La solution par le soufisme ? / Hyacinthe

Deux ouvrages de Meriem Dziri sur le Soufisme

Meriem Dziri, docteure en lettres de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines de Sousse, en Tunisie, publie en même temps deux ouvrages substantiels : Le conte symboliste soufi aux 6e et 7e siècles de l’hégire et Cette lumière est mon désir. Le livre de Shams de Tabrîz, de Rûmî.

Si le premier titre relève du genre de l’essai, puisqu’il s’agit de la thèse de Meriem Dziri remaniée et préfacée par son directeur de recherches, le Professeur Abdelaziz Chebil, le second est une traduction du persan vers l’arabe via le français, avec ce brio propre aux enseignants-chercheurs capables de passer d’une culture à une autre grâce au don des langues.

 

Deux publications, un projet

Ce qui nous intéresse dans ces deux publications en langue arabe, ce sont les projets de pensée, donc de réflexion, et de vie qui animent Meriem Dziri qui semble vivre la recherche, la traduction et les deux pratiques à la fois, dans le cadre de sa pratique d’enseignante, comme un acte civilisationnel. Autrement dit, pour elle, comme pour un certain nombre d’intellectuels tunisiens et arabes, la lutte contre le fanatisme, l’intégrisme et l’obscurantisme en marche depuis 2011, la Raison ne suffit pas car, pour « la secte des noirs-vêtus », celle-ci est facile à vaincre, justement et malheureusement, par le fil de l’épée. Ce qu’il faut, en revanche, c’est une parfaite connaissance de la tradition arabo-musulmane, du Coran à la sunna et jusqu’aux fondamentaux du soufisme, qu’il soit arabophone, persan ou turc, afin de créer une réelle défense et illustration de l’ouverture, de la spiritualité et de la pensée de l’intérieur, au sein même de la culture arabo-musulmane.

D’où sûrement le choix de Rûmî dont la poésie met les points sur les i, religieusement, spirituellement et par là même humainement. Ainsi, s’appuyant sur les travaux de feu Jean-Claude Carrière, Mahin Tajadod et Nahal Tajadod, Meriem Dziri fait le choix, courageux, de passer par la langue de Descartes, de Molière et de Voltaire pour donner à lire, en arabe, une œuvre des plus substantielles. Notons que l’arabe de Meriem Dziri est en soi une révolution dans la révolution, au sens où il a fait le choix de cette modernité qui caractérise la traductrice ainsi que son mentor, le Professeur Abdelaziz Chebil, et une bonne part de l’Université tunisienne.

Toutes les particules

Du monde prennent vie,

Quand tu envoies mon souffle

Aux souffles des amants

 

Si, généreusement,

Tu écartes la lèvre,

Tu envoies aux souffrants

Médicament de joie.

Par le français

Passer ainsi par le français, c’est revendiquer une filiation : du Nord au Sud, en passant par le Levant et le Maghreb, les langues arabe et française ont beaucoup à s’offrir en partage, intellectuellement, poétiquement, culturellement, civilisationnellement. À ce titre, Meriem Dziri s’avère être la digne représentatrice de l’école tunisienne qui, de Mahmoud Messadi à Mabrouk Mennaï, en passant par Salah Garmadi, Taoufiq Baccar et Ahmed Abdessalem, a fait ses humanités d’une manière harmonieuse entre la Sorbonne et Tunis, entre les Lumières et leur déclinaison locale.

À ce titre, avec cette double publication, en Jordanie, chez les Éditions Khotot , c’est toute une méthodologie qui va passer du Maghreb au Levant à travers la recherche et l’écriture de l’essai, ainsi que la traduction comme acteur civilisationnel.

 

Hyacinthe

Souffle Inédit

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