Lucca Mae invité de Souffle inédit

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Lucca Mae - Photo : Farris

Auteure-compositrice-interprète britannique, Lucca Mae développe une musique aux influences soul et blues.

Lucca Mae : musique, indépendance et liberté artistique

Entretien conduit par Rami Jamoussi

Lucca Mae est une auteure-compositrice-interprète britannique originaire du sud de l’Angleterre. Elle grandit dans une famille où la musique est très présente. Adolescente, elle écrit de la poésie pour le plaisir, avant de se passionner pour la guitare et la chanson.
À 18 ans, elle part vivre en Australie, où elle commence à chanter dans la rue. Elle passe également par le Canada avant de rentrer au Royaume-Uni pour poursuivre sa carrière musicale. Son univers musical puise dans la soul, le blues et le rhythm and blues, avec des influences comme Amy Winehouse et The Teskey Brothers.
Le 3 avril 2026, elle sort son premier album, The Truth Is, composé de neuf chansons. Réalisé en indépendante, cet album compte la participation des batteurs Alan White et Steve White. Lucca Mae poursuit aujourd’hui son travail sur un deuxième album et prépare une tournée en Australie, avec des concerts prévus en novembre à Melbourne et Sydney.

Lucca Mae : « Je n’aurais jamais pensé que la musique deviendrait mon métier »

Lucca Mae invitée de Souffle inédit
Lucca Mae – Photo : Jeanie Jean

R.J : Avant la guitare et les chansons, vous écriviez beaucoup de poésie. À l’époque, vous imaginiez-vous devenir poète, ou la musique faisait-elle déjà partie de votre vie ?

Lucca Mae : Non, je ne me suis jamais imaginée devenir poète, c’était simplement quelque chose que je faisais pour le plaisir. La musique est venue plus tard et j’en suis tombée amoureuse.

R.J : Votre père vous a montré vos premiers accords de guitare lorsque vous étiez enfant, mais ce n’est que vers 17 ans que vous avez vraiment commencé à jouer. Qu’est-ce qui a déclenché ce changement ?

Lucca Mae : Je pense qu’à ce moment-là de ma vie, j’avais développé mes propres goûts musicaux et je trouvais très apaisant d’apprendre à jouer mes chansons préférées à la guitare.

R.J : À 18 ans, vous avez quitté l’Angleterre pour l’Australie. Qu’est-ce qui vous a donné envie de partir si jeune, et pourquoi avoir choisi l’Australie ?

Lucca Mae : Mes deux parents avaient beaucoup voyagé quand ils étaient plus jeunes et je me souviens avoir feuilleté leurs albums photos avec tous les endroits incroyables où ils étaient allés. Chez moi, on m’a toujours beaucoup encouragée à voyager.

Ma mère était une « ten pound pom », le surnom donné aux Britanniques qui ont émigré en Australie pour 10 livres sterling. Elle a grandi là-bas avant de revenir au Royaume-Uni dans sa vingtaine, mais une grande partie de sa famille vit toujours en Australie. J’avais donc déjà ce lien avec le pays. J’ai acheté un aller simple et, à partir de là, j’ai improvisé.

R.J : En Australie, vous avez beaucoup joué dans la rue, devant des gens qui ne vous connaissaient pas et qui n’étaient pas forcément là pour vous écouter. Qu’est-ce que cette expérience vous a appris ?

Lucca Mae : C’était une excellente façon d’apprendre à gérer le rejet, ça c’est sûr. Mais je faisais ce que j’aimais et je rentrais avec un peu d’argent pour financer mes voyages, donc ça ne me dérangeait pas. Cela m’a permis de voir la gentillesse et la générosité des inconnus.

C’était aussi une très belle expérience parce que j’ai rencontré énormément de personnes différentes pendant cette période. De temps en temps, quelqu’un venait me voir pour me dire qu’il passait une mauvaise journée et que ma musique lui avait remonté le moral. C’est dans ces moments-là que je me sentais vraiment heureuse de chanter dans la rue.

R.J : Lorsque vous avez commencé à jouer et à écrire vos propres chansons, imaginiez-vous que la musique vous mènerait là où vous en êtes aujourd’hui ?

Lucca Mae : Je n’aurais jamais pensé que cela deviendrait mon métier, absolument pas ! Je me sens très chanceuse que ma musique m’ait menée là où j’en suis aujourd’hui.

R.J : Votre premier album s’intitule The Truth Is. Quelle « vérité » vouliez-vous raconter à travers ces chansons ?

Lucca Mae : Je pense que, très souvent, nous cachons ce que nous ressentons pour nous protéger ou protéger les autres, alors que les chansons sont tellement honnêtes ! Écrire m’aide souvent à comprendre ce que je ressens vraiment à propos de quelque chose, et j’espère que ces chansons parlent aux gens de la même manière.

R.J : En tant qu’artiste indépendante, vous avez une grande liberté dans votre travail. À mesure que votre carrière se développe, comment préservez-vous cette indépendance ?

Lucca Mae : Être une artiste indépendante est une position très précieuse parce qu’on conserve la propriété et le contrôle de sa musique. En contrepartie, on n’a pas les mêmes moyens qu’une artiste sous contrat avec une maison de disques. Ces artistes ont des équipes qui s’occupent de tout, des sessions d’enregistrement et des clips jusqu’aux relations presse, au marketing et à la distribution.

J’ai décidé assez tôt que, tant que je n’aurais pas trouvé la bonne équipe — des personnes qui comprennent réellement ma vision et qui ont vraiment mes intérêts à cœur —, j’apprendrais à remplir moi-même autant de ces rôles que possible. Cela m’a demandé énormément d’apprentissage, mais ça m’a aussi permis de beaucoup mieux comprendre ma carrière et mon public. Alors, lorsque les bonnes personnes entreront dans mon univers, je saurai exactement ce que j’attends d’elles et, surtout, je saurai comment travailler avec elles sans perdre l’indépendance et le contrôle créatif que j’ai construits.

Lucca Mae invitée de Souffle inédit
Lucca Mae – Photo : Farris

R.J : Vous commencez aujourd’hui à partager la scène ou à travailler avec des artistes et des musiciens que vous admiriez auparavant. Ces rencontres ont-elles changé la manière dont vous voyez votre propre place dans la musique ?

Lucca Mae : Cela a clairement changé ma manière de voir ce que signifie la « réussite ». Avant, je pensais que jouer dans de plus grandes salles, avoir davantage d’écoutes ou obtenir de meilleures places dans les classements étaient les façons évidentes de mesurer le succès.

Puis j’ai passé du temps avec The Teskey Brothers, un groupe que j’admire énormément, et quelque chose qu’ils m’ont dit m’est resté. Nous avions enregistré une chanson ensemble dans la journée et, le soir, ils m’ont invitée à la jouer avec eux lors de leur concert au Murrayfield Stadium. Bien sûr, ils étaient très reconnaissants envers Luke Combs de les avoir invités à assurer la première partie, mais ils m’ont expliqué qu’au fond, ils préféraient jouer dans des salles plus petites et plus intimes parce qu’ils s’y sentent beaucoup plus proches de leur public.

Cela m’a vraiment fait réfléchir. Ça m’a rappelé que la réussite ne consiste pas forcément à courir après la plus grande scène, le plus gros cachet ou les chiffres les plus impressionnants. Il s’agit beaucoup plus de créer un vrai lien avec les personnes qui écoutent votre musique et de construire un public fidèle qui croit vraiment en ce que vous faites.

R.J : Lorsque vous écrivez une chanson, est-ce que les mots viennent d’abord, suivis par la musique, ou est-ce parfois la musique qui fait naître les mots ?

Lucca Mae : La plupart du temps, je commence par trouver une progression d’accords, mais parfois tout part d’un poème !

R.J : En novembre, vous retournerez en Australie pour votre première tournée dans le pays. Que représente ce retour pour vous ?

Lucca Mae : Je suis vraiment très heureuse d’aller jouer quelques concerts en Australie. Je viens d’apprendre que mon concert à Melbourne est complet et Sydney n’en est pas loin, alors je suis très fière du chemin parcouru. Quand je repense à l’époque où je jouais dans la rue, il y a seulement quelques années, c’est assez irréel de voir où j’en suis aujourd’hui et d’emmener ma musique jusqu’en Australie.

R.J : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Lucca Mae : Je travaille actuellement sur mon deuxième album, ce qui m’enthousiasme beaucoup, mais je sais que cela va prendre du temps. En attendant, je réfléchis à sortir une version deluxe de The Truth Is, avec quelques morceaux en version dépouillée et peut-être deux ou trois chansons qui n’ont finalement pas été retenues sur l’album original. C’est une belle manière de donner une seconde vie à ces chansons pendant que je travaille sur le prochain album.

R.J : Au-delà de vos prochains projets, quel est le rêve qui vous tient le plus à cœur ?

Lucca Mae : J’ai vraiment hâte de partir en tournée dans de nouveaux pays où je ne suis encore jamais allée. Et peut-être avoir l’occasion de rencontrer et de jouer avec des artistes que j’aime comme Marcus King, RAYE ou Sierra Ferrell. Je pourrais continuer la liste encore longtemps !

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RAMI JAMOUSSI
Founder & Publishing Director
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Journaliste culturel, fondateur et directeur de publication de Souffle inédit.