MIYARI invitée de Souffle inédit

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@ MIYARI

 DJ et directrice créative portugaise, MIYARI développe une approche très personnelle de la musique électronique. Elle nous parle de son parcours, de ses sets et de ses projets.

MIYARI, la techno comme terrain de création

Entretien conduit par Rami Jamoussi

Originaire de Sintra, au Portugal, MIYARI est DJ et directrice créative. Elle joue principalement de la techno et du hard groove. Dans ses sets, elle aime les basses profondes, les percussions, les textures hypnotiques, mais aussi les sonorités ambient et éthérées. En 2026, elle joue dans plusieurs soirées de la scène électronique lisboète. Elle participe récemment à une soirée Riktus au Ministerium, où elle partage les platines avec Sinnatro pour un B2B.
La musique n’est pourtant qu’une partie de son univers. Cinéma, image, lumière et mode occupent aussi une place importante dans sa manière de créer. MIYARI prépare aujourd’hui son premier EP de hard groove, qu’elle souhaite également accompagner d’un travail visuel.

MIYARI : entretien avec la DJ et directrice créative
@ MIYARI

R.J : Avant de parler de DJing, où avez-vous grandi et quelle musique écoutiez-vous avant que la musique électronique entre dans votre vie ?

MIYARI : J’ai grandi à Sintra, dans un tout petit village à la campagne. J’ai grandi entourée par la nature, avec beaucoup de rock, de metal et de musique expérimentale du côté de mon père, et du rock, de la bossa-nova et de vieilles chansons latines du côté de ma mère.
J’ai toujours aimé danser. J’ai des souvenirs très anciens de moi enfant, dansant beaucoup sur les Gipsy Kings. J’ai commencé à chercher davantage du côté de la musique électronique quand j’étais en cinquième année d’école. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écouter de la techno et de la drum and bass.
La musique m’accompagnait partout : pendant mes balades à vélo, quand je jouais sur la vieille PlayStation de mon père… Quand j’étais encore plus petite, je faisais des clips en stop motion avec des photos de mes poupées qui dansaient des chorégraphies. J’étais déjà une enfant très créative.

R.J : Vos sets traversent différentes nuances de techno, avec des éléments de trance, de hard groove et des sonorités plus rapides et hypnotiques. Comment décririez-vous votre son aujourd’hui, et quels styles l’ont le plus façonné ?

MIYARI : Si je devais décrire mon son, je dirais qu’il est très hypnotique, sexy, et qu’il vous fait perdre dans l’instant. Je suis très sensible aux émotions. J’adore être sur un dancefloor et avoir l’impression d’être dans un film.
J’aime les basses profondes, les synthés éthérés et rêveurs, les sonorités ambient et les petits détails qui me surprennent. J’aime le granulaire et les textures. Pour moi, un morceau doit m’emmener quelque part et être associé à une émotion forte.
J’aime aussi les sons plus high pressure, mais ils doivent avoir un but. C’est difficile à expliquer, mais j’y reviendrai plus tard.
Mes influences vont de la bass music à l’expérimental et à l’ambient, en passant par le progressive et des sonorités électroniques plus sombres, avec une dimension plus psychédélique. Comme je viens de Sintra, je suis naturellement inspirée par le contraste entre l’énergie organique et mystique de la nature et celle de l’océan.
Je cherche moins à entrer dans un genre précis qu’à créer un voyage : construire la tension, trouver le bon groove et créer ces moments où la musique devient presque immersive.
Pour moi, le plus important est que le son ait du caractère. Qu’il s’agisse d’une deep rolling bassline, de percussions hypnotiques ou d’un élément mélodique plus émotionnel, je veux que mes sets soient cohérents, atmosphériques et marquants.

R.J : Quand vous commencez un set, avez-vous déjà une courbe d’énergie en tête, notamment la manière dont vous voulez faire évoluer le BPM, ou laissez-vous le public guider la direction que vous prenez ?

MIYARI : J’ai généralement une courbe générale en tête, mais j’aime laisser l’énergie du public en façonner les détails.
Parfois, je fais volontairement redescendre l’intensité. Quand je suis au milieu d’un set et que je me dis : « Hmm, j’aurais bien besoin de quelque chose de plus léger maintenant. Ça ferait du bien de respirer profondément et de simplement contempler ce moment », ça fonctionne généralement très bien avec le public et ça crée un très beau moment. J’adore avoir ce genre de moments.
Je pense que garder cet équilibre entre une forte intensité et de petits moments pour respirer et contempler permet de maintenir le dancefloor engagé.

R.J : Vos sets peuvent être rapides et très physiques, mais jouer plus hard ne signifie pas forcément maintenir l’énergie à son maximum en permanence. Comment construisez-vous la tension et le relâchement sans perdre le dancefloor ?

MIYARI : Pour moi, le « hard » est davantage une question d’énergie que de volume. Il s’agit de tension, de texture et de pacing, pas simplement de tout pousser au maximum.
Parfois, retirer des éléments pour ne garder qu’un seul élément percussif ou un vocal hook permet de créer un espace qui attire davantage les gens dans la musique. Puis, quand le groove revient avec plus d’impact, ce retour paraît encore plus fort. C’est ce mouvement de va-et-vient, vous voyez ?

R.J : Que recherchez-vous dans une transition ? Préférez-vous les long blends, qui font évoluer progressivement l’atmosphère, ou des transitions plus franches qui peuvent complètement changer l’énergie du set ?

MIYARI : Je préfère les long blends, sans hésiter. J’adore ces moments où l’on ne remarque même pas qu’il y a deux morceaux qui jouent en même temps, tellement ils s’accordent parfaitement.
Je trouve que ça laisse beaucoup plus d’espace pour rêver, ressentir l’atmosphère et vraiment se laisser emporter par la musique.

R.J : Quand vous cherchez de nouveaux morceaux, qu’est-ce qui vous fait vous arrêter sur l’un d’eux et vous dire : « Il faut que je joue ça » ? Le groove, la bassline, une texture particulière ou simplement quelque chose d’instinctif ?

MIYARI : J’écoute un morceau en imaginant ce qu’il pourrait me faire ressentir sur le dancefloor. Ce n’est pas seulement une question de technique. Je me demande plutôt : « Est-ce que je fermerais vraiment les yeux pour me laisser emporter par ce morceau ? Est-ce qu’il sonne bien sur un gros système son ? »
Si j’arrive à l’imaginer, c’est là que je sais que j’ai envie de le jouer. C’est vraiment instinctif, mais cet instinct vient de ce que le morceau me fait ressentir.

R.J : En tant que DJ résidente, vous pouvez être amenée à jouer plusieurs fois devant le même public. Comment continuez-vous à surprendre les gens sans perdre l’identité musicale qu’ils viennent chercher chez vous ?

MIYARI : Je pense que le plus important est de rester fidèle à mon identité musicale, mais ça ne veut pas dire jouer la même chose à chaque fois. Mon son évolue naturellement, et j’aime explorer différentes facettes de la techno et du hard groove selon la soirée, le public et le moment où je joue.
En ce moment, je suis résidente au Kømplex, ici à Lisbonne. Parfois, j’ouvre une soirée schranz et je vais davantage vers le hard groove pour donner le ton. D’autres fois, je joue lors d’une soirée Soliid Community, où l’énergie et le public peuvent être complètement différents. Dans ce cas, je vais probablement aller vers d’autres sonorités et explorer un peu plus.
Mais même lorsque le contexte change, je veux toujours que la musique me ressemble. Je pense que l’une des meilleures façons de continuer à surprendre les gens, c’est de continuer à me surprendre moi-même.
Alors, avant chaque nouveau set, je pars à la recherche de nouveaux morceaux. J’adore découvrir de nouveaux artistes, de nouvelles sonorités, des tracks que je n’ai encore jamais jouées, puis partager ces découvertes avec le public.
Même si les gens viennent en attendant une certaine vibe de ma part, je veux qu’ils aient le sentiment qu’il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir. Pour moi, il s’agit simplement de garder ce qui fait qui je suis, tout en laissant la musique autour évoluer. Il faut que ce soit suffisamment familier pour qu’on reconnaisse mon univers, mais jamais exactement pareil.

R.J : Un warm-up, un peak-time set et un closing ont des rôles très différents au cours d’une soirée. Lequel vous donne le plus de liberté, et comment votre sélection de morceaux change-t-elle selon le moment où vous jouez ?

MIYARI : C’est probablement pendant un peak-time set que j’ai le plus de liberté. C’est généralement à ce moment-là que j’ai l’impression de pouvoir explorer tout ce que j’ai envie d’explorer et vraiment m’exprimer à travers la musique.
Je peux aller vers quelque chose de plus hard quand je sens que c’est le bon moment, mais je peux aussi créer des moments plus calmes et jouer avec la tension et l’énergie de la salle.
Pour la sélection des morceaux, tout dépend vraiment du moment de la soirée. Pour un closing, je garde généralement l’énergie assez haute, mais j’aime terminer avec quelque chose d’un peu plus léger, pour laisser aux gens un espace pour respirer avant de partir.
Pour un warm-up, je suis beaucoup plus patiente : je commence plus doucement et j’augmente progressivement le BPM à mesure que la salle s’adapte.
Mais si je devais choisir, les peak-time sets sont clairement mes préférés. Ils me donnent le plus de liberté pour passer de moments plus hard à des moments plus émotionnels et vraiment m’exprimer librement.

MIYARI : entretien avec la DJ et directrice créative
@ MIYARI

R.J : Clôturer une soirée implique une responsabilité particulière : c’est vous qui décidez de l’état d’esprit dans lequel les gens quittent le dancefloor. Comment abordez-vous la dernière partie d’un set, et comment choisissez-vous le dernier morceau ?

MIYARI : Je dirais que lorsqu’on clôture un set, il s’agit moins de jouer le plus gros morceau que de penser à la manière dont les gens vont quitter la salle. J’aime terminer avec quelque chose de plus calme, souvent un morceau moins connu et un peu rêveur.
Je veux que les gens quittent le dancefloor en se sentant légers et revigorés, comme s’ils pouvaient enfin respirer et simplement prendre un moment pour contempler la soirée qu’ils viennent de vivre.
Parfois, j’aime aussi terminer avec quelque chose de plus familier et émotionnel, surtout si je sais que le public va y être sensible. Mais dans tous les cas, je veux que ce dernier morceau soit comme une dernière expiration, quelque chose qui fasse penser aux gens : « Waouh, c’était vraiment une super soirée. »

R.J : Vous jouez aussi en B2B, notamment avec Sinnatro. Lorsque vous partagez les decks avec un autre DJ, jusqu’où vous adaptez-vous à ses sélections, et comment gardez-vous votre propre identité musicale dans cet échange ?

MIYARI : Avec Sinnatro, c’était un cas très particulier, parce que nous avons des univers musicaux très proches et que j’ai une confiance totale dans ses choix musicaux.
J’ai passé une semaine vraiment difficile avant notre set, donc nous n’avons pu répéter que trois heures, deux jours avant. Pourtant, dès que nous avons commencé à jouer ensemble, tout a fonctionné naturellement.
Je pense que l’une des choses les plus importantes dans un B2B, c’est la communication et le respect de l’espace de l’autre DJ. Il ne s’agit pas de savoir qui sera sous les projecteurs.
Nous avons parlé pendant tout le set et, parfois, nous avons simplement fait certaines choses à l’instinct qui ont vraiment bien fonctionné. Je pense que c’était l’un des gigs les plus spéciaux pour moi.
Nous avons joué sur quatre decks pour la première fois, et c’était aussi notre première fois à Riktus, une soirée où nous avions tous les deux vraiment envie de jouer.

R.J : Produisez-vous aussi votre propre musique, ou est-ce que vous concentrez pour l’instant votre créativité sur le DJing et la sélection de morceaux ?

MIYARI : Oui ! J’ai été très occupée ces derniers temps. Je travaille actuellement sur mon premier EP de hard groove.
Je suis vraiment perfectionniste, donc il me faut parfois plus de temps pour terminer mes morceaux parce que je veux que tout sonne exactement comme je l’avais prévu. Pour l’instant, je n’ai donc toujours pas de date de sortie, mais j’y travaille dès que j’en ai l’occasion.
Je peux dire que j’explore la dualité entre des sonorités ambient et éthérées et des drums et percussions vraiment intenses, avec quelques vocals glitchy et sexy… J’ai aussi très envie d’expérimenter avec les visuels pour cet EP. C’est tout ce que je peux en dire pour le moment.

R.J : Vous vous présentez à la fois comme DJ et directrice créative. Au-delà de la musique elle-même, quelle place occupent les visuels, la mode et l’atmosphère d’une soirée dans l’univers que vous voulez créer autour de MIYARI ?

MIYARI : J’ai toujours été créative. J’adore faire des films, dessiner, peindre, faire de la musique, coudre… tout ce que vous voulez. J’adore créer.
Dans le DJing, ma direction créative consiste à construire des expériences, pas seulement des sets. Je suis énormément inspirée par le cinéma et la cinématographie, et par cette sensation d’entrer dans une scène. Je veux que les gens arrivent dans une soirée et se sentent immédiatement transportés, comme s’ils se trouvaient quelque part entre la réalité et un rêve.
Les visuels et les lumières sont très importants pour moi. Il n’y a pas que la musique, mais aussi la manière dont l’espace respire.
Vous pouvez avoir le meilleur DJ du monde derrière les decks, mais si le lieu et les lumières ne correspondent pas à la vibe, la sensation sera complètement différente. C’est ce que j’aime dans les lieux qui sortent de l’ordinaire.
J’essaie toujours de donner forme à mes idées à travers des projets en dehors des decks : de petites expérimentations visuelles, peut-être des idées de courts métrages, des live sets enregistrés sous une forme différente… tout ce qui peut capter cette sensation.
J’aime aussi beaucoup m’exprimer à travers la mode. Une chose à savoir sur moi, c’est que la plupart du temps, quand j’ai un set, je ne choisis ma tenue que le jour même. C’est un peu comme une fusion entre ce que je ressens ce jour-là et l’endroit où je vais jouer, et mon cerveau fait ce choix inconsciemment.
En général, je choisis des tenues plus sombres quand je joue la nuit, mais l’autre jour, par exemple, j’ai joué en extérieur au coucher du soleil et, pour une raison que j’ignore, j’ai fini par choisir davantage de tons bruns et verts. Ça me fait vraiment rire.

R.J : Si vous deviez choisir un morceau que vous ne vous lassez jamais de jouer, une artiste avec qui vous aimeriez partager les decks, un club ou un festival où vous rêvez de jouer et un pays où vous aimeriez emmener votre musique, lesquels choisiriez-vous ?

MIYARI : Probablement Indigo de Disguised. Je l’ai tellement joué depuis sa sortie. J’adore son côté sexy, c’est l’un de ces morceaux qui me donnent tout simplement envie de continuer à bouger.
Une artiste avec qui j’aimerais partager les decks… ÜBERKIKZ, sans hésiter. Je trouve que ses goûts et sa technique sont vraiment au point. Je suis une très grande fan. Et je pense aussi que nos goûts musicaux sonneraient incroyablement bien ensemble.
Ici, au Portugal, mon rêve absolu en ce moment serait probablement Neopop. Ils savent ce qu’ils font. J’ai l’impression qu’ils accordent vraiment de l’importance à toute l’esthétique et aux visuels du festival, et en plus, il se déroule dans un très bel endroit.
En dehors du Portugal, Awakenings est mon rêve ultime en ce moment.
Enfin, le pays où j’aimerais le plus emmener ma musique actuellement, c’est l’Allemagne.

R.J : Pour terminer, sur quoi travaillez-vous actuellement ? Et au-delà de ce qui est déjà prévu, de quoi rêvez-vous encore pour la suite ?

MIYARI : Pour résumer un peu cet entretien, je travaille actuellement sur mon premier EP, tout en traversant une période de transition dans ma carrière. Je suis maintenant avec une agence, j’essaie de nouvelles choses, de nouvelles opportunités, et je suis vraiment reconnaissante pour chacune de celles que j’ai eues jusqu’à présent.
Je vois un avenir très prometteur devant moi et j’ai encore tellement de choses à partager avec vous. J’ai hâte de vous montrer, autant que possible, ce petit monde que j’ai dans la tête à travers toutes les différentes formes que peut prendre ma créativité, et de continuer à évoluer chaque jour, en tant que personne et en tant qu’artiste.

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RAMI JAMOUSSI
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Journaliste culturel, fondateur et directeur de publication de Souffle inédit.