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Souffle inédit


Un « médicament de joie » nommé Rûmî

Un « médicament de joie » nommé Rûmî

L’ombre de la nuit  Poésie, vie, à l’infini   Un « médicament de joie » nommé Rûmî Par Hyacinthe*     La collection « Poésie/ Gallimard » renoue avec le domaine persan puisque, après Rubayat d’Omar Khayam, traduit par Armand Robin et préfacé par André Velter, paru en 1994, c’est Rûmî qu’elle reçoit avec la

L’ombre de la nuit 

Poésie, vie, à l’infini

 

Un « médicament de joie » nommé Rûmî

Par Hyacinthe*

 

 

La collection « Poésie/ Gallimard » renoue avec le domaine persan puisque, après Rubayat d’Omar Khayam, traduit par Armand Robin et préfacé par André Velter, paru en 1994, c’est Rûmî qu’elle reçoit avec la publication, en novembre 2020, de Cette lumière est mon désir. Le livre de Shams Tabrîz, traduit par Jean-Claude Carrière, Mahin Tajadod et Nahal Tajadod, avec une préface de Jean-Claude Carrière, dans une édition de Nahal Tajadod.

 

Le livre est d’emblée placé sous le signe de l’amour, Jean-Claude Carrière, –écrivain, traducteur, scénariste et cinéaste lauréat notamment d’un César en 1983 et d’un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre en 2015 –, dédiant ainsi sa préface à Cette lumière est mon désir. Le livre de Shams Tabrîz : « À Mahin Tajadod/Qui nous attache à Rûmî ».

 

L’expression est d’autant plus heureuse qu’elle parle d’attachement, autre nom, sentiment et profondeur capables de fairedécupler le « désir » déjà exprimé dans le titre, qui lui-même exprime la passion du soufi Rûmî (1207-1273) pour son maître Shams Tabrîz (1185-1248). Cette passion, Jean-Claude Carrière l’exprime en des termes aussi lapidaires que profonds : « L’illustre prédicateur [Shams de Tabrîz], après quarante jours ou trois mois de vie commune – les deux hommes restant isolés et cachés de tous–, s’est transformé en un danseur méconnaissable (pratiquant le samâ), des lèvres de qui jaillissaient, comme un torrent sans fin, et comme à son insu, des paroles inoubliables. Un disciple a recueilli ces paroles qui ont fait de Rûmî, lequel pour les Iraniens reste Mowlâna, “notre maître”, un des plus grands poètes de l’histoire du monde. » (p. 9)

 

Or cette grandeur est loin d’être anodine, elle s’alimente de ce que le mystique espagnol, saint Ignace de Loyola, appellera,trois siècles après Rûmî, les « exercices spirituels », qui peuvent également être poétiques et philosophiques, comme l’indiquent les derniers quatrains de l’un des derniers poèmes du volume, intitulé à juste titre « Dernier poème » :

 

 

« Hier soir dans la rue de l’amour

En rêve je vis un vieux sage.

Il me fit signe de la main :

Décide-toi et viens vers nous.

 

 

Si en chemin vient un dragon,

L’amour est comme une émeraude.

De l’éclair de cette émeraude,

Allez, oh, chasse le dragon.

Assez, car moi je suis sans moi.

Si tu veux accroître ton art,

Conte l’histoire d’Avicenne

Et l’alerte de Bol alâ. »(p. 309)

 

 

Aussi est-il question du philosophe et médecin Avicenne (980-1037) et du poète-philosophe Abû al-Alâ al-Ma’ârî (973-1057). Cette double référence à un Orient en quête d’universel montre que la question soufie est loin d’être religieuse, elle est tout simplement amoureuse car dirigée vers l’autre et fondée sur la connaissance, l’autre nom de l’amour. D’ailleurs, il ne serait pas vain de préciser que la dédicataire de la préface, feue Mahin Tajadod, est à la fois l’amie de Jean-Claude Carrière et la mère de sa compagne, Nahal Tajadod. Lui rendre ainsi hommage, c’est reconnaître l’apport de ses travaux sur Rûmî en particulier et sur la poésie persane en général. C’est aussi, comme l’écrit si bien le scénariste-traducteur, un « choix » : choix de vie, choix de poésie, ou même choix de vie en poésie, comme suit : « Certaines rencontres m’ont paru étonnantes. Ainsi, le Masnavî, le recueil de poèmes le plus célèbre de cet auteur [Rûmî], que de nombreux lecteurs ont appelé le Coran mystique, commence par une phrase célèbre : “Écoute les gémissements de la flûte qui se sépare du roseau”, ou plutôt de l’ensemble des roseaux, de la bambouseraie, de la roselière. C’est ainsi que j’ai trouvé chez Rimbaud : “Tant pis pour le bois qui tourne au violon”. Autrement dit, pour devenir flûte et chanter (ou un violon), il faut se couper de son entourage et accepter de souffrir. Sentiment partagé par plusieurs auteurs, sous différents cieux, tout au long des siècles. La poésie est un exercice très dur, très dangereux, parfois mortel. Et par moments il devient presque impossible de la commenter, sinon de la lire. » (p. 12)

 

Nous ne partageons certes pas tout à fait le point de vue de Jean-Claude Carrière, même si nous apprécions sa rigueur et la passion qui anime son travail et sa vision du monde. Lire, traduire et écrire la poésie sont l’expression de ce même et unique « désir » exprimé par Rûmî pour Shams Tabrîz et par les « passeurs » de celui-ci en français, Jean-Claude Carrière, Mahin Tajadod et Nahal Tajadod, dont nous savons gré pour cette inestimable offrande, car, en ces temps de détresse, Cette lumière est mon désir. Le livre de Shams Tabrîz fait office de « médicament de joie » :

« Toutes les particules

Du monde prennent vie,

Quand tu envoies mon souffle

Aux souffles des amants

 

 

Si, généreusement,

Tu écartes la lèvre,

Tu envoies aux souffrants

Médicament de joie. » (p. 124-125)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rûmî,Cette lumière est mon désir. Le livre de Shams Tabrîz, traduit du persan par Jean-Claude Carrière, MahinTajadod et NahalTajadod, préface de Jean-Claude Carrière, édition de Nahal Tajadod, Paris, Gallimard, collection « Poésie », paru le 19 novembre 2020, 9,50 €.

 

 

« Maintenant, je remercie le hasard qui nous a désunis. Je ne sens même pas un désir de vengeance, je ne vous aime plus. Je ne veux rien de vous. Vivez tranquille sur la foi de ma parole, elle vaut mieux que les griffonnages… Je ne réclamerai jamais le nom que j’ai peut-être illustré. Je ne suis plus qu’un pauvre diable nommé Hyacinthe, qui ne demande que sa place au soleil. Adieu… », ainsi pourrait parler l’auteur de ce poème, oui au singulier, car, entre prose et poésie, il souhaite adopter cette parole de Cioran (à ne pas confondre avec le coran) : « Après certaines expériences, on devrait changer de nom, puisque aussi bien on n’est plus le même. Tout prend un autre aspect, en commençant par la mort », et celle-ci encore : « Arrivé à un certain âge, on devrait changer de nom et se réfugier dans un coin perdu où l’on ne connaîtrait personne, où l’on ne risquerait de revoir ni amis ni ennemis, où l’on mènerait la vie paisible d’un malfaiteur surmené. »

Et c’est fait pour ainsi dire, Hyacinthe, quarante ans à la Saint-Barthélemy 2021, pseudonyme d’un poète, prosateur, essayiste, traducteur et agitateur d’idées,a décidé de se retirer à l’âge des prophètes pour assumer ses Déclinaisons de l’Hommeet sa place au soleil

C’est pour cela que cette rubrique à la fois de critique et de poétique portera ce nom, Déclinaisons de l’Homme, et sera placée sous le signe du soleil.À la poésie. À la vie. À l’infini.

4 commentaires
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4 Commentaires

  • bassam jamil
    14 janvier 2021, 12 h 50 min

    لا يمكن قراءة الصوفية إلا بهذه الأنفاس التي تستعير من الشمس خفة ضياءها، وقد أثار هذا المعنى الكثير ممن تداولوا حكمة الشعر و النثر الفارسي. من المثير قراءة رؤيا مختلفة و متجددة لهذا الشعر الغني بمفردات جديدة و قوالب ابداعية ترتقي لأن تنافس الأصل أو على الأقل تحاول الوصول إلى درجات شغفه العظمى .

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  • Amel Boulila
    16 janvier 2021, 8 h 46 min

    Merci pour ce rafraîchissement intellectuel et cette belle inauguration de votre revue souffle inedit. Bonne chance et bonne continuation

    Répondre
  • Souffle Inédit
    27 janvier 2021, 7 h 27 min

    شكرا بسام
    سعداء بك ونشكرك على مساهمتك في اثراء المجلة وفي نجاحها

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  • Souffle Inédit
    27 janvier 2021, 7 h 34 min

    Merci Amel pour votre message. Tant qu’il y aura des lecteurs comme vous, nous ne manquerons pas de Souffle !

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