DeepMe invitée de Souffle inédit

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@ DeepMe 

DJ et productrice DeepMe développe sa musique sous son propre nom et à travers son label MEDEEP.

DeepMe : Musique électronique, scène et liberté artistique  

Entretien conduit par Rami Jamoussi

DJ et productrice de musique électronique, DeepMe vit aujourd’hui à Los Angeles. Son univers passe par la musique électronique, avec une place importante accordée aux basses et au rythme. Elle découvre la musique électronique en 2007, alors qu’elle suit des études supérieures qui n’ont rien à voir avec la musique. Elle obtient des diplômes en ingénierie, en droit international et en coiffure, tout en apprenant à mixer et à produire. En 208, elle joue son premier set.
Avant de devenir DeepMe, elle développe un premier projet davantage tourné vers le spectacle et la danse. Elle choisit ensuite de repartir sur de nouvelles bases, avec l’envie d’être reconnue aussi comme productrice. Elle crée alors DeepMe avec l’envie d’aller plus loin dans sa musique, de suivre son instinct et de ne pas se limiter à un seul genre. Elle crée ensuite son propre label, MEDEEP, sur lequel elle sort une partie de sa musique.

R.J : Vous avez raconté que, dès l’âge de six ans, vous dansiez partout dès qu’il y avait de la musique. Dans quel environnement avez-vous grandi et quelle place la musique occupait-elle dans votre enfance ?

DeepMe : J’ai grandi dans une famille très stricte, profondément convaincue qu’une femme n’avait qu’un seul rôle : être mère et épouse (autrement dit, l’esclave d’un homme, si je peux me permettre). En plus de cela, ma mère me répétait toujours que j’étais laide et que je ne devais pas attendre grand-chose de la vie, parce que les filles laides comme moi n’iraient nulle part.
Et oui, elle avait raison. Enfant, j’étais plutôt laide. Mais en réalité, il n’y a rien que l’argent ne puisse arranger, n’est-ce pas ? Ma mère avait oublié de préciser cette partie, parce que nous n’avions jamais d’argent.

R.J : Vous avez suivi trois formations supérieures différentes qui n’ont rien à voir avec la musique. A l’époque avez-vous imaginé que la musique puisse un jour devenir votre métier ?

DeepMe : J’ai des diplômes en ingénierie, en droit international et en coiffure (la spécialisation exacte est difficile à traduire, donc je vais faire simple). Je détestais tout cela et, au fond de moi, je savais que je perdais mon temps dans ces études alors que j’aurais dû apprendre la musique. J’aurais aimé faire confiance à mon intuition à l’époque.

À 17 ans, j’ai poursuivi mes études tout en apprenant à mixer. Puis je me suis également mise à la production musicale, et là, c’est devenu l’enfer. J’avais à peine le temps de dormir. Et n’oublions pas que je devais aussi travailler comme danseuse en club. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à comprendre comment j’ai réussi à faire autant de choses en même temps tout en tenant le coup.

DeepMe invitée de Souffle inédit
@ DeepMe

R.J : Vous vous êtes intéressée au DJing très jeune et la musique électronique a progressivement pris une place plus importante dans votre vie. Qu’est-ce qui vous a attirée dans cet univers et vous a donné envie de passer vous-même derrière les platines ?

DeepMe : J’ai dû commencer à travailler très jeune, je n’avais pas le choix. À 16 ans, j’ai été engagée dans une boîte de nuit comme go-go danseuse. C’est là que j’ai compris que je voulais être comme ce gars derrière les platines, qui passait les disques et faisait danser les gens. À l’époque, c’était une expérience fascinante pour moi.
Je dansais quatre soirs par semaine avec une amie et je rêvais d’apprendre à mixer. Finalement, à 17 ans, j’ai demandé à quelqu’un de m’apprendre. Je me souviens à quel point il a regretté cette décision par la suite.

R.J : Avant DeepMe, vous aviez un autre projet de DJ davantage tourné vers le show. Qu’est-ce qui ne vous correspondait plus dans ce projet et qu’est-ce qui vous a donné envie de créer DeepMe ?

DeepMe : C’est vrai, ce projet reposait davantage sur la danse, avec de vrais danseurs, et sur l’idée de transformer le DJing en spectacle, parce que c’était facile à vendre. C’était très populaire à l’époque et il n’y avait rien de mauvais dans le projet en lui-même. J’ai mis fin à ce projet parce que ma famille faisait pression sur moi pour que je me consacre à mon mariage, et mon mari de l’époque ne me soutenait pas non plus. Il détestait mon métier et l’idée que je sois DJ. Il me répétait que DJ n’était pas un vrai métier.
Eh bien, espèce de « fils de biscuit », va dire ça à David Guetta ou à Hugel. C’est un mode de vie. C’est un honneur de faire bouger toute une salle et de faire danser les gens comme si personne ne les regardait.
J’ai créé DeepMe après avoir laissé mon précédent projet derrière moi parce que je voulais une image plus sophistiquée. Je voulais aussi être considérée comme productrice, et pas seulement comme une belle image. DeepMe signifie aller en profondeur dans la musique 🎶 : danser sur des rythmes hypnotiques, s’autoriser à se libérer de tout, être pleinement dans l’instant et laisser son corps bouger comme on le ressent.

R.J : Votre musique est difficile à définir par un seul style. Vous l’avez décrite comme de la « dancing bass ». Que signifie cette expression pour vous ?

DeepMe : J’adore les grosses basses ! J’adore quand la basse mène tout le morceau et dicte le rythme. Ça fait bouger les gens !
Malheureusement, ce n’est qu’à la fin de 2025 que j’ai enfin décidé de produire ce que j’avais envie de produire, et non ce qu’on attendait de moi. J’ai vécu sous l’influence des tendances, en pensant que je devais les suivre. Mais je ne veux pas courir après les tendances, je veux suivre mon propre style !
Mon style, c’est justement de ne pas avoir à rester enfermée dans un seul genre. Je veux faire une musique qui me réveille la nuit, me pousse à ouvrir mon ordinateur et à enregistrer une mélodie que je pourrai ensuite transformer en morceau complet.

R.J : Lorsque vous créez un morceau, qu’est-ce qui vient généralement en premier et comment cette première idée évolue-t-elle jusqu’au morceau final ?

DeepMe : Pour moi, le rythme vient d’abord. Ensuite, une mélodie. Puis tout le reste. Mais assez souvent, c’est la mélodie qui arrive en premier, généralement lorsque je dors ou que je suis occupée à autre chose. C’est comme une douche froide qui arrive de nulle part.
C’est pour cela que j’enregistre toujours quelque chose avec ma voix sur mon téléphone, pour pouvoir ensuite en faire un morceau. Si je n’enregistre pas immédiatement une mélodie, l’idée disparaît très vite.

R.J : Comment trouvez-vous les voix que vous utilisez dans vos sets ? Est-ce que vous cherchez quelque chose de précis ou est-ce surtout une question d’intuition ?

DeepMe : Je fais confiance à mon intuition. Elle ne me trompe jamais. La plupart du temps, je découvre des personnes sur Instagram par l’intermédiaire d’autres comptes, et j’ai parfois l’impression qu’Instagram lit dans mes pensées lorsque je cherche un type de voix particulier.
C’est étrange, mais c’est comme ça.

R.J : Dans plusieurs de vos sets, il y a des montées en puissance, des moments plus calmes, puis de nouvelles poussées d’énergie. Comment construisez-vous cette progression tout au long d’un set ?

DeepMe : Encore une fois, je suis mon intuition. Je ressens simplement la musique. Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer. Il y a quelque chose en moi qui sait simplement quoi choisir.
Avec des années d’expérience, je peux aussi sentir la tonalité d’un morceau et comprendre quel type d’énergie il va apporter. Mes sets sur YouTube sont conçus pour que les gens puissent les écouter quand ils le souhaitent, à n’importe quel moment de la journée : à la salle de sport, en faisant la lessive ou le ménage, quand ils sont tristes ou au contraire très heureux, lorsqu’ils reçoivent des amis ou simplement seuls avec une coupe de champagne !

En live, en revanche, c’est différent. Je construis mes sets en fonction de l’énergie du public et de ses réactions.
Presque chaque fois que je joue, je ressens cette énergie et j’adapte ce que je joue en conséquence. J’essaie de croiser autant que possible le regard du public. Leurs yeux peuvent me dire tout ce que j’ai besoin de savoir sur ce qui se passe sur le dancefloor.

DeepMe invitée de Souffle inédit
@ DeepMe

R.J : Vous avez dit que vous recevez de nombreux commentaires sur votre apparence et du fait que l’on vous accuse régulièrement de ne pas produire vous-même votre musique. Pensez-vous qu’il soit encore difficile, pour une DJ et productrice, d’être reconnue avant tout pour son travail ?

DeepMe : C’est toujours difficile. On m’a refusé une place dans l’équipe dont je rêvais simplement parce que, selon la personne responsable, j’étais trop jolie pour en faire partie. C’est à la fois ridicule et triste.
Je me souviens d’une époque où l’on me considérait comme trop laide pour être mannequin et où je devais mettre des tonnes de maquillage pour cacher mon visage et mon cou couverts d’acné. Et maintenant, je ne peux pas intégrer l’équipe dont je rêve parce que je ne ressemble pas à ce qu’ils pensent que je devrais être — ce qui signifie apparemment peser environ 14 kilos de plus et ne pas avoir les cheveux longs. Au moins, mes tatouages passent. Très drôle.
En ce qui concerne la production, certains hommes partent tout simplement du principe que je ne fais qu’appuyer sur des boutons et que je suis DJ uniquement pour attirer l’attention. Ils supposent que je ne produis pas moi-même ma musique parce que, dans leur esprit, une jolie fille ne peut rien faire par elle-même.
Et pour confirmer que le problème existe toujours, il suffit de regarder les programmations des festivals. On peut voir quelque chose comme 50 DJs hommes pour deux DJs femmes, qu’ils adorent ensuite qualifier de « female act ». En 2026, je trouve cela complètement fou.

R.J : Selon vous, qu’est-ce qui doit encore changer dans la musique électronique pour que les femmes soient jugées avant tout sur leur travail ?

DeepMe : L’industrie musicale reste dominée par les hommes. Je pense qu’il faut apprendre aux hommes — aux hommes en général — que le respect passe avant tout, quelle que soit l’apparence d’une femme.
Parce que, soyons honnêtes, j’ai rencontré beaucoup de DJs hommes qui se sont lancés dans le DJing pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec la musique : coucher plus souvent et avoir des boissons gratuites. Beaucoup de femmes deviennent DJs parce qu’elles aiment sincèrement cette expérience.
Comment je le sais ? Au cours de ma carrière de DJ, j’ai demandé à plus de 500 hommes pourquoi ils sont devenus DJs… et devinez ce qu’ils m’ont répondu ?
Sans vouloir offenser les DJs hommes. Arrêtez simplement de détester les femmes. Cela réglerait beaucoup de problèmes.

R.J : Vous sortez aujourd’hui une partie de votre musique sur MEDEEP. Quelle est l’histoire derrière ce label et qu’aimeriez-vous construire avec lui ?

DeepMe : J’ai créé mon label après avoir reçu de nombreux refus et avoir été ignorée par d’autres labels. Certains n’ont même jamais écouté ma musique. Non pas parce qu’elle est mauvaise, mais simplement pour des raisons que j’ignore.
Comme j’avais déjà testé mes morceaux auprès du public et constaté qu’ils suscitent de très bonnes réactions, je me suis dit : « Je vais le faire moi-même. » Alors je sors ma musique moi-même pendant que les autres m’ignorent. Et jusqu’ici, j’aime vraiment cette aventure.

R.J : Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Y a-t-il de nouveaux morceaux, des collaborations ou d’autres projets dont vous pouvez déjà nous parler ?

DeepMe : Depuis le début de 2026, j’ai créé huit morceaux dont je suis très fière, et six autres dont je ne sais toujours pas vraiment quoi penser. Je fais de la musique presque tous les jours, mais tous les morceaux ne sont pas destinés à être terminés. Parfois, après des semaines d’essais, je dois effacer un projet parce qu’il ne mène tout simplement nulle part.
J’aimerais pouvoir en faire davantage et, pour cela, j’ai besoin d’une équipe solide pour m’aider. Tout gérer seule peut finir par épuiser complètement votre créativité. Cela m’est déjà arrivé et je ne veux pas que cela se reproduise.

R.J : Lorsque vous ne produisez pas, que vous ne voyagez pas et que vous n’êtes pas derrière les platines, qu’aimez-vous faire ?

DeepMe : J’aime passer du temps avec mon chien, Jay. J’ai choisi d’être célibataire parce que je veux me concentrer sur ma carrière. Jay et moi aimons faire de longues promenades ici, à Los Angeles, aller à la plage et jouer dans les parcs pour chiens.
J’aime aussi apprendre de nouvelles choses. En ce moment, j’apprends à jouer d’un instrument ancien. Je ne dirai pas exactement lequel tant que je ne saurai pas en jouer couramment.

R.J : Y a-t-il encore un rêve que vous aimeriez réaliser, qu’il soit lié à la musique ou à autre chose ?

DeepMe : Oui. Mon plus grand rêve est de parcourir le monde et de jouer dans tous les festivals possibles – et impossibles – tout au long de l’année. Je veux avoir des dates prévues un an à l’avance et vivre ma vie pleinement. Être DJ et productrice est mon destin. C’est pour cela que je suis ici, dans ce corps, sur cette Terre. Je veux aller au bout de ce destin.

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RAMI JAMOUSSI
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Journaliste culturel, fondateur et directeur de publication de Souffle inédit.