Damian Lazarus invité de Souffle inédit

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Damian Lazarus – Photo : Karim Tabar

Rencontre avec Damian Lazarus, DJ, producteur britannique et fondateur du label Crosstown Rebels. Il nous parle de son parcours, de sa vision de la musique électronique, de la liberté artistique et de ses projets.

Damian Lazarus : la liberté comme moteur de création musicale

Entretien conduit par Rami Jamoussi

Né à Londres, Damian Lazarus est un DJ et producteur britannique qui contribue depuis plus de vingt ans à faire évoluer la scène électronique internationale. Passionné de musique depuis son adolescence, il commence sa carrière comme journaliste musical, puis travaille dans l’industrie du disque avant de devenir DJ et producteur.
Dans ses sets, il associe la house et la techno à des touches de jazz et de soul. Toujours curieux de nouveaux sons, il aime aussi faire découvrir des artistes et des univers musicaux différents.
En 2003, il fonde Crosstown Rebels, un label indépendant qui devient une référence dans la musique électronique. Il contribue à faire connaître de nombreux artistes de la house et de la techno, comme Jamie Jones, Maceo Plex et Art Department.
Damian Lazarus est aussi le créateur de plusieurs événements musicaux connus sur la scène internationale, parmi lesquels Get Lost, Day Zero et Rebel Rave.
À travers son label, ses productions et ses événements, il participe au renouvellement de la scène électronique et encourage l’émergence de nouveaus talents.

R.J: Quels artistes et quels genres musicaux vous ont le plus influencé pendant votre jeunesse ?

Damian Lazarus: Stevie Wonder, Isaac Hayes, Loose Ends, Public Enemy, l’électro, les radios pirates londoniennes, Gilles Peterson et les débuts de l’acid house.

R.J: Après toutes ces années de création, qu’est-ce qui a le plus changé dans votre manière de faire de la musique ?

Damian Lazarus: À vrai dire, pas grand-chose n’a changé. J’ai toujours imaginé mes projets avant d’entrer en studio. Je prépare des planches d’inspiration et je rassemble des références : des œuvres d’art, d’anciens morceaux de musique, des scènes de films ou des passages de livres. J’ai toujours cherché à construire une histoire, puis à trouver des manières originales de la raconter à travers le son.

R.J: Comment votre manière de créer de la musique a-t-elle évolué au cours des années, et qu’est-ce qui définit votre univers musical aujourd’hui ?

Damian Lazarus: J’ai des connaissances et de l’expérience dans de nombreux genres et styles musicaux. Et comme je suis toujours curieux de découvrir de nouvelles directions, je continue d’évoluer.

Certains jours, j’aime avoir une idée précise en tête avant d’entrer en studio. D’autres jours, je préfère expérimenter librement et voir ce qui en ressort.

Pour moi, le studio devrait être un lieu de paix et de liberté, plutôt qu’un simple espace de travail.

R.J: Avec votre album Magickal, vous avez créé une musique qui puisse aussi bien être écoutée sur un dancefloor que dans un cadre plus intime. Comment avez-vous trouvé cet équilibre ?

Damian Lazarus: Ma vie se partage entre la musique que je joue chez moi et celle que je joue en club. Il est donc naturel que la musique que je crée reflète ces deux aspects.

R.J: Vous avez travaillé avec des artistes issus d’horizons musicaux très différents. Qu’appréciez-vous dans ces collaborations et comment ont-elles influencé votre propre musique ?

Damian Lazarus: Je m’inspire de musiques venues du monde entier. C’est un vrai plaisir de collaborer avec des chanteurs de qawwali, des percussionnistes reconnus, des auteurs-compositeurs et des passionnés de hip-hop. Je ne veux pas me limiter dans le choix des artistes avec lesquels je pourrais créer quelque chose de magique.

R.J: Une œuvre musicale est-elle réussie lorsqu’elle correspond à l’intention de son créateur, ou lorsqu’elle parvient à toucher ceux qui l’écoutent ?

Damian Lazarus: Les deux. Avant tout, les artistes ont besoin de réaliser leurs propres aspirations et leurs idées lorsqu’ils créent de la musique. Mais il est également important de comprendre son public et de savoir répondre à ses attentes.

Damian Lazarus
Damian Lazarus – Photo : NIRVANA

R.J: Jusqu’où êtes-vous prêt à prendre des risques pour préserver votre liberté artistique ?

Damian Lazarus: Je pense être arrivé à un stade de ma vie et de ma carrière où je peux faire absolument tout ce qui me plaît, sans trop de crainte. Je suis donc prêt à prendre tous les risques, avec plaisir.

R.J: Avez-vous conservé la même spontanéité derrière les platines qu’à vos débuts ?

Damian Lazarus: J’ai toujours essayé d’aborder mes DJ sets avec le même esprit d’ouverture et d’expérimentation. Mais quand on devient plus connu, les choses changent : le public attend davantage de vous et souhaite retrouver ce qu’il connaît.

J’ai malgré tout réussi, d’une manière ou d’une autre, à trouver un équilibre dans mes sets habituels de deux heures : faire voyager les gens, les faire vraiment danser, jouer avec leurs émotions, tout en gardant la liberté d’expérimenter et de sortir des sentiers battus.

R.J: Comment construisez-vous la progression de vos DJ sets et quelle place laissez-vous à l’énergie du public et à l’improvisation dans vos choix musicaux ?

Damian Lazarus: Je ne prépare jamais mes sets à l’avance. Je mets constamment à jour ma bibliothèque musicale avec de nouvelles démos et des promos, et j’ajoute de nouveaux titres chaque semaine.

Quand j’arrive à une soirée, je prends le temps de ressentir l’énergie et l’ambiance, puis je construis un voyage musical au fur et à mesure. Je trouve souvent que le choix du premier morceau est l’un des plus importants, car il donne le ton pour la suite. Mais j’aime aussi me laisser guider par l’énergie du dancefloor et adapter mon set en fonction de ce que je ressens.

R.J: Vous avez connu plusieurs générations de la scène électronique. Quels DJ ou producteurs ont, selon vous, eu le plus d’influence sur la musique électronique ?

Damian Lazarus: Arthur Baker, Brian Eno, Ricardo Villalobos, Aphex Twin et J Dilla.

R.J: Vous avez contribué à façonner une partie de la scène électronique actuelle. Qu’aimeriez-vous que les nouvelles générations préservent de cette culture, et qu’aimeriez-vous les voir abandonner ?

Damian Lazarus: Garder la foi et l’énergie collective. Se débarrasser des téléphones et des drogues de synthèse.

R.J: Avec Crosstown Rebels, vous avez contribué à faire connaître plusieurs générations d’artistes. Jusqu’où un directeur de label doit-il accompagner un musicien sans influencer sa liberté de création ?

Damian Lazarus: On ne peut donner qu’un certain nombre de conseils avant de commencer à avoir l’impression de vouloir façonner un artiste à sa propre image. Aujourd’hui, je préfère découvrir des artistes singuliers, qui suivent leur propre chemin et poursuivent leurs propres objectifs, puis les laisser avancer librement. Mais je tiens à ce qu’ils sachent qu’ils peuvent me demander des conseils ou des suggestions à tout moment. Je serai là lorsqu’ils feront appel à moi.

R.J: Avec Crosstown Rebels, vous avez soutenu des artistes comme Jamie Jones, Maceo Plex et Art Department. Qu’est-ce qui vous attire chez un artiste et comment reconnaissez-vous son potentiel musical ?

Damian Lazarus: Je recherche l’originalité, la créativité, une pensée et une démarche indépendantes, ainsi qu’une musique sincère, qui vient du cœur.

R.J: Lorsque vous imaginez un nouveau festival ou un événement musical, à quel moment une idée devient-elle suffisamment forte pour que vous acceptiez de prendre le risque de la réaliser ?

Damian Lazarus: Il faut que de nombreux éléments soient réunis pour qu’une idée puisse devenir réalité. Le lieu est-il suffisamment particulier ? Avons-nous quelque chose de nouveau à proposer dans cet endroit ? Est-ce réalisable sur le plan logistique ? Risquons-nous de perdre beaucoup d’argent ? Tous les membres de mon équipe sont-ils d’accord pour aller de l’avant ?

Une fois toutes ces questions importantes examinées, nous pouvons prendre une décision en connaissance de cause.

R.J: Avec Get Lost et Day Zero, le choix du lieu joue un rôle important dans l’organisation de vos événements. Comment choisissez-vous ces lieux ?

Damian Lazarus: Il faut que le lieu me parle, qu’il ait quelque chose de particulier, un charme qui n’est pas forcément évident pour tout le monde au premier regard. J’aime les endroits où l’on peut admirer le lever et le coucher du soleil, ou contempler le ciel sans aucun obstacle. Mais j’aime aussi les vastes entrepôts aux allures de cavernes. J’aime les lieux chargés d’histoire et de mystères anciens.

Damian Lazarus
Damian Lazarus – Photo : NIRVANA

R.J: La scène électronique a-t-elle besoin de donner autant de place aux effets visuels ?

Damian Lazarus: Absolument pas. Les effets visuels sont trop souvent utilisés à l’excès et peuvent nous éloigner de l’essentiel de ce que nous faisons : réunir les gens pour leur faire vivre des moments particuliers ensemble.

R.J: Que pensez-vous de l’utilisation croissante des effets visuels sur la scène électronique ?

Damian Lazarus: Je pense qu’il est important d’habiller un événement avec des lumières et des éléments artistiques, mais je ne suis pas un grand amateur des animations ou des contenus créés par intelligence artificielle. Je n’aime pas les grands écrans LED et je préfère une ambiance plus naturelle.

R.J : Après quatre années de résidence au Hï Ibiza, qu’est-ce qui vous a poussé à partir ?

Damian Lazarus: J’avais le sentiment d’avoir dit tout ce que j’avais à dire dans ce lieu, et qu’il était temps pour moi de découvrir d’autres clubs et d’autres soirées sur l’île. Ces quatre années ont été merveilleuses. J’étais toutefois triste de partir, car cette résidence avait rencontré un grand succès et je m’y étais beaucoup amusé.

R.J : En août dernier, votre studio en Toscane a été détruit par un incendie. Avez-vous envisagé d’en construire un nouveau ?

Damian Lazarus: J’ai été contraint de repartir de zéro. Je prends le temps de me réorganiser et de me remettre de cette épreuve avant de construire un nouveau studio. Une perte comme celle-ci est dévastatrice, mais ce n’est pas la fin du monde.

R.J : Quelle est la promesse que vous vous étiez faite à vingt ans et que vous êtes aujourd’hui le plus fier d’avoir abandonnée ?

Damian Lazarus: Me soucier de ce que les autres pensent de moi.

R.J : Quelles sont vos passions en dehors de la musique ?

Damian Lazarus: Ma famille, mes chiens, le cinéma, les livres étranges et l’art.

R.J : Quel est votre plus grand rêve ?

Damian Lazarus: Serrer Stevie Wonder dans mes bras.

R.J : Qu’est-ce qui a le pouvoir de vous éblouir encore aujourd’hui ?

Damian Lazarus: Le soleil qui se lève chaque matin.

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RAMI JAMOUSSI
Founder & Publishing Director
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Journaliste culturel, fondateur et directeur de publication de Souffle inédit.