclut des films d’auteur, des séries d’action et des productions grand public, tout en jouant régulièrement sur scène.

Parmi ses projets récents et à venir figurent Pax Massilia (saisons 2 et 3) pour Netflix, La Terre et le Sang d’Ange Basterga pour France 2, The Way of the Wind de Terrence Malick et La Cible d’Ivan Fégyvérès pour TF1.

Laëtitia Eïdo, une artiste aux multiples expressions
@ Laëtitia Eïdo

M.B : Vous avez commencé par des études d’architecture avant de vous tourner vers le théâtre et le cinéma. Avec le recul, pensez-vous que l’architecture a été une étape essentielle, ou plutôt un détour nécessaire dans votre parcours artistique ?

Laëtitia Eïdo : En réalité, je me considère davantage comme une artiste au sens large que comme une actrice au sens strict. L’architecture a été importante pour moi, notamment parce qu’elle m’a donné un rapport à l’espace, au décor, à la scénographie, que j’ai ensuite pu développer au théâtre et au cinéma. Aujourd’hui, avec la peinture, l’écriture, le chant… tout cela est lié. Pour moi, il n’y a pas de séparation entre ces différentes formes d’expression.

M.B : Vous avez suivi plusieurs formations d’actrice, du classique à la technique Meisner à Londres et New York. Laquelle a le plus influencé votre manière d’incarner un rôle ?

Laëtitia Eïdo : La méthode Meisner a profondément influencé ma manière de jouer. J’ai appris cette technique à Paris, puis à New York et à Londres, avec le même professeur, Scott Williams, qui a lui-même été formé par Sanford Meisner, à l’origine de cette méthode.

C’est une approche qui place l’acteur non pas sur lui-même, mais sur l’autre. On est entièrement concentré sur son partenaire de jeu. Même dans un monologue, on se centre sur les mots, sur ce qu’ils provoquent, plutôt que sur soi, sur ce que l’on doit ressentir ou sur des souvenirs à convoquer.

Le fait de ne pas être focalisé sur soi déplace le point de concentration. On est alors plus disponible pour laisser passer les émotions, qui arrivent plus naturellement. C’est aussi moins fatigant, parce qu’on est moins dans la volonté de “faire”, et davantage dans le fait de laisser quelque chose nous traverser. Par exemple, lorsqu’on pleure, on peut s’arrêter plus facilement, car on n’a pas forcé l’émotion : on l’a simplement laissée passer, sans s’abîmer.

M.B : Vous explorez plusieurs formes d’expression : interprétation, écriture, chant, peinture. Parmi elles, laquelle vous est la plus proche ?

Laëtitia Eïdo : J’aime profondément l’écriture, parce qu’elle est liée à la transmission des mots. D’ailleurs, c’est aussi pour cela que je suis devenue comédienne : pour pouvoir porter et transmettre des textes. L’amour des mots est au cœur de mon parcours, et c’est lui qui m’a menée vers le métier d’actrice.

M.B : Votre rôle de Dr. Shirin dans Fauda a été salué à l’international. Comment avez-vous abordé ce personnage complexe et chargé émotionnellement ?

Laëtitia Eïdo : Oui, le rôle a été salué dans le monde entier. Je l’ai abordé avec beaucoup d’humilité, parce que ce conflit nous dépasse tous. À travers ce personnage, j’ai voulu apporter de l’amour et de l’empathie. Dr. Shirin est médecin dans une clinique palestinienne, mais elle est capable d’aimer et de soigner des deux côtés. C’était important pour moi qu’elle incarne cette humanité, au-delà des divisions.

Laëtitia Eïdo, une artiste aux multiples expressions
EP 1 Laëtitia EÏDO

M.B : Vous incarnez des personnages très différents, du drame intense à la comédie ou à la série d’action. Qu’est-ce qui vous attire dans le choix de vos rôles ?

Laëtitia Eïdo : Ce que j’aime, c’est changer de personnage. Par exemple, Shirin dans Fauda était un personnage martyrisé par une situation qu’elle ne maîtrisait pas. Elle essayait de rester forte malgré tout, mais elle était affaiblie, jusqu’à en mourir.

Aujourd’hui, je joue dans Pax Massilia Saison 3 d’Olivier Marchal pour Netflix, et j’incarne un personnage très puissant : une avocate redoutable. Les gens disent souvent « elle est très méchante ! », mais ce n’est que du jeu.

Pour mes prochains rôles, j’aimerais explorer des personnages plus physiques, avec davantage d’action, et pourquoi pas revenir à la comédie. J’avais déjà participé à deux projets comiques et je m’étais vraiment éclatée. Ce que je recherche avant tout, c’est la variété : passer d’un univers à un autre, d’un personnage à l’autre.

M.B : Vous avez récemment travaillé aux côtés de Vincent Cassel et Eva Green dans Liaison. Parlez-nous de cette expérience ?

Laëtitia Eïdo : C’était vraiment un plaisir de jouer avec des partenaires aussi puissants, tant sur le plan physique que dans leur énergie. Que ce soit Vincent Cassel ou Eva Green, ils ont une animalité très particulière, et j’ai été ravie de travailler avec eux. Nous sommes d’ailleurs restés en bon contact. J’ai également collaboré avec Eva Green sur un autre film, réalisé par Martin Campbell, celui qui a signé les James Bond Casino Royale et Goldeneye, et cette expérience a été formidable.

M.B : Vous travaillez actuellement sur un EP musical. Pouvez-vous nous en dire plus : l’inspiration, le style, les thèmes que vous explorez

Laëtitia Eïdo : Oui, il s’agit d’un EP musical de six titres. En 2022, j’ai décidé de me lancer enfin dans tous les projets que j’avais laissés passer, sans me soucier qu’ils plaisent ou non aux autres, mais plutôt qu’ils soient en cohérence avec l’artiste que je veux être. Je voulais aller au bout de mes envies et les concrétiser.

Cet EP comporte six chansons, trois en français et trois en anglais. Quatre titres abordent le désir d’enfant, la maternité et la difficulté à concevoir. Il y a également une chanson sur mon père, sur les pères. Et une autre qui traite du regard des autres et de sa violence. J’ai écrit les paroles et pour la musique j’ai travaillé avec des musiciens qui m’ont accompagnée dans la composition et les arrangements.

M.B : Vous préparez un « seule en scène ». Pouvez-vous nous raconter comment ce projet est né et ce que vous souhaitez explorer ou partager à travers ce spectacle ?

Laëtitia Eïdo : Oui, mais mon « seule en scène » est probablement le projet qui verra le jour en dernier. Il se prépare doucement et devrait voir le jour dans quelques temps. Pour l’instant, j’assemble un recueil de poésies que je lirai sur scène très bientôt.

Parallèlement, j’ai organisé une exposition de mes peintures à Marseille, où j’ai vendu une dizaine de toiles qui sont parties à travers le monde — aux États-Unis, en Italie, en Amérique du Sud et bien sûr en France. J’en suis très heureuse. Je continue donc à travailler sur ces différents projets tout en préparant progressivement mon retour au théâtre.

M.B : Vous apparaîtrez prochainement dans un film de Terrence Malick. Sans trop en dévoiler, qu’est-ce qui vous attire dans ce projet et dans le cinéma de Malick ?

Laëtitia Eïdo : C’est une chance extraordinaire que Terrence Malick ait posé les yeux sur moi. J’en suis très honorée. J’ai joué dans The Way of the Wind (titre provisoire), son prochain film. Malick a un univers incroyable. C’est aussi quelqu’un de très attentif, d’une grande gentillesse. Son cinéma mêle le rêve et la réalité, avec une intensité très particulière. Il laisse une grande liberté aux acteurs. Lorsque j’ai tourné avec lui, j’ai vraiment eu le sentiment de vivre un rêve devenu réalité.

Mon prochain rêve serait de travailler avec Paul Thomas Anderson. Je viens d’ailleurs de remettre un prix dans un festival il y a deux jours, et chaque fois je ne manque pas une occasion de le dire : c’est mon réalisateur préféré.

M.B : Quel est le rêve le plus cher qui vous habite aujourd’hui ?

Laëtitia Eïdo : Je suis en train de terminer l’écriture d’un scénario de long-métrage et je travaille sur un autre, avec l’envie de passer à la réalisation le plus vite possible. En réalité, devenir réalisatrice était mon premier rêve, avant même celui d’être actrice. Je présente actuellement mon scénario à des sociétés de production et je croise les doigts pour pouvoir réaliser très bientôt.

M.B : Merci Laëtitia pour cet échange sincère. Je vous souhaite le meilleur pour vos projets à venir.

Monia Boulila
Poète et traductrice
Rédactrice à Souffle inédit
Déléguée de la Société des Poètes Français
Site web
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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.