Chez Ibn ‘Arabi, l’amour est le principe universel qui relie l’homme à Dieu et fonde l’être lui-même.
Ibn Arabi : quand l’amour éclaire le monde
Par Najib Allioui
Le soufisme, dit Martin Lings, est une Révélation « flue », comparable à un grand flot de marée venant de l’Océan d’Infinitude vers les rives de notre monde fini. Ce fut une des réponses que l’auteur de Qu’est-ce que le soufisme a tenté de proposer au soufisme après avoir débuté son ouvrage par un propos d’Ibn Arabi qui affirme : « Fais-moi entrer, ô Seigneur, dans les profondeurs de l’Océan de ton unité infinie ».
Cet Océan, ajoute Lings, sert de voie aux soufis dans leur quête du Terme vers lequel ils se dirigent. Cette quête passerait sans doute par l’Amour du divin. D’où la place irremplaçable de la valeur de l’amour dans la contemplation soufie. D’où également la force de la poésie qui s’en dégage.
Soient, par exemple, ces vers dits par Ibn ‘Arabi en guise d’ouverture à son ouvrage Le Traité de l’amour:
« L’amour est ce rapport
Qui concerne aussi bien l’homme que Dieu,
Bien que notre science
Ignore cette relation »
Si l’amour assure ce tissu même de l’âme et du corps, s’il est universel, car tout est concerné par l’amour, il n’en est pas moins qu’il échappe à la science pour autant qu’il exige la saveur : « Car l’amour est savouré / Mais son essence incomprise ».
Par conséquent, les êtres et les choses se fondent sur l’amour, Dieu y compris :
« L’Etre même de Dieu
Est fondé sur l’amour,
Lui qui voit en nous comme en Lui,
Sans que nous soyons principe d’analogie »
Encore faudrait-il penser que le soufi aime souffrir de passion si tant est que la passion et la souffrance en découlant n’est pour le soufi que de la joie attendue, une sorte d’apaisement momentané :
« L’aimé de la passion, c’est moi,
Si vous saviez !
La passion est ce que j’aime,
Si vous pouviez comprendre ! »
Et le divin, qui plus est, habite en nous tant et si vrai que
« Dieu est véridique !
Dans l’être humain Il loge !
C’est pourquoi Il y déposa
Mesure et équilibre »
A partir de là, on peut s’apercevoir de ce que peut l’amour dans notre monde. Assurant mesure et équilibre, l’amour est un antidote à même de faire face à l’intelligence égoïste qui conduit à la guerre. Or, la guerre existe car « personne ne comprend la divine Puissance ! ».
La Traité de l’amour est la preuve que l’être humain peut entrer profondément dans l’être de Dieu, plein d’amour, et ce en apprenant à communiquer avec Lui. Ce qu’écrit Ibn’Arabi est une incarnation concrète de la possibilité d’éduquer à un homme qui croit dans l’amour comme le principe le plus universel qui peut assurer la paix. Lire Ibn Arabi, c’est se rendre compte que la bêtise, la plus grave, la plus dangereuse, ne devrait pas exister.
Najib Allioui, agrégé de Lettres modernes et docteur en Sciences du langage.



