En 2026, l’Égypte et plusieurs institutions culturelles internationales commémorent le centenaire de la naissance de Youssef Chahine (1926-2008). Projections, rencontres et publications rappellent l’importance d’un cinéaste dont l’œuvre a marqué durablement le cinéma égyptien et arabe.
Centenaire de la naissance de Youssef Chahine : 2026, l’année d’un hommage culturel majeur
Par la rédaction
Avant les commémorations et les hommages, le centenaire de Youssef Chahine est d’abord l’occasion de rappeler le parcours d’un cinéaste dont l’œuvre a profondément marqué le cinéma égyptien et arabe. Né à Alexandrie en 1926, formé en Égypte puis aux États-Unis, Chahine s’impose dès les années 1950 comme une figure singulière, attentive aux réalités sociales et aux enjeux politiques de son pays.
Des débuts internationaux avec Fils du Nil
Avant même d’imposer sa signature dans le cinéma égyptien, Youssef Chahine se distingue dès les années 1950 sur la scène internationale. Son film Fils du Nil (Ibn al-Nil, 1951) est sélectionné au Festival de Cannes, une reconnaissance rare pour un jeune réalisateur arabe à cette époque.
Ce film marque un tournant dans sa carrière. Il révèle un regard attentif aux mutations sociales de l’Égypte rurale et annonce un cinéma ancré dans le réel, loin des productions purement commerciales. Cette première reconnaissance internationale installe durablement Chahine comme une figure émergente du cinéma mondial.
Un cinéma contre l’obscurantisme et le repli idéologique
L’œuvre de Youssef Chahine se caractérise par une opposition constante à l’obscurantisme, au dogmatisme et à toutes les formes de fermeture intellectuelle. Cette position apparaît de manière explicite dans Le Destin (Al-Massir, 1997), film inspiré de la figure du philosophe andalou Averroès.
À travers ce récit historique, Chahine défend la liberté de pensée, la transmission du savoir et le dialogue entre cultures. Le film met en scène la violence exercée par les courants extrémistes contre les intellectuels et les artistes, dans un contexte qui fait écho aux tensions contemporaines du monde arabe.
Le Destin occupe une place centrale dans son œuvre : il synthétise son combat pour un cinéma engagé, refusant la censure morale et politique, et affirmant la nécessité de la raison face au fanatisme.
C’est le chaos, un dernier film politique
Sorti en 2007, C’est le chaos (Heya Fawda) est le dernier long métrage réalisé par Youssef Chahine. Coréalisé avec Khaled Youssef, le film dresse un portrait sans concession des abus de pouvoir, de la violence institutionnelle et de la corruption policière en Égypte.
Œuvre sombre et directe, C’est le chaos prolonge les thèmes abordés tout au long de sa carrière : injustice sociale, autoritarisme et responsabilité collective. Ce film résonne aujourd’hui comme un témoignage prémonitoire sur les tensions qui traverseront le pays quelques années plus tard.
Le centenaire de Youssef Chahine : une œuvre toujours débattue
Un centenaire célébré au Caire
En 2026, l’Égypte commémore le centenaire de la naissance de Youssef Chahine (1926-2008), figure majeure du cinéma égyptien et arabe. À cette occasion, Le Caire devient le centre d’une série d’hommages culturels et cinématographiques destinés à rappeler l’importance de son œuvre et son influence durable.
Né à Alexandrie dans une famille aux origines libanaises et grecques, Youssef Chahine a construit une filmographie marquée par les questions sociales, politiques et identitaires, tout en entretenant un dialogue constant avec le cinéma mondial.

La Foire internationale du livre du Caire : un hommage institutionnel
La Foire internationale du livre du Caire consacre une partie de sa programmation au cinéaste. Des conférences, tables rondes et présentations d’ouvrages critiques reviennent sur son parcours artistique et intellectuel.
Les interventions mettent en lumière sa formation au Victoria College, puis au Pasadena Playhouse aux États-Unis, avant son retour en Égypte où il réalise son premier film, Papa Amin, en 1950.
Cette reconnaissance institutionnelle souligne la place de Youssef Chahine dans l’histoire culturelle égyptienne, non seulement comme réalisateur, mais aussi comme penseur du cinéma et témoin critique de son époque.
Projections et événements cinématographiques
Le centenaire donne lieu à une rétrospective de ses films dans plusieurs cinémathèques et salles culturelles au Caire. Les projections couvrent l’ensemble de sa carrière, depuis ses premières œuvres jusqu’à C’est le chaos (2007), son dernier film.
Parmi les titres présentés figurent Gare centrale, Le Moineau, Alexandrie… pourquoi ?, Le Destin, L’Émigré et Alexandrie New York. Ces films témoignent d’un cinéma engagé, souvent confronté à la censure, notamment dans les années 1960 et 1970, période durant laquelle le réalisateur travaille en partie hors d’Égypte en raison de ses désaccords avec le pouvoir politique.
Les projections sont accompagnées de débats publics et de rencontres universitaires portant sur les thèmes récurrents de son œuvre : la liberté individuelle, la défaite politique, les tensions sociales et la mémoire collective.
Les hommages internationaux
Au-delà de l’Égypte, le centenaire de Youssef Chahine est célébré dans plusieurs pays, notamment en France, où son cinéma a été largement diffusé et étudié. Des rétrospectives et colloques rappellent son passage régulier dans les grands festivals internationaux.
Ses films ont été présentés à Cannes, Berlin et Carthage, où il a reçu plusieurs distinctions, confirmant sa reconnaissance au-delà du monde arabe. Ces hommages internationaux soulignent son rôle dans la diffusion du cinéma égyptien sur la scène mondiale et sa contribution à une lecture critique de l’histoire contemporaine à travers le langage cinématographique.
En France, un hommage structuré à l’Institut du monde arabe
En France, la célébration du centenaire de Youssef Chahine occupe une place importante dans la programmation culturelle. À Paris, l’Institut du monde arabe a déjà consacré une première série d’événements au cinéaste, incluant projections et rencontres, marquant l’ouverture des commémorations.
L’institution a par ailleurs annoncé que cet hommage se poursuivra tout au long de l’année 2026. Au programme : projections de films restaurés, rencontres avec chercheurs et cinéastes, podcasts, ainsi que des formes artistiques hybrides mêlant cinéma et spectacle vivant.
Cette programmation confirme la place durable de Youssef Chahine dans le paysage culturel français et son rôle majeur dans la diffusion du cinéma arabe auprès du public européen.

L’héritage de Youssef Chahine
Avec près de quarante longs métrages et plusieurs courts films, Youssef Chahine a marqué durablement le cinéma arabe. Son travail se distingue par une mise en scène expressive, une place importante accordée à la musique et une attention constante portée aux personnages issus de milieux populaires.
Son cinéma a souvent suscité le débat, notamment avec L’Émigré, interdit après sa sortie, ou avec des œuvres abordant les rapports de classe, la guerre et le pouvoir. Cet héritage continue d’alimenter les réflexions des cinéastes, chercheurs et critiques contemporains.
Un siècle après sa naissance, l’œuvre de Youssef Chahine continue d’être lue comme un espace de résistance intellectuelle. À travers ses films, il a défendu la liberté de création, combattu l’obscurantisme et interrogé sans relâche les rapports entre pouvoir, société et individu.



