Dix ans après sa disparition, Mahmoud Abdel Aziz reste très présent dans la mémoire du public arabe. De ses débuts difficiles à Alexandrie aux rôles de Cheikh Hossni et Raafat El Hagan, retour sur un acteur dont les films continuent de traverser les générations.
Dix ans après, Mahmoud Abdel Aziz toujours dans la mémoire du public
Par Monia Boulila
Mais derrière les rôles célèbres de Mahmoud Abdel Aziz, il y a aussi un parcours qui n’était pas tout tracé. Le métier d’acteur n’était pas la voie que sa famille avait imaginée pour lui. Ses débuts sont difficiles et, au fil de sa carrière, il cherche surtout à ne pas refaire ce qu’il a déjà fait. C’est peut-être pour cela que, d’un film à l’autre, on a parfois l’impression de découvrir un autre acteur.
Du quartier d’El-Wardeyan aux plateaux de cinéma
Mahmoud Abdel Aziz naît le 4 juin 1946 à El-Wardeyan, un quartier populaire d’Alexandrie. À cette époque, sa famille ne l’imagine pas dans le cinéma. Son père s’inquiète pour son avenir et s’oppose à son envie de faire des études artistiques. Le jeune Mahmoud entre donc à la faculté d’agriculture de l’université d’Alexandrie. C’est là qu’il trouve malgré tout un chemin vers le métier qu’il veut exercer : le théâtre universitaire.
Il poursuit ses études et se spécialise dans l’apiculture. Mais son envie de devenir acteur ne disparaît pas.
Lorsqu’il décide de tenter sa chance au Caire, rien ne l’attend sur place. D’après plusieurs récits consacrés à ses débuts, il vit avec très peu d’argent, dort dans de petits hôtels ou chez des amis, puis partage un logement avec d’autres personnes. Une première tentative auprès de la télévision se termine par une déception et un retour à Alexandrie.
Sa rencontre avec le réalisateur Nour El-Demerdash change la suite. Mahmoud Abdel Aziz apparaît dans la série Al Dawama au début des années 1970, puis commence à tourner au cinéma. Dans ses premiers films, son physique le conduit souvent vers des rôles de jeune premier et des histoires sentimentales. Mais il ne reste pas longtemps dans ce registre.
Des rôles qui ne se ressemblent pas
Les années 1980 montrent un autre Mahmoud Abdel Aziz. Dans El Aar (1982), il incarne un médecin qui découvre les activités illégales de sa propre famille. Dans El Kef (1985), il joue un chimiste pris dans une histoire de drogue et de dépendance.
Puis arrive Le Kit Kat en 1991. Cette fois, il devient Cheikh Hossni, un homme aveugle qui refuse de laisser son handicap décider de sa vie. Il fume, plaisante, rêve, se déplace dans son quartier et va même jusqu’à vouloir conduire une moto.
La préparation du personnage montre aussi sa façon de travailler. Daoud Abdel Sayed, le réalisateur du film, raconte avoir organisé une rencontre entre Mahmoud Abdel Aziz et un cheikh aveugle afin qu’il puisse l’observer. Mais selon le réalisateur, l’acteur fait ensuite un important travail de son côté pour construire Cheikh Hossni.
Le personnage ne repose donc pas seulement sur des lunettes noires ou une manière particulière de marcher. Mahmoud Abdel Aziz travaille ses gestes, sa façon de parler, son humour et ses contradictions. Cheikh Hossni peut faire rire dans une scène et devenir beaucoup plus grave dans la suivante.
Sa carrière continue avec des personnages très différents. Dans Souq El Motaa (1999), il joue un homme qui retrouve la liberté après vingt ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis. Dans Le Magicien (2001), il devient Mansour Bahgat, un père veuf très protecteur qui vit avec sa fille dans un quartier populaire du Caire.
C’est notamment après Le Magicien que le surnom de « magicien » reste associé à Mahmoud Abdel Aziz.
L’histoire mouvementée de Raafat El Hagan
Difficile de parler de Mahmoud Abdel Aziz sans revenir à Raafat El Hagan. Mais l’histoire de ce rôle ne se résume pas au succès de la série.
Le feuilleton s’inspire de l’histoire de Refaat El-Gammal, un Égyptien envoyé en Israël sous une fausse identité pour travailler pour les services de renseignement de son pays. Avant le tournage, le choix de l’acteur principal connaît plusieurs changements.
Les témoignages publiés au fil des années ne donnent pas tous la même version. Le nom de Mahmoud Abdel Aziz aurait d’abord été envisagé, avant qu’Adel Imam ne soit à son tour choisi. Ce dernier quitte finalement le projet après un désaccord sur la construction de l’histoire. La série commence par la mort du personnage avant de revenir sur sa vie. Adel Imam estime que le spectateur connaît ainsi trop tôt son destin. Le scénariste Saleh Morsi ne souhaite pas modifier ce choix.
Le rôle revient finalement à Mahmoud Abdel Aziz.
À partir de 1988, le public suit pendant trois saisons cet homme qui vit sous une autre identité, loin de son pays, en sachant qu’il peut être découvert à tout moment. Le rôle devient l’un des plus connus de la carrière de Mahmoud Abdel Aziz.
La série laisse aussi un autre souvenir : sa musique. Composée par Ammar El Sherei, elle est encore reconnaissable aujourd’hui et continue d’être utilisée, parfois avec humour, lorsqu’il est question d’espionnage ou de mission secrète.
Plus de trente ans après sa première diffusion, Raafat El Hagan ne se résume donc pas à une ancienne série à succès. Son personnage, certaines scènes et sa musique continuent de circuler et d’être reconnus par le public.
Pourquoi son absence se fait encore sentir
Mahmoud Abdel Aziz meurt au Caire le 12 novembre 2016, à l’âge de 70 ans. Dix ans plus tard, ses grands succès expliquent une partie de la place qu’il garde auprès du public. Mais ils n’expliquent pas tout.
Il y a d’abord sa capacité à changer d’un rôle à l’autre. Cheikh Hossni n’a presque rien à voir avec Raafat El Hagan. Le médecin d’El Aar est très différent de Mansour dans Le Magicien. Sa voix, ses gestes et sa manière de se tenir changent avec ses personnages.
Il y a aussi les souvenirs liés à ses films. Une génération a suivi Raafat El Hagan lors de sa diffusion à la télévision. D’autres ont découvert Le Kit Kat des années plus tard. Aujourd’hui encore, certaines scènes, répliques et musiques de ses œuvres circulent sur Internet.
C’est peut-être là que se trouve une partie de l’attachement du public à Mahmoud Abdel Aziz. Ses films ne rappellent pas seulement un acteur et ses personnages. Ils font aussi revenir des souvenirs : une soirée devant la télévision, une sortie au cinéma ou simplement une période de notre vie.
Dix ans après sa disparition, Mahmoud Abdel Aziz reste présent à travers ses films. Ils sont toujours regardés et de nouveaux spectateurs continuent de les découvrir.
Sources
Organisme général de l’Information égyptien (SIS)
Al-Masry Al-Youm
El Watan
Photo de couverture @ Wikimédia




