Musicien tunisien spécialisé dans le qanun, Daly Triki revient sur son parcours, son rapport à cet instrument et ses expériences musicales entre tradition et nouvelles sonorités.
Daly Triki : le qanun entre tradition et modernité
Entretien conduit par Monia Boulila
Mohamed Ali Triki, connu sous le nom de Daly Triki, est un musicien tunisien spécialisé dans le qanun. Passionné de musique depuis son enfance, il découvre cet instrument à l’âge de 20 ans, alors qu’il entreprend des études musicales. Il obtient une licence fondamentale en musique en 2010, puis un master en recherche musicale en 2014.
Daly Triki se produit sur des scènes en Tunisie et à l’étranger, notamment dans le cadre de festivals et de rencontres musicales internationales. Sur les réseaux sociaux, il partage ses interprétations et fait découvrir le qanun à de nouveaux auditeurs.
Il explore aussi de nouvelles possibilités musicales en associant le qanun à la musique électronique et en s’intéressant à différents univers musicaux. À travers ces expériences, il cherche à faire évoluer sa pratique de l’instrument tout en restant attaché à ses sonorités traditionnelles.
M.B : Vous êtes né et avez grandi à Sfax, dans une famille où la musique occupe une place importante. Quels souvenirs gardez-vous de vos premières découvertes musicales, et comment est née votre envie de devenir musicien ?
Daly Triki : J’ai grandi à Sfax, dans une famille artistique. Mon père travaillait à la Radio de Sfax et pendant les vacances, il m’emmenait souvent avec lui à la radio. C’est là que j’ai découvert l’univers de la musique, à travers les mélodies, les rythmes et l’atmosphère vivante de l’orchestre de la radio de Sfax.
M.B : Vous avez découvert le qanun à l’âge de 20 ans. Qu’est-ce qui vous a attiré vers cet instrument ?
Daly Triki : J’ai découvert le qanun à l’âge de vingt ans, lorsque j’ai intégré l’Institut supérieur de musique de Sfax. À l’époque, je jouais déjà du darbouka ainsi que de l’accordéon. Cependant, en intégrant l’institut, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de spécialité consacrée aux percussions ou à l’accordéon. Mon père m’a conseillé de choisir le qanun, un instrument noble qui offre de nombreuses possibilités d’évolution et d’expression artistique. J’ai suivi son conseil et choisi cet instrument, sans imaginer à quel point il allait devenir essentiel dans mon parcours musical.
M.B : Votre formation musicale a-t-elle influencé votre manière de jouer du qanun et de concevoir votre musique ?
Daly Triki : La formation musicale que j’ai suivie à l’Institut supérieur de musique de Sfax m’a permis de compléter ma volonté d’atteindre une maîtrise technique plus avancée de mon instrument. J’ai donc décidé de développer une approche personnelle, en m’inspirant notamment des techniques d’interprétation de la musique turque au qanun, afin d’intégrer ces techniques à mon propre jeu. Cette démarche de recherche et d’exploration, bien que ma formation ait été essentiellement académique, m’a permis d’enrichir ma technique instrumentale et d’influencer ma manière de jouer du qanun, ainsi que ma vision de la musique, en m’encourageant à développer une approche personnelle, à la croisée de la rigueur académique et de l’ouverture à d’autres traditions musicales.
M.B : Vous vous êtes produit sur différentes scènes internationales. Quelle rencontre musicale ou quelle expérience de concert a particulièrement marqué votre parcours ?
Daly Triki : Au cours de ma carrière artistique, j’ai eu l’occasion de me produire dans plus de vingt pays à travers le monde. Parmi ces expériences, l’un des moments les plus marquants reste celui que j’ai vécu en 2011 à Budapest, avec mon groupe international OULIA. Ce projet reposait sur une rencontre entre différentes cultures musicales, notamment la musique arabe, le flamenco et le jazz. Cette fusion a donné naissance à de nouvelles sonorités, à des formes d’interprétation originales et à une créativité musicale. Ce qui m’a marqué, c’est la façon dont chaque tradition musicale a enrichi les autres, tout en conservant son identité. Nous avons réussi à créer un dialogue entre différents patrimoines musicaux et à construire un langage artistique commun. Cette expérience a profondément nourri ma vision de la musique et renforcé ma conviction que les rencontres entre les cultures sont une source inépuisable de création et d’innovation artistique.

M.B : Vous explorez des univers musicaux différents, notamment en rapprochant le qanun de la musique électronique. Comment est née cette envie d’expérimenter, et comment le public accueille-t-il ces nouvelles sonorités ?
Daly Triki : J’ai choisi d’intégrer des instruments acoustiques vivants à la musique électronique, notamment à la House et à la Deep House. Cette approche m’a permis d’explorer de nouvelles possibilités sonores et d’offrir au qanun une plus grande liberté d’expression, en lui permettant de s’inscrire dans des univers musicaux plus riches et plus contemporains. Mon objectif était également de rapprocher cet instrument du jeune public, qui manifeste un intérêt particulier pour la musique électronique. Je suis très heureux de constater que cette démarche est accueillie positivement par le public, notamment par les jeunes. Cela m’encourage à poursuivre mes recherches et à continuer d’explorer de nouvelles sonorités, tout en préservant l’identité et la richesse expressive du qanun.
M.B : Quand vous jouez du qanun, quelle place laissez-vous à l’improvisation ?
Daly Triki : Je privilégie une improvisation structurée, car j’aime préparer et maîtriser les éléments musicaux avant de me lancer dans l’improvisation. Pour moi, celle-ci doit toujours reposer sur des bases solides, une bonne connaissance du langage musical et une véritable maîtrise technique de l’instrument. Je ne considère pas l’improvisation comme quelque chose de totalement spontané ou aléatoire. Au contraire, je pense qu’elle demande une préparation, une réflexion et une certaine rigueur afin de garder une cohérence musicale. L’objectif est de pouvoir ensuite s’exprimer librement, tout en gardant une direction artistique claire et une véritable intention musicale.
M.B : Sur quels projets musicaux travaillez-vous actuellement ?
Daly Triki : Actuellement, je travaille sur trois axes principaux : Dali Triki, qui correspond à l’utilisation de mon nom complet pour les événements d’entreprise, puis la deuxième partie, Triki D, qui est davantage axée sur les mariages, les soirées privées et les after-parties : la troisième partie, Triki Fight, qui est plus orientée vers les festivals et mon projet musical qui fusionne la musique méditerranéenne et la musique électronique. En plus de cela, j’ai sorti trois albums, et je travaille également sur la musique pour le cinéma
M.B : Quelles collaborations ou expériences aimeriez-vous explorer dans les prochaines années ?
Daly Triki : Pour les projets à venir, j’aimerais davantage participer à de grands concerts, comme ceux que l’on voit dans les spectacles de grands DJs ou de grands groupes. J’envisage de faire des choses similaires à cela.
M.B : Quelle place les autres formes d’art, comme la peinture, le cinéma ou la littérature, occupent-elles dans votre vie ?
Daly Triki : Les autres formes d’art sont pour moi un complément à la musique. J’ai eu plusieurs expériences dans ce domaine. Concernant la littérature, j’ai travaillé en Allemagne sur l’association de la musique à la narration, que ce soit poétique ou romanesque. Pour la peinture, j’ai fait une expérience avec Monica Rosset, une Française installée à Sfax, qui travaille sur la peinture sur toile accompagnée de musique. Pour moi, la musique est donc un complément aux autres arts.
M.B : Quel est votre rêve le plus cher ?
Daly Triki : Mon rêve est de mettre ma musique au service de causes et d’œuvres humanitaires.




