Oussama Farhat invité de Souffle inédit

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Musicien et compositeur tunisien, Oussama Farhat façonne une œuvre sensible et suit un parcours singulier. Entre héritage musical et création personnelle, il affirme une voix propre, portée par une musique sincère et vivante.

Oussama Farhat, une voix singulière dans le paysage musical tunisien

Entretien conduit par Monia Boulila

Musicien, compositeur et chef d’orchestre tunisien, Oussama Farhat est un artiste passionné qui puise dans les traditions musicales arabes et tunisiennes pour nourrir son travail. Formé au Conservatoire de Tunis, puis enrichi par des expériences à Paris et au Caire, il a construit au fil des années un parcours personnel, marqué par les rencontres et la curiosité.

À la tête de sa propre troupe, il aime faire dialoguer les héritages musicaux avec des formes plus actuelles, en revisitant le répertoire tout en y apportant sa sensibilité. Attaché à la transmission autant qu’à la création, il défend une musique sincère, capable de toucher le public et de créer du lien.

Oussama Farhat, une voix singulière dans le paysage musical tunisien

Oussama Farhat et la musique, au fil d’une passion

M.B : Votre parcours musical s’est construit au fil des années. Quels ont été les moments ou les expériences déterminants qui ont façonné votre vocation de musicien et de compositeur ?

Oussama Farhat :  Mon parcours s’est construit progressivement, nourri par la passion et la curiosité. Dès mon plus jeune âge, j’ai été immergé dans un environnement musical et culturel riche. Les premières scènes, les rencontres avec des musiciens expérimentés, ainsi que les années de formation avec Maître Ali Sriti et au Conservatoire de Tunis, Paris , puis mon long séjour au Caire, ont été déterminants. Chaque expérience, qu’elle soit réussite ou difficulté, a contribué à forger mon identité artistique.

M.B : Quelles traditions musicales ou quelles références artistiques ont le plus nourri votre sensibilité de musicien ?

Oussama Farhat : Je suis profondément influencé par le théâtre lyrique des frères Rahbani et par Sayed Darwish, en plus de la musique arabe classique, notamment les grandes écoles égyptiennes. Des figures comme Mohamed Abdel Wahab, Sayed Darwish, Cheikh Imam, ainsi que l’école de la chanson engagée arabe, notamment Imam et Ziad Rahbani, ont marqué ma sensibilité. J’ai également été influencé par Hedi Guella, Jacques Brel et Stevie Wonder. En parallèle, le patrimoine tunisien, avec ses spécificités modales et rythmiques, reste une source d’inspiration essentielle, notamment à travers le grand Mohamed Triki.

M.B : Vous dirigez votre propre troupe musicale. Comment est né ce projet et quelle vision artistique souhaitez-vous porter à travers cet ensemble ?

Oussama Farhat : La création de ma troupe est née d’un besoin de liberté artistique, dès mon retour du Caire. Je souhaitais disposer d’un espace où je pourrais expérimenter, revisiter le patrimoine et proposer des créations originales. Ma vision est de bâtir un pont entre tradition et modernité, tout en mettant en valeur la richesse de la musique savante arabe.

M.B : Entre la composition, l’arrangement et l’interprétation, quelle dimension de votre métier vous procure le plus de plaisir créatif ?

Oussama Farhat : Chaque dimension a son charme, mais la composition reste pour moi la plus intime. C’est là que naît l’émotion, que l’idée prend forme. L’arrangement permet ensuite de donner de la couleur à cette idée, tandis que l’interprétation la rend vivante devant le public, notamment en proposant de jeunes voix et des chanteurs de talent.

M.B : Comment analysez-vous l’évolution de la chanson tunisienne ces dernières décennies ?

Oussama Farhat : La chanson tunisienne a connu plusieurs transformations. Elle est passée par des périodes de grande richesse artistique, notamment dans les années 50, 60 et 70, puis par des phases plus commerciales. Aujourd’hui, elle est en pleine mutation, avec une diversité d’approches et une ouverture vers des influences internationales.

M.B : Selon vous, la musique tunisienne parvient-elle aujourd’hui à trouver un équilibre entre préservation du patrimoine et création contemporaine ?

Oussama Farhat : L’équilibre est encore fragile. Il existe des initiatives sérieuses pour préserver le patrimoine, peut-être même un peu trop à mon avis, mais la création et la musique savante restent très limitées. Le défi est de faire dialoguer ces deux dimensions sans que l’une n’efface l’autre.

M.B : La nouvelle génération d’artistes tunisiens explore souvent des styles très variés. Comment percevez-vous cette diversité musicale ?

Oussama Farhat : Je vois cette diversité comme une richesse. Elle reflète une ouverture d’esprit et une volonté d’innovation. Toutefois, il est important que cette exploration reste ancrée dans une identité culturelle forte et ne se contente pas de revisiter le folklore au détriment de la création musicale.

M.B : Comment percevez-vous aujourd’hui la place de la musique dans la vie culturelle tunisienne ? Les festivals et les concerts jouent-ils pleinement leur rôle, selon vous, dans la promotion des artistes et dans la rencontre avec le public ?

Oussama Farhat : La musique occupe une place importante, mais elle mérite davantage de structuration. Les festivals jouent un rôle essentiel, mais ils doivent encore évoluer pour mieux soutenir les artistes locaux et offrir une programmation plus audacieuse et équilibrée.

M.B : Si vous deviez identifier les principaux défis auxquels fait face la vie musicale et culturelle en Tunisie aujourd’hui, quels seraient-ils ?

Oussama Farhat : Les défis sont multiples : manque de financement, absence de politiques culturelles durables, difficultés de diffusion, et parfois un manque de reconnaissance pour les artistes. Il existe également un déficit flagrant de l’arsenal juridique culturel dans un monde de plus en plus complexe et mondialisé. Il est nécessaire de repenser l’écosystème culturel dans son ensemble.

M.B : Sur quels projets artistiques travaillez-vous actuellement ?

Oussama Farhat : Je travaille actuellement sur de nouvelles compositions « à la Brel », des chansons engagées avec humour, fantaisie et originalité, ainsi que sur des projets scéniques de style café-théâtre, visant à proposer des spectacles innovants et immersifs.

M.B : Quel est aujourd’hui votre rêve le plus cher en tant qu’artiste ?

Oussama Farhat : Mon rêve est de contribuer durablement à la valorisation de la musique tunisienne, de toucher un public international tout en restant fidèle à mon identité, et de laisser une empreinte artistique sincère et authentique.

M.B : Merci, cher Oussama Farhat, pour cet échange riche et inspirant. Je vous souhaite une belle continuité et beaucoup de succès dans votre parcours artistique.

Monia Boulila
Poète et traductrice
Rédactrice en cheffe de Souffle inédit
Déléguée de la Société des Poètes Français
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Ysmine Azaiez
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Poète, traductrice et rédactrice web. Rédactrice en chef du média culturel Souffle inédit. Déléguée de la Société des Poètes Français. Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.