Sophie Zina-O explore la sculpture comme un langage spirituel. Entre pierre, terre et papier, son œuvre fait dialoguer matière, mémoire et lumière.
Sophie Zina-O : la sculptrice qui dialogue avec la pierre et la mémoire du monde
Par Michel Bénard
« L’art se doit de délivrer le cri qui sauvera l’humanité. » M.B
Il faut croire que l’étude de l’histoire de l’art et de la philosophie conduisent aux portes de la création et vont s’ouvrir sur un dialogue avec la matière jusqu’à investir le monde infini et indéfini de l’art sculptural que je considère comme majeur.
Le parcours initiatique de Sophie Zina-O est au demeurant assez atypique et s’impose comme un acte de naissance passant par Djibouti avec un petit détour vers la Guyanne, puis attache en pays armoricain, terre où les pierres conservent la parole, préservent le Verbe.

Terre de haute mémoire qui oriente notre amie, allez donc savoir pourquoi, vers entre autres, la culture japonaise, dont nous retrouvons des formes dans ses œuvres, volumes, rythmes. Peut-être que l’énigme du fameux théâtre No en est la possible source. Puis d’esprit assoiffé de connaissances Sophie Zina-O s’oriente vers l’alphabet hébraïque, souffle merveilleux où la pierre, la céramique donnent l’impression de libérer les psalmodies poignantes et transcendantes du kaddish. Bouleversante beauté.
Chez Sophie Zina-O la terre est la base, la matière première, ici aussi nous sommes confrontés au monde des origines. Ne perdons pas de vue que notre amie est issue du monde littéraire ce qui donne toute sa force à son œuvre, aux fragrances spirituelles, porteuses de la mémoire universelle, du signe et du souffle vital. Œuvre multiforme où le grand secret est de savoir écouter la parole de la pierre afin de mieux la libérer. Chez elle tout est bribes, fragments, traces informelles, lignes souples et pourtant anguleuses. Un rythme linéaire jouant avec les vibrations de la lumière.

Nous découvrons dans cette œuvre la notion du passage du temps qui sculpte le monde, ici soudain je songe au « Passeur de lumière » au maitre verrier Bernard Tirtiaux. Temps et lumière ne sont-ils pas un hymne s’élevant à l’unisson.
Paradoxalement Sophie Zina-O qui est censée travailler avec le bois, la pierre, le bronze, la céramique, façonne de délicates sculptures en papier légères et fragiles comme un vol de papillon. Indéniablement son œuvre est multiple, variée, l’ensemble est remarquable et impose respect et humilité. Les matériaux les plus divers se fondent et se mêlent. Vous ne l’imaginez pas ici, car les œuvres présentées sont de tailles modestes, ce qui n’empêche pas notre amie de réaliser des œuvres monumentales pouvant aller jusqu’à deux ou trois mètres. Par les jeux de la sculpture, l’harmonie des lignes et des volumes, l’artiste nous raconte des histoires, des contes, des légendes, je pense aux Parques, à Icare, à Neptune, aux anges célestes. Belle aventure également que celle des « Passeurs d’âmes » et des « Maitres de la musique. »


Dans les œuvres de Sophie Zina-O nous côtoyons le sens du sacré omniprésent comme une sorte d’alchimie où sont rassemblés tous les éléments, l’air, l’eau, le terre et le feu dans une formule miraculeuse où sur les stèles de l’imaginaire, se grave peut-être le plus beau des poèmes.
La sculpture est un combat opiniâtre et permanent, une incessante remise en question, une quête sur les chemins de l’humanité où tout est dualité entre l’éternité d’un bronze et la fragilité d’une céramique. Tel est le souffle de la vie !








