La mer, une main tendue, un regard d’enfant : Thierry Quintrie Lamothe compose des poèmes où les souvenirs reprennent souffle.
Thierry Quintrie Lamothe fait revivre les oubliés dans ses poèmes
Par Monia Boulila
Docteur en économie et droit du tourisme, anthropologue et écrivain, Thierry Quintrie Lamothe explore les traces laissées par les êtres et les histoires oubliées. À travers ses poèmes et ses récits, il partage des souvenirs et des rencontres sans jamais céder à la nostalgie.
Des éléments simples comme la mer, une main tendue ou un regard d’enfant deviennent, sous sa plume, des façons de raconter des vies délicates et des parcours de vie uniques. Son travail est inspiré par les rites, les mythes et ses voyages. Son œuvre poétique nous rappelle que les mots peuvent encore préserver ce que le temps essaie d’effacer.
RÉVEILLE-TOI / ACORDA
Thierry Quintrie Lamothe
© Novembre 2021
Seul dans la nuit, dans le silence,
Le vieux marin garde le cap.
Seulement, une brume opaque.
Il tremble. Il a froid. Il avance.
Il avait cru toucher des doigts,
Les flots noirs, friselés du fleuve,
À l’aube d’une journée neuve,
Sentir un souffle près de soi.
Des dauphins jouent dans le sillage
De son esquif, loin du pillage.
L’Océan nu, c’est leur histoire.
Rescapés des grands chalutiers,
Raclant les fonds par bancs entiers,
Leur seul abri, c’est la mémoire.
Ce poème est dédié aux pêcheurs du fleuve Sado, qui rejoint l’océan dans la baie de Setúbal, à 50 km de Lisbonne.
La main d’Inge
Thierry Quintrie Lamothe
© Janvier 2022
Ne cherchez pas le passé d’Inge. C’est son secret.
Au lendemain de la guerre, cachée par mes parents, la jeune Allemande ne sortait pas de sa chambre pour pleurer en silence. Dehors, dans la rue, on entendait des cris, des injures contre les femmes tondues pour collaboration avec l’ennemi occupant Paris.
J’étais trop petit pour comprendre ce temps de dénonciations et de règlements de compte. Ce qui comptait pour moi, c’était Inge.
Je dessinai son visage du bout des doigts. Je caressai la soie de ses cheveux blonds. J’inclinai ma tête vers son corsage. Je retirai la main de sa poche pour la mettre dans la mienne.
De ta lointaine Germanie
Fleur échouée sur le pavé,
Avec tes serments maquillés
Tu fuyais la ville en furie.
À jouer à colin-maillard,
Cherchant l’ombre d’un protecteur,
Tu ne trouvas qu’un délateur
Dans la cellule Saint-Lazare.
Sans la lueur d’un horizon,
Dans ce temps de la trahison,
Si proche des femmes tondues.
Pour oublier enfin le deuil,
Un ange surgit ! Te recueille,
Te voilà sauve et défendue.





