À l’Espace Mompezat, à Paris, L’Atelier du Néant réunit les œuvres de Vivien Della Negra, James Della Negra et Romain Moussy. Présentée par la Société des Poètes français jusqu’au 18 septembre, l’exposition fait dialoguer sculpture et peinture autour du travail de ce collectif installé au Foyer Michaël, à Saint-Menoux, dans le Bourbonnais.
L’Atelier du Néant : Vivien Della Negra, James Della Negra et Romain Moussy à l’Espace Mompezat, à Paris
Par Michel Bénard
James Della Negra : peintre animateur & Romain Moussy : peintre et tailleur de pierre
Une nouvelle saison artistique se met en perspective avec de belles surprises en réserve à commencer par cette exposition de septembre qui se présente à nous sous des aspects singuliers mettant en résonance le travail d’un collectif regardant dans la même direction, traversant et exploitant tous les modes d’expressions en s’orientant également vers une sorte de quête spirituelle, un souffle de réflexion en marge d’un monde sociétal qui présente bien des signes de faiblesse, voire même d’inquiétude. Cette exposition atypique est le reflet d’une expérience issue d’un collectif, l’Atelier du Néant, titre annonciateur qui porte à croire en une prémonition où à une résurrection passant par la symbolique du Zenith renaissant de ses cendres. L’orienteur de ce collectif se revendiquant du chaos dont le semeur d’idées est le peintre et professeur James Della Negra qui donne sens et équilibre à l’esprit de ce collectif localisé au Foyer Michaël à Saint Menoux dans le bourbonnais. Image significative de ce collectif, imaginez James Della Negra en timonier, celui qui déchiffre les cartes pour mener à bien son équipage avec Romain Moussy le tailleur de pierre à ses cotés dans cette nef de la création. Ce collectif émane d’une longue tradition reposant sur de solides fondations inspirées par le remarquable philosophe universel Rudolf Steiner. Autre aspect marquant la pérennité de ce collectif, la stature prégnante du créateur flotte toujours sur les lieux, Pierre Della Negra sculpteur, dispense son esprit afin peut-être de corriger les dérives possibles.

L’atelier du néant est une structure solide et pérenne, forte d’une expérience que revendique plus de cinq décennies d’existence et de vitalité par le rapprochement de James Della Negra et Romain Moussy, deux artistes à part entière, véritable binôme en complémentarité créative et humaniste. La sagesse de l’homme grâce aux variations de l’art n’est jamais très loin.
L’élément matriarcale de ce collectif s’extirpant du néant et du chaos est la sculpteure Vivien Della Negra dont le petit accent anglais nous charme et nous environne de délicieuses nuances poétiques. Nous retrouverons Viven Della Negra tout à l’heure en hommage à la dame.

Mais revenons au collectif où James Della Negra nous entraine dans les métaphores de la métaphysique où tous les supports ont leurs intérêts et révèlent leurs secrets. Il nous ouvre les portes d’une quatrième dimension. Il y a entre les œuvres de James Della Negra et Romain Moussy, je pourrais dire, l’œuvre, car dans un esprit de jumellité ils travaillent sur une même toile en duo. Ainsi ils nous emportent vers l’infini, la musique des sphères, le silence cosmique où nous pourrions croire que l’œil de Dieu nous observe, nous épie. Le chaos, le néant, n’est-ce pas là l’image que donne une certaine idée de notre environnement, lorsque l’homme effroyable prédateur piétine et souille le jardin qui est censé le nourrir et coupe les branches porteuses de fruits. L’ignorance aveugle de l’homme est consternante. Force est de constater qu’ainsi agissent les hommes piètres fossoyeurs de la vie. Ce qui n’est pas sans me faire songer à ce poème de Louis Aragon « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »
L’art pratiqué avec passion et honnêteté a cette vocation de réveiller les consciences, de nous restituer dans un espace intemporel et de nous rapprocher des profondeurs de l’inconscient.

Les méthodes de créativité de l’Atelier du Néant sont très singulières, sorte de parcours informel qui pourrait nous faire songer à un pèlerinage pictural où chacun chemine selon ses convictions, ses ressentis, ses nécessités intérieures… Ce mode de fonctionnement n’est pas sans me faire songer au « cadavre exquis » cher aux artistes surréalistes où chacun mettait sa touche personnelle. Sans doute est-ce selon les termes de James Della Negra « La projection de notre propre miroir. » Quant à Romain Moussy, il côtoie la vie et le mouvement et ose croire en un cheval blanc sorti des ténèbres qui nous entraine au galop vers le vivant. Ne voyez-vous pas ici l’image de Pégase ? Belle revanche sur le néant et le chaos ambiant.


James Della Negra et Romain Moussy nous offrent un monde aux paysages flottants dans de belles matières nuancées, vibrantes, dont les harmonies nous élèvent dans un espace poétique, où apparaissent d’étranges silhouettes, des signes en filigranes, où des yeux célestes veillent sur nous. L’art est une respiration de l’âme, son élévation vers l’universel.

Vivien Della Negra : sculpteure
Volontairement je désirais clore cette présentation en forme d’hommage à notre amie Vivien Della Negra. Beaucoup sans doute l’aurons compris nous connaissons bien cette dernière, nous avons déjà exposé ses œuvres pour notre plus grand plaisir car les bons sculpteurs ne sont pas légions. Cependant il se trouve que j’ai déjà longuement évoqué l’œuvre et la démarche de Vivien Della Negra qui reposent sur la volonté de transmission. Comprenez que je ne souhaite pas faire des redites, surtout que vous pourrez découvrir mes propos dans média d’art et de culture Souffle Inédit . Afin de resituer un peu notre amie, je vais me permettre un survol de son parcours créatif actuel, qui d’ailleurs pourra servir d’exemple aux futurs initiés des techniques de l’art et de la pensée.
Vivien Della Negra nous vient, il y a déjà des décennies de la terre d’Angleterre. Très jeune elle a fui le contexte familial.


Elle décidera de suivre des cours d’arts plastiques, ce qui était mal engagé puisque pour gagner sa vie et subvenir à son autonomie elle exerça dans la coiffure et fit un mariage de circonstance qui heureusement fut éphémère. Elle était libre !
Artistiquement après des cours de dessin, de peinture c’est le mystère de la terre qui prédominera. Dans un premier temps elle se formera dans un atelier de céramique. La poterie fut pour elle une révélation qui la conduisit au noble art de la sculpture.

Signe du destin elle suivit une formation de sculpture dans un centre Waldorf où professait un excellent maitre et remarquable humaniste Pierre Della Negra, vous avez compris que quelques temps après elle tomba amoureuse du brillant professeur, ces choses-là ne s’expliquent pas ! Elle deviendra son épouse. Ce fut une rencontre sous le signe des anges.
Cette école où régnait une grande ouverture d’esprit soutenu par un bel humanisme et haute tolérance convenait parfaitement à notre artiste en devenir. Les deux piliers dominants de cette école sont « l’homme et la sagesse. »
Le couple s’installa en France avec des soutiens divers ils vont entreprendre la fondation d’un centre pédagogique où sont enseignés l’art, l’histoire de l’art, la philosophie, la littérature et la spiritualité. Ainsi sera ériger le « Foyer Michaël » encore très actif aujourd’hui et novateur. Tous les artistes ressentent des coups de cœur, des influences révélatrices. Chez Vivien les affinités électives auraient très bien pu être les sculpteurs anglais, Jacob Epstein, Henry Moore, mais en fait c’est Antoine Bourdelle qui marqua notre amie.
Le portrait chez elle est dominant, c’est un art délicat, qui ne supporte pas le dilettantiste, c’est un art majeur, un art où l’on saisit l’intimité du modèle, c’est là tout l’art du transfert. Pour l’heure j’en resterai là car puisque vous avez la chance d’avoir à vos côtés les trois artistes n’hésitez pas de les questionner sur leur travail, leur démarche, leurs techniques.

Avant de conclure je vais prendre le risque de souligner que la sculpture est une respiration de l’âme et son élévation vers l’éternel, que la sculpture aussi est un acte de naissance, une réconciliation avec les images effacées du passé.




