Le Festival du cinéma américain de Deauville rendra hommage à Faye Dunaway le 8 septembre en lui remettant un Deauville Icon Award. À 85 ans, l’actrice revient ainsi sur le devant de la scène, près de soixante ans après le film qui a changé sa carrière : Bonnie and Clyde.
De Bonnie and Clyde à Network : comment Faye Dunaway a marqué le Nouvel Hollywood
Par la rédaction
Entre la fin des années 1960 et la seconde moitié des années 1970, Faye Dunaway enchaîne les rôles dans une période où le cinéma américain connaît de profonds changements. Bonnie and Clyde, L’Affaire Thomas Crown, Little Big Man, Chinatown, Les Trois Jours du Condor puis Network racontent aussi, chacun à leur manière, cette décennie.
Bonnie and Clyde, le film qui a tout changé
Quand Bonnie and Clyde sort en 1967, Faye Dunaway est encore peu connue du grand public. Elle joue le rôle de Bonnie Parker, aux côtés de Warren Beatty, qui interprète Clyde Barrow et produit également le film.
Le film, réalisé par Arthur Penn, raconte la cavale du couple de criminels dans l’Amérique de la Grande Dépression. Le réalisateur s’éloigne cependant des codes habituels du film de gangsters. La violence est plus directe, la sexualité davantage présente et Bonnie et Clyde ne sont pas présentés comme de simples criminels.
Le film divise d’abord la critique avant de rencontrer le public. Il obtient dix nominations aux Oscars, dont celle de la meilleure actrice pour Faye Dunaway. Bonnie and Clyde devient aussi l’un des films associés aux débuts du Nouvel Hollywood. À la fin des années 1960, une nouvelle génération de cinéastes prend davantage de libertés avec les règles des grands studios et s’adresse à un public plus jeune.
Des personnages féminins qui prennent davantage de place
Un an plus tard, elle incarne Vicki Anderson dans L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison. Face à Steve McQueen, elle joue une enquêtrice chargée de retrouver l’auteur d’un braquage. Entre les deux personnages s’installe rapidement un jeu de séduction, mais Vicki Anderson n’est pas seulement l’intérêt amoureux du héros : elle mène l’enquête et tente de garder le contrôle.
Le film donne aussi naissance à l’une des scènes les plus connues de sa carrière : la longue partie d’échecs entre Dunaway et McQueen.
En 1970, elle change de registre avec Little Big Man d’Arthur Penn, où elle interprète Mrs. Pendrake face à Dustin Hoffman. Le western prend lui aussi ses distances avec la vision traditionnelle de la conquête de l’Ouest et porte un regard beaucoup moins héroïque sur l’histoire américaine.

Chinatown, l’un de ses grands rôles
En 1974, l’actrice joue le rôle d’Evelyn Mulwray dans Chinatown, réalisé par Roman Polanski. Jack Nicholson incarne le détective privé Jake Gittes, engagé pour enquêter sur une affaire d’adultère qui se révèle beaucoup plus complexe.
Evelyn Mulwray apparaît d’abord comme une femme difficile à cerner. À mesure que l’enquête avance, son histoire prend une autre dimension. Dunaway joue une femme qui cache une partie de son passé et dont le personnage devient peu à peu essentiel à l’intrigue.
Sa performance lui vaut une deuxième nomination à l’Oscar de la meilleure actrice, sept ans après Bonnie and Clyde.
La même année, elle apparaît dans La Tour infernale, aux côtés notamment de Steve McQueen et Paul Newman. Mais Chinatown reste l’un des films les plus importants de cette période de sa carrière.
De la CIA aux coulisses de la télévision
En 1975, Faye Dunaway joue aux côtés de Robert Redford dans Les Trois Jours du Condor de Sydney Pollack. Redford incarne un employé de la CIA qui découvre ses collègues assassinés et comprend rapidement qu’il ne peut plus faire confiance à sa propre organisation.
Dunaway interprète Kathy Hale, une photographe qu’il prend d’abord en otage. Sorti quelques années après le scandale du Watergate, le film plonge dans un climat de méfiance et de paranoïa autour de la CIA et de ses activités.
Un an plus tard sort Network, réalisé par Sidney Lumet et écrit par Paddy Chayefsky.
Faye Dunaway y incarne Diana Christensen, responsable au sein d’une chaîne de télévision. Très attentive aux audiences, elle comprend qu’elle peut transformer la crise d’un présentateur de journal télévisé en spectacle.
Diana Christensen est ambitieuse et entièrement absorbée par son travail. Son personnage occupe une place centrale dans les décisions de la chaîne et dans la course à l’audience racontée par le film.
Network porte un regard critique sur une télévision où l’audience prend peu à peu le dessus sur l’information. Le film obtient dix nominations aux Oscars et remporte quatre récompenses. Le 28 mars 1977, Faye Dunaway reçoit l’Oscar de la meilleure actrice. Après ses nominations pour Bonnie and Clyde et Chinatown, elle est récompensée pour son interprétation de Diana Christensen.
En dix ans, elle est passée de Bonnie Parker à Diana Christensen. Deux personnages très différents, dans des films qui témoignent aussi des changements du cinéma américain de cette période.
Après Network, une carrière moins régulière
Faye Dunaway continue de tourner après son Oscar, mais les grands rôles se font plus rares.
En 1981, elle incarne Joan Crawford dans Mommie Dearest, adapté du livre de Christina Crawford sur sa mère. Très mal accueilli à sa sortie, le film connaîtra plus tard une seconde vie et deviendra culte. Dunaway gardera pourtant un mauvais souvenir de cette expérience et estimera que le rôle a nui à sa carrière.
Elle continue pourtant à tourner au cinéma et à la télévision, notamment dans Barfly en 1987, Arizona Dream d’Emir Kusturica en 1993 et Don Juan DeMarco en 1994. Sa réputation d’actrice difficile sur les tournages finit aussi par accompagner sa carrière.
Un autre regard sur sa réputation
Présenté au Festival de Cannes en 2024, le documentaire Faye de Laurent Bouzereau revient sur son parcours, mais aussi sur cette réputation qui l’a longtemps suivie.
L’actrice y parle de Mommie Dearest, de sa carrière et de sa vie personnelle. Son fils Liam Dunaway O’Neill et plusieurs personnes qui l’ont côtoyée prennent également la parole.
Le documentaire revient aussi sur la manière dont elle a été jugée à Hollywood et pose la question du traitement réservé aux actrices par rapport aux acteurs. Il permet surtout de regarder à nouveau une carrière souvent éclipsée, avec le temps, par les histoires entourant Faye Dunaway.
Deauville revient sur plus d’un demi-siècle de cinéma
C’est ce parcours que le Festival du cinéma américain de Deauville célébrera le mardi 8 septembre. Faye Dunaway y recevra un Deauville Icon Award lors de la 52e édition du festival.
L’hommage arrive près de soixante ans après Bonnie and Clyde. Entre-temps, plusieurs des films qu’elle a tournés entre 1967 et 1976 sont devenus des références du cinéma américain.
Son parcours raconte aussi une partie de cette période. Elle est là en 1967 avec Bonnie and Clyde, lorsque Hollywood commence à changer. Elle joue ensuite dans Chinatown, puis dans Network, deux films qui portent chacun un regard sombre sur la société américaine et ses rapports au pouvoir.
En moins de dix ans, Faye Dunaway a tourné plusieurs films qui restent associés au Nouvel Hollywood. Deauville lui rend aujourd’hui hommage pour l’ensemble de cette carrière.




