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Souffle inédit


La voix profonde de Talal Haidar … Par Hyacinthe

La voix profonde de Talal Haidar … Par Hyacinthe

L’ombre de la nuit Poésie, vie à l’infini     Jusqu’à l’année dernière, le nom de Talal Haidar n’était connu, en France et dans le monde francophone, que par ses compatriotes libanais, notamment les familiers du journal L’Orient le jour où deux articles lui ont été consacrés respectivement en 2004 et 2017. Mais, voilà en

L’ombre de la nuit

Poésie, vie à l’infini

 

 

Jusqu’à l’année dernière, le nom de Talal Haidar n’était connu, en France et dans le monde francophone, que par ses compatriotes libanais, notamment les familiers du journal L’Orient le jour où deux articles lui ont été consacrés respectivement en 2004 et 2017. Mais, voilà en à peine un an, deux livres du poète voient le jour traduits tous deux par le poète tunisien Aymen Hacen et revus et corrigés par l’auteur et par son fils, le docteur Rami Haidar. Autant dire que ces publications sont dues à une collaboration des plus fraternelles en un temps où, faut-il le rappeler, la situation sanitaire, économique, culturelle et éditoriale, etc., est en complète déshérence.

Or, les deux livres en question − Il est temps, préfacé par le grand poète syrien naturalisé libanais, Adonis, aux éditions Rafael de Surtis en février 2020, et Le Secret du temps, paru, cette fois-ci en Italie, dans une édition bilingue, arabe-français, aux éditions MR editori – nous révèlent l’importance de la voix de Talal Haidar, poète-philosophe qui a fait ses humanités à Paris, en Sorbonne, et qui a choisi d’écrire en dialectal libanais, comme pour faire vibrer la voix profonde et intérieure de sa bédouinité, au point qu’elle a été portée, mise en musique et chantée par quelques-uns des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes arabes de la seconde moitié du 20ème siècle, dont les frères Rahbani à travers la voix sublime de la diva Fayrouz, Waddi Essafi et Majida Roumi, pour ne citer que ceux-là.

Citons par exemple ce bijou, chanté par Marcel Khalife, artiste pour la paix de l’UNESCO, dans son album éponyme, « Cafetière arabe » (1995), sachant que le consciencieux traducteur nous rappelle que le très beau mot « abaya » signifie cape en arabe et qu’il a choisi de garder le mot arabe pour que le texte français soit riche en goûts et en couleurs…

 

Cafetière arabe

 

Plus belle que la cafetière

Sur un brasero bédouin

Plus belle que la tasse

Belle

Comme les « abaya »

Frêle fil des broderies

Elle s’est élevée

Comme une selle montée d’or

Tu es devenue la plaine d’Hauran…

Ramenez quelqu’un de Dummar

Pour graver un tatouage

Ramenez-en un autre de Hama

Le tatouage

Est café moulu et l’air qui a soufflé damascène

Fossette sur la joue

Qui n’aurait pas de nom ?

Et la joue est en face de moi

Avec du khôl aux yeux…

Le khôl l’a gracieusement dessinée

Qui a taillé mes crayons ?

Et comme la jument elle est bigarrée

Sa selle est d’Orient

Quatre servantes portent les flacons de parfums

Leurs flacons sont damascènes

Elles portent aux poignets des bracelets en or

Qui bruissent

Qui bruissent ?

L’enchantement durera jusqu’à la fin des temps…

(Il est temps, p.34-35)

         Les plus curieux, notamment les mélomanes pourront suivre ces deux liens pour écouter et s’envoler en compagnie de la maestria avec laquelle Marcel Khalife a mis en musique et interprété « Cafetière arabe » : https://www.youtube.com/watch?v=0-KkXlU8Usw&ab_channel=SamirAlmaghribi ; https://www.youtube.com/watch?v=1QEVBIWc8kU&ab_channel=Fairuz%D9%81%D9%8A%D8%B1%D9%88%D8%B2

Lyrique, la poésie de Talal Haidar l’est à l’image de la langue à laquelle elle a donné ses lettres de noblesse, à savoir le dialectal libanais. Et dans sa préfaceà Il est temps, qu’il faut qualifier de magistrale, parce qu’elle met les points sur les i en historisant cet acte poétique, Adonis écrit : « La langue dialectale ou parlée demeure, dans les pays arabes, sujette à des questionnements et débats des fois violents, dans lesquels interfèrent des éléments religieux ou ethniques, et par là même politiques, sociaux et culturels. Cette violence ne concerne pas seulement le Liban, elle concerne tous les pays arabes. Et, s’il existe des différences entre les pays arabes, précisément dans ce contexte, ce sont des différences au niveau du degré, et non du type.

Je peux ici résumer la question dans cette interrogation : la somme littéraire écrite en dialectal est-elle considérée comme partie prenante des lettres arabes ? La réponse, institutionnellement et religieusement, est non. Mais populairement et artistiquement, la réponse est oui.

C’est toujours la même histoire depuis les Mille et une nuits.

Il s’agit d’une problématique à la fois grande et ancienne, qui ne cesse de se poser. Je me contente ici d’y faire allusion à l’occasion de la parution du premier recueil traduit en français du poète en dialectal libanais Talal Haidar. »

Bien sûr, les questionnements soulevés par Adonis peuvent en appeler d’autres. À l’instar de l’importance de la culture argotique dans la culture française avec récemment la parution des Soliloques du pauvre suivi de Le Cœur populaire, de Jehan Rictus, dans la collection « Poésie »/ Gallimard.

Talal Haidar, né à Baalbek en 1937, est de confession chiite, mais son verbe est universel parce qu’il embrasse le Liban dans sa totalité. En témoigne son poème « Assy », dédié à Assy Rahbani, né en 1923 et décédé en pleine guerre civile libanaise en 1986. Ainsi, à l’occasion de la disparition de ce grand artiste, qui a révolutionné la musique libanaise et arabe, un cessez-le-feu a été imposé pour que le cortège, et à sa tête Talal Haidar, traversent la ville de Beyrouth pour accompagner le musicien à sa dernière demeure. Voilà qui, hier, aujourd’hui et demain, donnera toujours de l’espoir :

Personne ne met plus entre ses mains le plateau des saisons

Triste tel un exil pour l’éternité

La terre tourne une seule fois.

Or du temps premier

Personne ne révélera le secret.

Temps heureux

Le présent embelli par ta venue soudaine

Le passé qui nous parvient depuis un instant

Sur sa route vers le futur

(Il est temps, p.82-83)

Cette collaboration, en musique, comme en traduction, témoigne de la possibilité du dialogue entre les confessions d’une part et les différents pays arabes d’autre part. À ce titre, Adonis, appuyé par le poète qui est lui-même francophone, écrit : « Ainsi, dans ce recueil, Talal Haidar réussit un double exploit : d’une part, il écrit en dialectal et il est le premier à passer dans la langue de Rimbaud. De même, il a la chance de voir ce passage dans une poétique de haut vol, celle d’Aymen Hacen.

D’autre part, Talal Haidar est la preuve éclatante que la langue parlée au Liban est, aux côtés de sa sœur littérale, une langue de beauté et de création. »

Saluons donc ces initiatives et, en attendant la traduction du troisième recueil de Talal Haidar, Le Vendeur du temps, commençons par lire les deux premiers traduits en français, Il est temps et Le Secret du temps.

1 Commentaire
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1 Commentaire

  • Palamara Enza
    4 mars 2021, 22 h 04 min

    Merci cher Aymen de me faire découvrir des oeuvres ! dont je suis sûre qu’elles me toucheront..
    Tu joues le merveilleux rôle de passeur! Garde intacte ton énergie! Je suis très émue de t’imaginer
    aux côtés d’Adonis que j’avais rencontré il y a si longtemps.

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