Ronnie Spector : de la légende des Ronettes au film « Be My Baby »

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Ronnie Spector interprète « Be My Baby » - Festival des fans des Beatles, 8 février 2014- Photo : MK Feeney / Wikimédia

Barry Jenkins réalise Be My Baby, biopic consacré à Ronnie Spector avec Zendaya. Retour sur la chanteuse des Ronettes, son héritage musical et son histoire.

Ronnie Spector : Barry Jenkins prépare le biopic Be My Baby avec Zendaya

Par la rédaction

A24 a confié au réalisateur oscarisé Barry Jenkins la mise en scène de Be My Baby, biopic consacré à Ronnie Spector. Ce projet, en développement depuis 2020, sera porté par Zendaya choisie personnellement par la chanteuse avant sa disparition en 2022. Le film puise son inspiration dans les mémoires touchantes de Ronnie Spector, parues en 1990 sous le titre « Be My Baby : How I Survived Mascara, Miniskirts, and Madness« , écrites avec Vince Waldron.

Zendaya
Zendaya – Photo : Tinseltown / Shutterstock

Dès l’annonce de ce film, une question simple se pose : qu’est-ce que le grand retour de Ronnie Spector sur nos écrans vient nous raconter aujourd’hui ? Car Ronnie Spector n’était pas seulement cette voix unique associée à un morceau culte et intemporel. Elle fut l’une des figures emblématiques de la pop américaine des années 60, une véritable icône de style et de son époque. Mais son parcours personnel met aussi en lumière les aspects moins glorieux d’une industrie musicale dominée et souvent malmenée par des hommes.

Une voix au cœur du « Wall of Sound »

Ronnie Spector, de son vrai nom Veronica Bennett, née à New York en 1943, a fondé le groupe les Ronettes avec sa sœur Estelle et leur cousine Nedra Talley. Ce trio de jeunes femmes s’est rapidement imposé comme l’un des girl groups les plus emblématiques de leur époque. Leur renommée reposait sur une sonorité unique et reconnaissable entre toutes, élaborée par le producteur Phil Spector et son célèbre « Wall of Sound » – une orchestration dense, presque monumentale.

Mais le véritable cœur de cette architecture musicale, c’était la voix de Ronnie Spector. Une voix à la fois délicate et affirmée, jeune mais avec une profondeur certaine, capable d’exprimer la passion amoureuse sans jamais tomber dans la mièvrerie. Le titre « Be My Baby », lancé en 1963, reste à ce jour l’une des chansons les plus influentes de la musique pop moderne. Son introduction rythmique iconique et l’interprétation unique de Ronnie ont traversé les époques, inspirant des artistes aussi bien dans le rock que dans la pop indépendante.

Les Ronettes ont également créé leur propre style visuel. Coiffures spectaculaires, eyeliner prononcé, robes ajustées : une allure féminine stylisée qui a profondément marqué l’imaginaire collectif. Pourtant, derrière cette image soignée et maîtrisée, le pouvoir créatif demeurait largement entre les mains du producteur. Le succès du groupe est indissociable d’un système où la voix des femmes était mise en valeur, mais rarement véritablement autonome dans ses choix artistiques.

Phil Spector : le génie et l’emprise

En 1968, Ronnie s’est mariée avec Phil Spector. Ce qui s’annonçait comme un mariage de rêve s’est malheureusement transformé en une relation toxique et dominatrice. Dans ses écrits, elle révèle comment elle s’est retrouvée de plus en plus isolée, victime de maltraitance psychologique et physique, et comment la peur était devenue une compagne permanente. Elle a même raconté la présence d’un cercueil dans la cave de la maison, un détail glaçant qui symbolisait la menace omniprésente. En 1972, elle a courageusement pris la fuite, pieds nus, mettant ainsi un terme à ces années de calvaire et d’enfermement.

Le biopic Be My Baby devrait se concentrer précisément sur ces six années de mariage. Ce choix narratif est significatif. Loin d’être un simple film musical sur l’ascension d’une star, ce sera le récit poignant d’une femme qui a lutté pour sa survie et sa reconstruction.

Lorsque Phil Spector meurt en 2021, alors qu’il purge une peine de prison pour meurtre, Ronnie Spector publie un message plein de tact.: elle reconnaît son génie musical, tout en rappelant les ténèbres qui ont entouré leur relation. Cette double reconnaissance, lucide et sans outrance, témoigne de la complexité de son regard.

Barry Jenkins et Zendaya : un regard contemporain

Le choix de confier le film à Barry Jenkins n’est pas anodin. Le réalisateur, que l’on connaît grâce à des succès comme Moonlight, est particulièrement doué pour explorer les profondeurs humaines, les non-dits et les souffrances cachées. Son approche préfère explorer l’intériorité des êtres, leurs émotions et leurs pensées, plutôt que les grands effets. Appliquée à l’histoire de Ronnie Spector, cette vision promet de nous faire voyager bien au-delà de la simple icône pop, pour nous connecter à l’expérience humaine de Ronnie.

La présence de Zendaya, que la chanteuse avait elle-même choisie pour l’incarner, apporte une autre couche de sens, très profonde, au projet. En tant qu’actrice et productrice, et un symbole pour une génération soucieuse de l’autonomie et de l’équité, elle incarne l’image d’une femme maîtresse de son destin. Cela crée un contraste saisissant avec le parcours semé d’embûches de Ronnie dans les années 1960 et 1970. Ce passage de flambeau symbolique confère au film une portée qui dépasse la simple évocation mémorielle : il devient un acte fort de réappropriation, une prise de pouvoir sur son propre récit.

Dave Kajganich a écrit le scénario, avec le soutien de producteurs très expérimentés comme Marc Platt et Adele Romanski. Le film est un mélange de biopic musical et de drame personnel.

Au-delà du scandale, une artiste durable

Si le film choisit de se concentrer sur ces années d’enfermement, l’histoire de Ronnie Spector ne s’y limite pas. Après sa séparation, elle poursuit sa carrière, parfois de manière plus discrète, mais sans jamais disparaître. Elle collabore avec des artistes variés, enregistre de nouveaux titres et devient une référence pour plusieurs générations de chanteuses. Debbie Harry, Amy Winehouse ou encore des figures de la scène indie ont revendiqué son influence.

Son style, sa silhouette et sa voix continuent d’irriguer l’imaginaire pop. Elle incarne une forme de persistance : celle d’une artiste qui, malgré les entraves, conserve son identité.

Be My Baby n’est pas seulement le titre d’une chanson très célèbre partout dans le monde. C’est aussi le nom d’un livre où une chanteuse a raconté sa survie, puis celui d’un film qui cherche à donner forme à cette parole. Entre actualité cinématographique et mémoire musicale, Ronnie Spector revient ainsi comme une personnalité à multiples facettes : icône pop, femme blessée, artiste persévérante. Son histoire nous rappelle que derrière la musique, il y a toujours des voix et des parcours uniques, que notre époque doit écouter à nouveau.

Photo de couverture @ Wikimédia
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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.
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