Rosemonde Gérard, l’amour à l’épreuve du temps

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PortraitROSEMONDE GERARD par Ernest Hébert

Figure discrète mais essentielle de la poésie française, Rosemonde Gérard a tissé une œuvre où l’amour se déploie dans le temps, entre promesse, mémoire et fidélité.

Rosemonde Gérard, la douceur tenace de l’amour

Rosemonde Gérard

Louise-Rose-Étiennette Gérard, connue sous le nom de Rosemonde Gérard, naît à Paris en 1866, où elle s’éteint en 1953. Très tôt entourée de littérature, elle a pour parrain le poète Leconte de Lisle. Après la mort précoce de son père, elle est placée sous la protection d’Alexandre Dumas fils.
À seulement 23 ans, elle publie Les Pipeaux, un premier recueil remarqué et récompensé par l’Académie française. Par la suite, elle choisit le nom de sa grand-mère, Rosemonde, pour signer ses œuvres et monter sur scène.
Même si elle s’essaie au théâtre, notamment en remplaçant une actrice dans un rôle de Roxane à la demande de Coquelin, la poésie reste au cœur de sa vie. En 1890, elle épouse Edmond Rostand. Leur union marque profondément son parcours, malgré leur séparation en 1915.
Rosemonde Gérard poursuit son travail d’écriture avec constance. Son recueil L’Arc-en-ciel, publié en 1926, est à nouveau salué par l’Académie française. Elle écrit également pour le théâtre, souvent avec son fils Maurice Rostand.
Reconnue pour l’ensemble de son œuvre, elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur en 1931 et participe au jury du prix Fémina. En 1935, elle rend hommage à Edmond Rostand dans une biographie sensible.
Elle s’éteint à Paris en 1953 et repose au cimetière de Passy, aux côtés de son fils.

Ses œuvres :

Les Pipeaux, poèmes, 1889
Les Vieux, interprété par Sarah Bernhard en 1903
A mon fils, décembre 1909
Les jardins, décembre 1910
Un bon petit diable avec son fils Maurice 1911
Le voyage d’une coccinelle, juin 1913
L’impossible amitié, juillet 1913
Les voyages décembre 1913
La Marchande d’allumettes, livret d’opéra avec son fils Maurice en 1914,
La Robe d’un soir 1925, musique de scène de Claude Corbreuse, joué au théâtre de l’Odéon en 1924-1925
La Vie amoureuse de Madame de Genlis 1926
L’Arc-en-ciel, poèmes 1926
Mes souvenirs : Cyrano de Bergerac, avec un dessin d’Edmond Rostand 1927
Les Masques de l’amour, théâtre en vers, 1928
Les Papillotes, théâtre en vers, 1928
À quoi rêvent les vieilles filles, théâtre en vers, 1928
La Tour Saint-Jacques, pièce en un acte, en vers 1928
Le Féminisme, avec son fils Maurice, conférence 1930
La Forêt enchantée, pièce de théâtre avec son fils Maurice en 1931
Les Papillotes, pièce de théâtre en vers, 1931
Féeries, 1933
Edmond Rostand, 1935
Rien que des chansons, 1939
Les Muses françaises, poèmes, 1943 ; de Marie de France à Rosemonde Gérard
Méditations poétiques et harmonies poétiques de Victor Hugo, sonnet, préface de Rosemonde Gérard, 1930
Histoire d’amour et Lettre de rupture, deux chansons de Rosemonde Gérard et Tjarko Richepin enregistrées par Jeanne Aubert en 1942
Lettres à sa fiancée, Edmond Rostand, Editions Nicolas Malais, 2009, lettres d’amour de Rostand à sa future femme
Vous êtes mon espoir et ma désespérance Poème pour Mélodies d’Ivan Devriès (paroles de Gérald Devriès, Rosemonde Gérard, Paul Éluard, Guillaume Apollinaire).

Poème choisi, de Rosemonde Gérard

L’éternelle chanson

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos cœurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,

Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j’ai pu dire  » Je t’aime  » ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d’une caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer.

Et comme chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain,
Qu’importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave – et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s’entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d’autres liens.

C’est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l’âge,

Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.

Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
Je veux tout conserver dans le fond de mon cœur,
Retenir s’il se peut l’impression trop brève
Pour la resavourer plus tard avec lenteur.
J’enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
Je serai riche alors d’une richesse rare
J’aurai gardé tout l’or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s’achève,
Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J’aurai tout conservé dans le fond de mon cœur.

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos cœurs en fête,
Nous nous croirons encore aux jours heureux d’antan,
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d’amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Tableau de couverture : Portrait par Ernest Hébert

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Poète, traductrice et rédactrice web. Rédactrice en chef du média culturel Souffle inédit. Déléguée de la Société des Poètes Français. Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.