Werwulf, l’étrange partition médiévale de Robert Eggers

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Photo : Tom Rose / Shutterstock

Avec Werwulf, Robert Eggers plonge le cinéma dans l’Angleterre du XIIIᵉ siècle, un territoire de croyances, de langue ancienne et de créatures tapies dans l’ombre. Porté par Lily-Rose Depp, Willem Dafoe et Aaron Taylor-Johnson, le film esquisse déjà une atmosphère rugueuse où les corps, les voix et le folklore prennent le pas sur le spectaculaire.

Werwulf : un conte d’obscurité et de langue ancienne

Prévu pour décembre 2026 aux États-Unis, Werwulf marque une nouvelle étape dans la filmographie singulière de Robert Eggers. Le cinéaste, qui explore depuis ses débuts les mythes et les zones d’ombre de l’histoire européenne, situe cette fois son récit dans la campagne anglaise du XIIIᵉ siècle. Un village isolé, des ruelles de terre humide, des croix de bois dressées dans la brume, et au cœur de ces paysages un murmure persistant : celui d’une créature qui, dit-on, hante les nuits et s’inscrit dans les légendes locales.

Eggers poursuit ici son obsession pour la précision historique en travaillant avec le moyen anglais, langue de l’époque, complétée par des traductions et annotations destinées au spectateur. Werwulf s’annonce ainsi comme une œuvre qui ne cherche pas à reconstituer le Moyen Âge, mais à l’habiter — dans ses mots, ses croyances et ses peurs.

Lily-Rose Depp, deuxième collaboration et rôle secret

Pour la seconde fois consécutive, Lily-Rose Depp retrouve Robert Eggers après Nosferatu. Le tournage de Werwulf la montre dans un personnage dont peu de détails ont filtré : une jeune femme vivant dans la pauvreté, les vêtements usés, la peau marquée par une malformation et la dureté d’un quotidien sans éclat.
Dans ce décor médiéval âpre et dépouillé, cette transformation spectaculaire de la comédienne de 26 ans s’inscrit davantage comme un choix de mise en scène que comme un élément de récit central : une manière de traduire une époque où la survie, la croyance et la rudesse du réel façonnent les corps autant que les destins.

L’essentiel semble ailleurs : dans cette manière de s’inscrire dans un cinéma d’atmosphère où la langue, les accents, les gestes et les silences importent autant que l’apparence. Eggers poursuit avec elle un dialogue artistique qui, film après film, construit une continuité dans son approche du jeu et de la présence à l’écran.

Willem Dafoe et Aaron Taylor-Johnson, figures du trouble

Autour d’elle, Willem Dafoe retrouve un territoire familier : celui du mythe revisité. L’acteur, complice régulier d’Eggers, s’inscrit une nouvelle fois dans une figure ambiguë, oscillant entre sagesse, inquiétude et superstition — un archétype dont il explore depuis longtemps les nuances.

Aaron Taylor-Johnson, quant à lui, apporte une énergie plus brute, liée à l’instabilité d’un village confronté à l’invisible. Leur présence conjointe compose un trio où chaque visage raconte une part de l’époque : la peur du surnaturel, la force des récits transmis, la fragilité des communautés isolées.

Un cinéma qui tisse sa propre mythologie

Avec Werwulf, Robert Eggers poursuit une trajectoire cohérente : bâtir un cinéma de genre qui s’ancre dans l’histoire, la philologie et l’imaginaire populaire. Entre ses projets en développement autour de Labyrinthe et A Christmas Carol, ce nouveau film s’inscrit dans une exploration de l’horreur d’auteur où la précision documentaire n’exclut jamais l’étrangeté.

Dans les paysages du Surrey, la légende du loup-garou — ou de ce qui pourrait y ressembler — devient moins un monstre qu’une présence diffuse, tissée de récits, de langue ancienne et de peur ancestrale. Un terrain idéal pour Eggers, et peut-être l’un de ses films les plus attendus.

Wikipédia
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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.
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