Sculpteure et prothésiste, Elizabeth Nagypataky explore les formes du corps humain à travers des œuvres sensibles, où le bronze révèle la douceur et les traces de la vie.
Elizabeth Nagypataky : le corps humain au cœur de la sculpture
Par Michel Bénard
Les œuvres d’Elizabeth Nagypataky, sont chargées de poésie, de douceurs, mais aussi des traces de la vie. Elles me sensibilisent par leur beauté naturelle, simple, épurée, d’une réalité touchante. Petits détails favorables sans doute, Elizabeth Nagypataky est le fruit de sérieuses études scientifiques en biologie et cerise sur le gâteau, elle est également prothésiste, ce qui permet à des patients victimes des drames de l’existence, de renouer contact avec la vie, de retrouver partiellement, une main, un pied, amputés par une mauvaise destinée. L’art de la sculpture n’est pas simple, il n’accepte pas le dilettantisme, car il est bien connu que les pieds ou les mains sont les sujets les plus difficiles à restituer, en sculpture, comme en peinture, alors je vous laisse imaginer le degrés de technicité et de précision pour réaliser une prothèse à bonne mesure. Il y a ici une sorte de miracle, de magie, le don doit surpasser la technique, je serai tenté de dire que c’est un petit supplément d’âme.

Il me semble que nous pouvons dire que la petite Elizabeth évolua dans un environnement plutôt favorable à son épanouissement artistique. Les grands parents étaient voisins de l’atelier de Despiau, et un sculpteur habitait à proximité de l’habitation des parents. Toutes les femmes du cercle familial jouaient du piano y compris Elyzabeth. Grand-père et arrière-grand-père étaient peintres. Mais la sculpture était chevillée au corps d’Elizabeth qui admirait Michel-Ange, Claudel, Donatello, Landowski, Belmondo et beaucoup d’autres. Comme quoi le hasard n’existe pas. Alors elle se décida de suivre des cours de sculpture, malgré ses études particulièrement sérieuses en biochimie.

Je vais vous confier une petite anecdote. Figurez-vous que je traverse une période, où poètes et artistes sont issus du monde de chercheurs, biochimie, biologie moléculaire, chirurgiens, astrophysiciens, astronautique etc. A croire que les sciences déclenchent des vocations artistiques qui sans doute développent une fonction libératrice, ces disciplines imposent tellement d’exigences ! Ah j’ai eu aussi ma période militaire, généraux et colonels investissaient les lieux, un véritable état-major.
En parallèle à ses études universitaires, elle suivit les cours de l’école Duperré, de belle renommée. Comme je l’ai souligné en introduction, notre artiste est une voyageuse, elle étudiera aux Etats-Unis, principalement à New-York et bien entendu en France.

Comme nous avons pu le constater chez elle, la finalité dominante est le bronze, matière noble, pérenne, lisse et rugueuse qui se rapproche du vivant. Cependant avant toute réalisation, le passage obligé est la terre, symbole de fécondité et de créativité, perspective incontournable pour la mutation vers le bronze.
Elizabeth Nagypataky est une artiste aguerrie et qui nous confie : « Les œuvres que je réalise aujourd’hui sont influencées par mon expérience d’où mon besoin de me rapprocher du réel sans déformer ni exagérer les formes, de leur donner de la force et de la sensualité. »
Sensualité à n’en pas douter le simple aura de ses sculptures est révélateur, volumes délicats tout de douceur, matière lisse et polie comme une invitation à la caresse et parfois cet aspect rugueux comme peut l’être la vie.
Son choix d’existence lui permet de voyager beaucoup, belle expérience, grande leçon d’humanité, véritable formation artistique que nous retrouvons au cœur de ses œuvres
Signalons aussi que notre amie exerce la sculpture sous ses formes différentes, il n’est pas rare qu’elle réalise des œuvres à grande échelle.
Elizabeth Nagypataky se veut fidèle à la tradition, à l’anatomie. Aux Etats–Unis elle travaillait en atelier avec des modèles vivants, ce qui lui permettait de demeurer fidèle aux éléments humains, volume, forme, espace. Sa matière porte parfois les stigmates de la vie.

Son œuvre s’exprime au travers d’une sorte de tourbillon livré aux jeux de l’inspiration ressentie, comme une grande symphonie, un rêve silencieux qui passe.
Chez Elizabeth Nagypataky la sculpture est un acte de naissance, une réconciliation avec les images effacées du passé. Elle doit être un souffle d’amour, une reliance avec le renouveau de la vie. Rappelez-vous le mythe de Galatée et Pygmalion ! Ce qui me fait songer pour conclure à cette métaphore de mon ami tant regretté le grand sculpteur Jean Zorko : « La sculpture est un poème que l’on peut caresser. »




