En compagnie de François Sureau / Hyacinthe

Les jeudis d’Hyacinthe

En compagnie de François Sureau

 

Une page du cahier de Tolède

C’est à Tolède, en lisant les deux derniers ouvrages de François Sureau – Ma vie avec Apollinaire et La chanson de Passavant − que nous avons découvert l’entrée de Mario Vargas Llosa à l’Académie française. Miracle ou génie du lieu, hispanophone qui plus est, nous nous sommes senti trois fois, mille fois trahi : le prix Nobel de littérature 2010 est étranger, n’écrit pas en français, a dépassé la limite d’âge qui est de 75 ans. Qu’est-ce qui en revanche plaide en sa faveur ? – C’est un vieux réac. Peut-être est-ce la seule condition qui entre dans la norme. À cela s’ajoute le fait qu’il est un écrivain médiocre. Ce qui, aussi, le fait rentrer dans la norme.

     

Mais nous n’allons pas polémiquer pour autant. Le voyage, voyager (même pour des raisons professionnelles) nous ouvre les yeux sur d’autres réalités, sur d’autres vérités. Faut-il pour autant se résigner ? Bien sûr que non, il faut juste vivre, chercher à vivre, continuer de vivre.

 

François Sureau, académicien

Les éditions Gallimard projettent de publier, en juin prochain, le discours de réception de François Sureau à l’Académie française suivi, comme à l’accoutumée, d’une réponse. Celle-ci, nous la devons au médiéviste Michel Zink qui, comme dans un jeu de rôles, remplace son collègue Max Gallo, décédé en 2017, titulaire du 24e fauteuil, aujourd’hui occupé par François Sureau.

Les plus curieux iront visiter la page désormais consacrée à François Sureau sur le site de l’Académie française, où, entre autres détails, nous découvrons son épée d’académicien, laquelle, apprenons-nous, « provient de l’Institut d’Égypte fondé par Bonaparte en 1798 sur le modèle de l’Institut de France. Il était composé de savants que Bonaparte avait emmenés avec lui dans son expédition et dont la moyenne d’âge était de 25 ans. On comptait parmi eux Conté, Monge, Caffarelli ou Vivant Denon. Au contraire des membres de l’Institut de France, ceux du Caire ne portaient pas de costume particulier, mais étaient dotés d’une épée forgée à Kliegenthal comme nombre de lames de ce temps. L’épée de M. François Sureau a été restaurée et son fourreau est dessiné par le maroquinier David Colin. La fusée est décorée de plaquettes de nacre et ornée d’une figure égyptienne représentant semble-t-il Isis. On s’interroge encore sur les motifs du pontet, qui représentent des toiles d’araignée, ce qui est peu adapté à la jeunesse des membres. Les seules modifications sont les deux gravures portées sur la lame en acier bleui : la première représente un blason familial, la seconde, la grenade à sept flammes qui est l’emblème de la Légion étrangère. »

Tout cela est passionnant. Vraiment. D’autant plus que la compagne du poète académicien, Ayyam, dont le prénom signifie jours en arabe − comme le titre de l’autobiographie du « Doyen des lettres arabes », Taha Hussein −, est Américaine d’ascendance égyptienne. Comme quoi, oui, tout a un sens, ou faut-il dire que tout est connecté, comme ici, dans ce poème intitulé « Before the mast » :

J’aurai aimé la ligne de l’horizon sur l’océan Indien par grand calme

Les madrépores autour de Dahlak Kebir

J’aurai aimé la rue de Lille derrière l’hôtel de Salm

Et le soleil sur Mostar à son nadir

J’aurai aimé les bains brûlants de l’hôtel d’Épinal

À Monastir

Et les branches croulant sous la neige à Jeagerthal

Mes souvenirs

La chanson de Passavant, p. 174.

 

À suivre…

Nous avons essayé, il y a plus d’un an, de nous entretenir avec François Sureau qui, par le biais de son éditeur, nous a signifié qu’il est réfractaire à ce type d’exercices. Nous le comprenons, bien sûr, mais nous espérons qu’il changera d’avis afin, justement, de nous permettre de mieux le lire et peut-être de le comprendre, au sens d’aimer, précisément d’embrasser par la pensée, son sentiment de la langue et son écriture poétique nous interpellant et nous laissant à la fois perplexe. À l’instar de ce poème intitulé « Sidi Bou, disent-ils » :

Dans le couloir de menthe où j’erre élégamment

Passent les rires évanouis des odalisques

À Sidi Bou chez d’Erlanger on se défend

Foin de tabac de ne fumer que des lentisques

 

Rires idiots des odalisques

J’ai du mépris pour l’Orient

Tous ces loukoums je les confisque

Le kol wochkor a fait son temps

 

Fumer encore fumer du grec infiniment

Du souvenir comme à la guerre porter les brisques

Sur la manche à force d’ans

Et Cavafy sur le comptoir du firmament

Me sert sans fin le vieux marcheur d’un geste lent

La chanson de Passavant, p. 40.

 

Oui, amis tunisiens, vous avez bien lu : de Monastir à Sidi Bou (Saïd), en passant par la pâtisserie kol wochkor, « mange et remercie », François Sureau est un des vôtres et des nôtres.

À suivre…

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