Le 25 janvier 2015 disparaissait Demis Roussos, chanteur grec à la carrière internationale. Plus d’une décennie après, ses chansons continuent de circuler dans le monde entier, franchissant les barrières linguistiques et culturelles. Artiste populaire et unique, il a su imposer sa voix et son style sans se conformer aux modes.
Onze ans après la disparition de Demis Roussos
La voix qui voyage à travers le temps et les frontières
Par Monia Boulila
Il y a des voix qui accompagnent l’enfance sans que l’on sache d’où elles viennent. Celle de Demis Roussos fait partie de ces présences sonores que l’on reconnaît avant même d’en connaître le nom. Dès les premières écoutes, sa voix s’impose, ample et singulière, capable de traverser les langues et les époques. Pour toute une génération, elle a marqué les souvenirs, les radios allumées, les scènes lointaines. Qu’il chante en anglais ou en français, Demis Roussos était un chanteur à part, autant par sa voix que par sa présence sur scène, laissant une empreinte durable bien au-delà des modes.

Demis Roussos est immédiatement identifiable par sa voix grave et ample et par son style vestimentaire inspiré de la tradition grecque et de motifs orientaux. Cette apparence singulière n’était pas un simple artifice : elle reflétait un univers musical façonné par le métissage, l’exil et les influences méditerranéennes.
Alexandrie, la Grèce et l’Europe : un parcours multiculturel
Né à Alexandrie en 1946 dans une famille grecque, Demis Roussos grandit dans un environnement où cohabitent cultures méditerranéennes, arabes et européennes. Après la crise du canal de Suez, sa famille retourne en Grèce. Cette trajectoire influence profondément sa musique : chants byzantins, mélodies orientales et pop occidentale se mêlent dans son style. Pour lui, le métissage culturel n’est pas une idée mais une expérience vécue.
Aphrodite’s Child : le début du succès
À la fin des années 1960, Demis Roussos fonde Aphrodite’s Child avec Vangelis, Loukas Sideras et Anargyros “Silver” Koulouris. Le groupe rencontre un succès immédiat avec Rain and Tears et devient une référence du rock progressif européen grâce à l’album 666. Cette période révèle une voix singulière capable de porter des compositions ambitieuses, avant sa carrière solo.
Une carrière solo internationale
Dans les années 1970, Demis Roussos développe une carrière solo à l’échelle mondiale. Ses chansons, souvent interprétées en plusieurs langues, rencontrent un large public : We Shall Dance, Forever and Ever, My Friend the Wind, Goodbye My Love, Goodbye deviennent des tubes internationaux. Il vend plusieurs dizaines de millions de disques et se produit sur les scènes d’Europe, d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Europe de l’Est.
Une relation directe avec le public
Sur scène, Demis Roussos privilégie le contact avec les spectateurs. Après les concerts, il échange, signe et salue le public. Cette proximité, constante tout au long de sa carrière, est souvent citée par ceux qui l’ont vu. Dans les années 2000, ses enfants Emily et Cyril l’accompagnent parfois sur scène, témoignant d’un lien étroit entre vie familiale et vie artistique.

Athènes 2010 : un retour symbolique
En juin 2010, Demis Roussos se produit au théâtre de l’Hérode Atticus à Athènes dans le cadre du Festival d’Athènes. C’est son premier grand concert en Grèce depuis 37 ans. Face à un public nombreux, il interprète ses plus grands succès. Cet événement résume son parcours : un exil marqué par le succès international, tout en conservant un lien fort avec sa terre natale.
Les chansons les plus célèbres de Demis Roussos
- We Shall Dance
- Forever and Ever
- My Friend the Wind
- Goodbye My Love, Goodbye
- From Souvenirs to Souvenirs
- It’s Five O’Clock
- Rain and Tears (Aphrodite’s Child)
- Quand je t’aime
- Ainsi soit-il
- On écrit sur les murs
- Le bonheur
« Quand je t’aime » : une chanson à part
Dans la discographie de Demis Roussos, « Quand je t’aime » occupe une place particulière. Sorti en octobre 1987 en single, puis intégré en 1988 à l’album Le Grec, ce titre en français a rencontré un succès notable en France et dans les pays francophones. Écrite par Didier Barbelivien et composée avec Pascal Auriat, elle est enregistrée au studio CBE à Paris avant d’être publiée sous le label Flarenasch.
La chanson se distingue par une déclaration simple et directe de sentiments, avec un refrain mémorable autour de l’expression « quand je t’aime », qui devient un horizon émotionnel du morceau. Elle entre dans le Top 50 français en janvier 1988, atteint la troisième place et y reste plus de vingt semaines, ce qui en fait l’un des titres francophones les plus marquants de la carrière de Roussos.
« Quand je t’aime » s’inscrit dans le registre de la chanson pop française, avec une écriture directe et une orchestration caractéristique des années 1980.
L’héritage musical de Demis Roussos
Demis Roussos s’éteint le 25 janvier 2015 à Athènes, mais sa musique continue de circuler, d’être écoutée et redécouverte. Ni phénomène de mode, ni simple souvenir des années 1970, il reste un chanteur capable de rassembler des publics éloignés sans renoncer à son identité musicale.
Cet héritage se poursuit aujourd’hui à travers son fils, Cyril Roussos, également chanteur. Interprète et héritier du répertoire de son père, il reprend certains de ses tubes lors de concerts et participe à des projets qui célèbrent l’œuvre de Demis, contribuant ainsi à maintenir vivante la mémoire d’un artiste grec qui a marqué durablement la musique internationale.
Photos @ Rosemarie Kaiser
Sources et références :
Biographies, interviews, archives musicales, concerts de Demis Roussos.




