Omar El Ouaer. Faire la musique pour la musique

Entretien avec Omar El Ouaer jazzman tunisien

Omar El Ouaer, jazzman tunisien, est né le 5 octobre 1989 à Gammarth – Tunisie. Après avoir obtenu le diplôme national de musique arabe, il découvre, à l’âge de 18 ans, le piano moderne, pour suivre depuis des cours de jazz à l’institut supérieur de musique.  Il intègre ensuite le jazz club de Tunis. En 2015, il s’inscrit au projet « jazz club de Tunis Big Band » et participe au 45ème séminaire international de jazz sous l’égide de la Fondation Sienne Jazz.

Lauréat de la catégorie « Musique » du prix de la Fondation Rambourg pour son projet Amber et doublement nommé aux Grammies* 2019, il devient une référence du jazz tunisien.

Omar El Ouaer. Faire la musique pour la musique

Rencontre

Souffle inédit. Vous avec commencé le conservatoire à l’âge de 11 ans et obtenu le diplôme national de musique arabe pour choisir enfin à l’âge de18 ans le jazz. Pourquoi ce choix ?

Omar El Ouaer. C’est grâce à Faouzi Chekili, notre père spirituel à tous, que j’ai découvert le jazz.  A l’institut supérieur de la musique je retrouve une petite communauté de fans du jazz tels que Yacine Boularés et Hedi Fahem. Puis grâce à une collaboration belgo-tunisienne j’ai pu participer à des workshops à « Ennajma Ezzahra » et m’a permis de présenter ma musique ; le déclic s’est fait depuis.

Souffle inédit. Quel(s) artiste(s) vous a le plus influencé dans votre parcours musical ?

Omar El Ouaer. Nombreux sont ces artistes. J’aime particulièrement la musique de Herbi Hancock celui qui a créé, avec son groupe, le Hip Hop dans les années 1970.

Quant à moi, je vois que le jazz peut être mixé avec la musique folklorique. Il s’agit d’un style qui permet d’être multiple. En Tunisie, il y avait peu d’opportunités à nos idoles de se produire sur scène et assister à des concerts de jazz. Mais depuis 2011, les choses ont changé ce qui m’a permis de réaliser des collaborations grâce à des rencontres lors du festival de Jazz à Carthage et notamment lors des « Afters ».

Souffle inédit. Vous avez collaboré avec plusieurs artistes internationaux tels que Tarek Yamani et Tom Green. Comment vous choisissez vos collaborateurs ?

Omar El Ouaer. Souvent ce n’est pas un choix mais des opportunités qui se présentent.  C’est ainsi que plusieurs collaborations avec des jazz-mens tunisiens ont pu se faire et nous ont permis de créer l’association Jazz Club de Tunis.  Il en est de même pour l’excellente expérience avec Tom Green, et la création des big-bands avec cinq musiciens tunisiens.

Au cours du célèbre concert à Nejma Ezzahra j’ai collaboré avec des musiciens anglais et américains et notamment avec Thomas Bellini. D’autres collaborations ont pu se faire avec Tarek Yamani et Todd Bashore.

Dans ce même contexte je citerai ma collaboration avec le grand trompettiste américain Hermone Mari qui vit à Paris ; ainsi que celle avec un bassiste français d’origine vénézuélienne Fabricio Nicolas Garcia et avec Jean Baptiste Pinet

Souffle inédit. Quel serait votre rituel de création de musique.

Omar El Ouaer. Je n’ai pas de rituel particulier. Je suis un musicien très solitaire ayant une relation fusionnelle avec ma guitare. J’écoute beaucoup de musique, mon challenge est de créer une musique moderne.

Souffle inédit. Y-a-t-il un secret pour faire de la bonne musique ?

Omar El Ouaer. Mon secret ? Je crois à un fait que dans la création l’héritage culturel jaillit et donne une empreinte à l’œuvre ; je cite l’exemple d’un concert réalisé avec des italiens et des français, dans lequel l’influence de la musique arabe était remarquable. Je ne fais que laisser couler tout simplement ce que j’ai dans le cœur, faire de la musique pour la musique, sortir du conformisme… et la création coulera de source

Souffle inédit. Votre point de vue sur le devenir de la scène culturelle tunisienne, entre l’espoir de certains et le désintérêt des autres ?

Omar El Ouaer. Un vrai artiste ne peut appartenir au deuxième groupe ; personnellement j’ai toujours cru en l’art et à la culture.

Avouons qu’après la révolution, l’art et la culture se sont énormément développés en Tunisie. Je ne veux pour exemple que la célébration du jazz à travers de nombreux festivals dans plusieurs villes du pays : Jazz à Carthage, le festival du Kef, etc…

Certes l’investissement de l’Etat reste très faible en comparaison aux besoins réels. Le rôle primordial de l’Etat reste à mon sens le souci de la décentralisation des activités culturelles et de gérer la complémentarité entre secteur public et secteur privé.

Souffle inédit. Le mot de la fin !

Omar El Ouaer. Il faut croire à l’art ! Et le jazz reste une musique singulière par le rythme, par l’improvisation et par le son. Il devient de plus en plus populaire, ce qui me motive pour créer des clubs de jazz un peu partout en Tunisie.

 

*Les Grammy Awards ou Grammies (initialement intitulées les gramophones Awards) Ce sont des récompenses créées en 1958 décernées chaque année aux Etats-Unis par la National Academy of Recording Arts and Sciences afin d’honorer les meilleurs artistes et les meilleurs techniciens dans le monde de la musique et de l’industrie américaine du disque.

 

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