Insufflons de l’amour, de la beauté… / Violaine Dufès

 Entretien avec Violaine Dufès 

 

Souffle inédit : Danseuse, hautboïste, co-directrice du groupe Le Concert Impromptu pendant quelques années et vous venez de prendre la direction artistique du groupe. Prendre le leadership paraît vous plaire ; est-ce que l’artiste, la femme ou la jeune en vous qui a ce désir de prendre la direction ?  La quête du Leadership, serait-ce à la recherche de l’excellence, de l’innovation … ?

Violaine Dufès : Oui, je crois que tout ça est un peu mélangé. La personne que je suis, souhaite pouvoir orienter des choix artistiques, une vision, un regard sur l’art contemporain, l’art vivant. C’est une chance de pouvoir vivre sa passion et avoir la confiance de ses pairs pour « s’enfoncer dans l’inconnu qui creuse » comme dirait René Char. C’est une construction de soi au quotidien, vers un épanouissement, un accomplissement mais en même temps une responsabilité, un accès à la profondeur dans le don de soi et de son temps. C’est aussi créer avec les autres et pour les autres toujours dans un souci d’exigence humain, musical, artistique et ne pas déroger à son désir profond. C’est dans ce sens-là que j’aime la définition du leadership : amener des personnes à ouvrir en eux des espaces inconnus, le faire ensemble, inspirer, s’exprimer et avoir confiance. En tant que femme, j’aimerais m’inscrire dans la continuité historique des grandes dames qui sont mes modèles du quotidien : Gisèle Halimi, la philosophe Simone Weil… pour instaurer de nouvelles relations interpersonnelles, et montrer qu’un monde meilleur est possible.

Souffle inédit : Parlez-nous de votre première expérience musicale réussie ?

Violaine Dufès : A l’âge de 13/14 ans, j’ai eu l’occasion de jouer en soliste un concerto pour hautbois avec l’orchestre du Conservatoire de Nîmes dans le sud de la France. Je ne sais pas si cette expérience a été « réussie » mais elle a été fondamentale pour la suite : j’ai eu la confiance de mon professeur Laurent Gignoux et du directeur du conservatoire Gilles Dervieux. Il me reste un souvenir évanescent et joyeux de cette représentation que j’essaie de convoquer parfois avant une échéance importante. Une autre expérience musicale a été de réussir le concours d’entrée de la Haute Ecole de Musique de Genève dans la classe de hautbois de Maurice Bourgue.

Souffle inédit : Pouvez-vous évoquer un moment marquant ou décisif dans votre cheminement de danseuse et ou de hautboïste ?

Violaine Dufès : La rencontre avec Maurice Bourgue à Genève en 2008 est cruciale. C’est un maître qui me permet de grandir encore aujourd’hui. Résonnent en moi ses phrases, ses conseils, ses humeurs, son rire -parfois assassin, mais surtout une vérité aiguë sur la musique et sur le fait musical. Il touche à l’essence même de l’acte musical : de la naissance du son à l’expression déployée. Je m’estime très chanceuse : je restais la journée entière à la classe à apprendre, écouter les autres, connaître le répertoire, peaufiner mon sens.

Souffle inédit : Y-a-t-il un danseur ou une danseuse qui vous a marqué et éventuellement vous a influencé ? 

Violaine Dufès : J’ai été subjugué par la danse et tout l’univers de la chorégraphe, danseuse allemande Pina Bausch – son sacre du printemps, Kontakthof… Elle incarnait l’idée que je me faisais de l’expression par le corps. Encore aujourd’hui, la manière de travailler avec les danseurs de sa compagnie, les reportages sur ses créations, sont une source d’inspiration. Par ailleurs, j’ai aussi un choc intense à l’âge de 14 ans, quand je change de professeur de danse classique. Elle nous initie le mercredi une fois par semaine à la danse contemporaine. Je découvre une autre manière de bouger, plus proche de ma morphologie et quelle joie ! J’attends tous les mercredis avec une impatience grandissante.

Souffle inédit : Quelles émotions voulez-vous transmettre à travers votre activité artistique ?

Violaine Dufès : Je crois qu’en dehors de l’émotion que peut procurer la musique ou la danse qui permet la catharsis (vitale pour s’élever), j’aimerais transmettre du bien et de la vérité par le partage de l’instant présent. Je déteste les faux semblants, et pour moi, l’art permet de toucher au cœur, à l’essentiel, d’aller vers une spiritualité profonde. Questionner, ressentir, accepter.

Souffle inédit : Quelles sont les créations musicales que vous préférez faire ?

Violaine Dufès : Les créations qui m’intriguent et me passionnent le plus concernent la rencontre avec l’autre, avec d’autres cultures, d’autres passionnés de musique, de littérature. Nous avons un projet « le World impromptu project » qui tracent différentes rencontres artistiques dans le monde depuis 2013 : l’Orchestre National de Tunisie et la poésie de Monia Boulila, les musiciens pakistanais et Debussy, la rencontre avec le gamelan Javanais Simpay Panaratas… et tout prochainement, la collaboration artistique avec les slameurs du collectif Styl’Oblique de Pointe Noire (Congo-Brazzaville) autour de la construction du chemin de fer Congo-Océan.

En dehors de ces coopérations artistiques et culturelles, j’aime la création contemporaine : travailler un langage musical avec les compositeurs/compositrices d’aujourd’hui qui né de la page blanche.

Souffle inédit : Plus de quarante pays parcourus et des centaines de public conquis. Avez-vous remarqué des particularités culturelles spécifiques en rapport avec vos spectacles et vos œuvres ?

Violaine Dufès : Chaque concert est un moment spécial où que ce soit et avec qui que ce soit. Cependant, jouer à l’étranger est toujours un émerveillement. Parfois, c’est la première fois que la musique occidentale classique est entendue. C’est magique ! Les réactions sont très nombreuses : applaudissements impromptus entre deux traits virtuoses pour saluer la performance d’un musicien, silence mystique à la fin des morceaux, discussions passionnés pendant la musique etc.

Comme nous parlons entre les morceaux, se tissent une relation étroite pour faire comprendre une musique qui peut être très éloignée des us et coutumes. Cette parole donnée est toujours accueillie très positivement, et elle encourage le partage, la rencontre entre la musique et le cœur !

Souffle inédit : Laquelle de vous brille le plus, la danseuse ou la hautboïste dans les tournées à l’étranger ?

Violaine Dufès : Nous sommes tous très polyvalents, nous pouvons bouger, dire un texte, une poésie etc. Nous surprenons, moi la première par l’esquisse d’une danse, mais aussi d’autres par une utilisation inhabituelle de l’espace, les cris, la voix. J’espère qu’au-delà de la hautboïste et de la danseuse, c’est le sourire qui brille le plus !

Souffle inédit : Que peut attendre le groupe Le Concert Impromptu de cette direction artistique ?

Violaine Dufès : Se laisser faire, méditer, avoir confiance et s’engager comme il l’a toujours fait. Mais surtout, laisser l’air entrer et les vagues bouger même si parfois elles sont scélérates : insufflons de l’amour, de la beauté, du vrai autour de nous …

Violaine Dufes pour Souffle inédit

 

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