Tayeb Arab, dessins et mémoire

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Caricaturiste et dessinateur de presse majeur, auteur de plus de 7 000 dessins, Tayeb Arab fut l’un des précurseurs du dessin satirique en Algérie.

Tayeb Arab, le caricaturiste algérien aux 7000 dessins

Par Lazhari LABTER

Né le 14 avril 1947 à Oran (Ouest algérien), Tayeb Arab nous a quittés le 7 décembre 2025 à l’âge de 78 ans. Artiste peintre et dessinateur autodidacte doué, il est pris en charge, en 1965, à l’âge de 18 ans, par le regretté grand journaliste Bachir Rezzoug qui l’intègre à l’équipe de La République, le célèbre quotidien d’Oran qu’il dirige alors et où il excelle dans le dessin de presse et la caricature, tout en y travaillant comme télexiste. Il y publie des milliers de dessins qui font le bonheur des lecteurs jusqu’à l’arabisation du quotidien, au milieu des années soixante-dix, sous le nom d’ El Djoumhouria, qu’il quitte alors pour rejoindre Alger et collaborer aux hebdomadaires Révolution africaine et Algérie Actualité, d’octobre 1978 à mai 1979. Il quitte par la suite l’Algérie pour la France où il collabore à Paris au mensuel tiers-mondiste progressiste Afrique-Asie dirigé alors par le défunt Simon Malley avant de s’installer, en 1986, à Montpellier, dans le Sud de la France, pour se consacrer uniquement à la peinture, sa passion première.

Tayeb Arab, le Caricaturiste Algérien aux 7000 Dessins

Tayeb Arab est considéré comme l’un des précurseurs du dessin de presse et de la caricature en Algérie aux côtés d’Ahmed Haroun et de Mohamed Aram. Alors que ces deux derniers noms et quelques autres des années soixante et soixante-dix sont plus ou moins connus, celui de Arab a quasiment disparu des mémoires.

En dix ans à « La République », il avait fait plus de 7000 dessins dont aucun original n’a subsisté.

Tayeb Arab, le Caricaturiste Algérien aux 7000 Dessins Tayeb Arab, le Caricaturiste Algérien aux 7000 Dessins

Nous avons recueilli à chaud pour le média d’art et de culture en ligne « Souffle inédit » ce témoignage de sa femme Arlette Casas, âgée aujourd’hui de 80 ans.

« L’arabisation du journal, le départ des journalistes ayant rejoint les journaux francophones d’Alger ou ayant quitté le pays, a conduit Arab à se séparer du quotidien La République, qui a pourtant été la matrice l’ayant nourri intellectuellement grâce aux jeunes gens qui s’y trouvaient.
C’est à ce moment-là que nous nous sommes rencontrés au Festival du théâtre amateur de Mostaganem et comme j’étais nommée à Boudouaou, près d’Alger, il a sauté dans ma voiture et ne m’a plus quittée. Personne ne savait où il était. Là, il a collaboré avec les hebdomadaires Révolution africaine et Algérie Actualité où il a retrouvé le grand artiste plasticien M’hamed Issiakhem. Nous allions souvent chez ce dernier à son domicile à Alger où il vivait avec sa femme et ses deux enfants. Ils avaient des conversations très passionnées sur la peinture, c’était drôle mais parfois difficile car M’hamed Issiakhem avait la dent dure avec ses invités sauf avec Tayeb qu’il adorait et quand il lui disait « tu me bats en dessin mais pas en peinture », Tayeb lui répondait qu’il était encore jeune et qu’il n’avait encore rien vu. C’est à partir de cette période qu’il s’était mis à peindre, il ne retournait pas aux journaux, et moi, je l’encourageais dans ce désir.

Pendant les vacances d’été, on allait en France et au retour, on s’arrêtait en Espagne pour acheter du matériel de peinture qui était moins cher qu’en France et presque introuvable en Algérie.
De retour à Boumerdès où on habitait en dehors de la ville, dans un HLM près d’un château d’eau, il oubliait tout et ne sortait pratiquement plus de la chambre transformée en atelier.  Sa famille et quelques rares amis venaient le voir comme l’artiste peintre, illustrateur et caricaturiste Mohamed Hankour.

Après cette période, on avait décidé d’aller en France en prenant dans la voiture toutes les toiles qu’il avait dégrafées de leurs châssis et roulées pour pouvoir les transporter. On est arrivés à Perpignan chez mes parents puis on est, comme on dit, montés à Paris.

Afin de sauvegarder ses milliers de dessins, j’ai sollicité Hélène Kouza, une amie dont le métier était de photographier pour le compte d’éditeurs, des dessins dans de vieux journaux.  Elle a accepté de m’accompagner et c’est Nacer Kettane de Radio Beur qui a financé notre voyage.  À Oran, nous avons été hébergées dans sa famille par le directeur du théâtre d’Oran, M. Ghaouti Azri que j’avais rencontré à Mostaganem au festival. Hélène faisait les photos des dessins que je sélectionnais, à partir des journaux reliés que le journal El Djoumhouria mettait à ma disposition tous les jours. La fille d’Azri nous a assistées dans cet archivage.
Ces dessins numérisés existent encore aujourd’hui, j’en ai des copies. C’est ce travail qui a permis d’en exposer certains lors des deux expositions à Alger et Oran, une réalisation formidable grâce à tous ceux qui m’ont aidée. »

Lazhari LABTER
Ecrivain, spécialiste de la bande dessinée algérienne

Pour en savoir plus sur ce grand artiste : Site web

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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.
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