À l’occasion de l’exposition de Philippe Casaubon à l’Espace Mompezat, à Paris, du 3 au 16 octobre 2026, retour sur le parcours de l’artiste, son évolution vers l’abstraction et son travail autour de la matière, des formes et de la calligraphie.
Philippe Casaubon, peintre et graphiste en quête de son propre langage
Par Michel Bénard
Les chemins de vie associés à la destinée se font, se défont, se croisent, se décroisent. Je suis heureux de voir ici se rencontrer, dans un partage artistique sur nos cimaises, dans la mouvance de la créativité, Elizabeth Nagypataky et Philippe Casaubon. Ils ont des voies bien différentes que nous pourrions jumeler dans l’esprit du voyage. Belle opiniâtreté, car l’un comme l’autre ont des engagements suivis dans une existence professionnelle à fortes responsabilités : Philippe Casaubon dans le monde de l’image et de la publicité, Élizabeth Nagypataky dans le monde scientifique de haute tenue.

Un parcours artistique nourri de rencontres
Aux abords des années 1970, Philippe Casaubon s’engage dans un parcours artistique solide. À partir de cette période, il connaît un intérêt intense pour l’art et se laisse emporter par sa passion. Il fréquente assidûment le Musée d’Art moderne où, signe prémonitoire, il possède un appartement à proximité.
Ainsi commence-t-il à prendre conscience de l’appel de l’art et de l’intérêt qu’il va lui accorder. Il travaille sur deux plans : d’abord ses études dans la publicité et le maquettisme, puis la vidéo, de près ou de loin, toujours en relation avec l’art.
Comme Élizabeth Nagypataky, il côtoie divers ateliers de création où règne un esprit libre. Je songe ici à l’atelier de Jean-Yves Guionet, fondateur du mouvement sensualiste. Je vais faire plaisir à Philippe Casaubon en lui rappelant que son maître est venu exposer ici, ainsi que certains de ses élèves peintres ou sculpteurs. Mais je vais lui révéler que Jean-Yves Guionet reviendra exposer ici dans quelques mois.

Philippe Casaubon, non dépourvu de talent, a un fort besoin de s’identifier, de trouver son style, son écriture. Cela est très important pour un artiste : savoir qui il est et où il va. Pour cela, il faut un révélateur, et ici, ce sera Jean-Yves Guionet. Sans doute aussi les peintres Vigilio Jattosti et Bruno Mathon, car il y a chez Philippe Casaubon une forte volonté opiniâtre qui le pousse à travailler dans d’autres ateliers.
De l’abstraction à la calligraphie, la magie de l’image
Au fil de l’évolution de ses compositions, Philippe Casaubon s’engage doucement vers l’abstraction. Ce fut l’un des précurseurs de l’art moderne, František Kupka, qui lui servit de révélateur, de ligne d’Ariane. Il est également influencé par d’autres belles références, telles Lanskoy, Estève, Gris et Alechinsky.
Alchimiste de la matière, par son acte de création, l’artiste métamorphose la vie.
Philippe Casaubon travaille sur papier en utilisant des peintures à l’huile, mais également toutes les techniques possibles : gouache, acrylique, aquarelle, etc. Notre ami n’a de cesse de chercher, de remettre en question. Il innove, expérimente, joue de différentes techniques. La créativité n’a pas de limite : il peaufine les textures, les impressions, les volumes et les harmonies colorées.

Une petite anecdote a retenu mon attention, et je vous la confie :
« Dans un cours de dessin, le professeur froissa une feuille de papier, la posa sur la table et me demanda d’en dessiner les vides. C’était comme me présenter un couteau sans lame auquel manquait le manche. Je n’ai pas pu et en même temps c’était le premier pas vers la création. »
Philippe Casaubon sait nous étonner, car il ne demeure pas enfermé dans un style, une méthode. Nous le découvrons aussi au travers d’un ouvrage qui reflète son talent et son imaginaire.
Dans un carnet, il a retrouvé des centaines de calligraphies informelles, indéfinies, porteuses sans doute d’un langage secret intérieur qu’il faudrait savoir décrypter. Nous découvrons tous ses travaux relevant de la calligraphie ou s’en rapprochant dans son Livre de mémoire, vieux rêve d’enfant gravitant autour de l’Orient.
Mémoire impalpable, mémoire innommable, essayer de fixer la pensée : une véritable gageure. Nous pensons aussi aux enluminures ; alors, le mystère est total. Notre artiste voit dans l’art une noble manière de freiner le chaos qui nous environne.

Il me semble que Philippe Casaubon perçoit, entre les graphismes calligraphiés, une incertitude étonnée. Tendre vers l’impossible et vouloir immobiliser l’éternité dans nos âmes migrantes : cet ouvrage me fait penser à Henri Michaux ou à Christian Dotremont dans l’art Cobra.
Chez notre ami, il y a toute une part de mystère à décrypter, mais il est certain que la magie de l’image a toujours été le fil d’argent de ses créations.




