Charlotte Newman parle de son parcours de DJ, de la scène techno montpelliéraine et de ses projets de production musicale.
Charlotte Newman : « Je me laisse guider par l’énergie qu’on me renvoie »
Entretien conduit par Rami Jamoussi
DJ, productrice et organisatrice d’événements française, Charlotte Newman évolue sur la scène techno. Elle s’est notamment produite dans plusieurs festivals, dont Madame Loyal, Son Libre, Family Piknik, I Love Techno et Kolorz Festival.
Installée à Montpellier, elle est également à l’origine de Montpellier Techno, devenu Carbon, une organisation qui propose des événements de musique électronique et soutient la scène locale.
R.J : Quelles musiques écoutiez-vous avant de découvrir la techno, et qu’est-ce qui vous a donné envie de passer derrière les platines ?
Charlotte Newman : Avant de découvrir la techno, j’écoutais beaucoup de dub et de reggae (Pupajim, le chanteur du groupe Stand High Patrol est même tatoué sur mon corps, [rires]. Ce qui m’a donné envie de passer derrière les platines c’est le fait d’organiser des évènements et de voir que je pouvais me placer en warm-up dessus pour commencer.
R.J : Quel souvenir gardez-vous de vos premières soirées devant un public ?
Charlotte Newman : Le stress de se rater, de ne pas avoir la connexion avec le public, mais après les dix premières minutes c’est toujours passé.

R.J : Quels artistes ou quels disques ont le plus influencé votre manière de jouer ?
Charlotte Newman : Je dirais Anfisa Letyago, qui, a mon sens, a une maîtrise parfaite de la technique et de l’énergie à apporter à un set.
R.J : Si vous deviez nous faire découvrir votre univers musical, quel morceau choisiriez-vous ?
Charlotte Newman : Je choisirais sans hésiter : Ignez – A love Dream (qu’est-ce que j’ai pu jouer cette track !)
R.J : Quels sont vos critères pour retenir un morceau dans votre sélection ?
Charlotte Newman : De la tension, du groove, une bonne bassline et une émotion.
R.J : Comment travaillez-vous les transitions pour donner une continuité à votre set ?
Charlotte Newman : J’essaye de laisser les deux tracks jouer le plus longtemps possible ensemble et d’ajouter la troisième progressivement. Donc pas forcément quelque chose de technique mais plutôt prendre son temps (dans un monde qui va trop vite…).
R.J : Quelle place laissez-vous à l’improvisation et à l’énergie du dancefloor dans vos sets ?
Charlotte Newman : Je laisse une place importante à l’improvisation (à part pour les très grosses scènes). Lors de mes deux premières années de mix je préparais tout, peut-être par peur de ne pas bien faire… mais maintenant je me laisse guider par l’énergie qu’on me renvoie et je communique beaucoup avec le public.
R.J : Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer les soirées Montpellier Techno ?
Charlotte Newman : Montpellier Techno (qui est maintenant renommé Carbon) est né dans l’idée de fédérer une communauté autour de la techno à Montpellier, qui s’était un peu dispersée depuis la fermeture des grosses boîtes (comme la Villa Rouge); et surtout après le Covid !

R.J : Depuis que vous organisez des soirées, qu’entendez-vous différemment dans le set d’un autre DJ ?
Charlotte Newman : J’attends d’être surprise, j’écoute beaucoup la sélection et moins la technique. Je préfère qu’un DJ prenne des risques en sélectionnant des tracks qui ont 100 écoutes sur SoundCloud, plutôt que les hits les plus connus du moment.
R.J : Comment trouvez-vous un équilibre entre vos envies musicales et les contraintes économiques d’une programmation ?
Charlotte Newman : Voilà le point noir… L’industrie musicale est devenue très bancale, on doit payer très cher un artiste pour remplir une salle ou avoir LE concept qui fait venir tout le monde à votre soirée. Et dans la musique underground c’est encore plus compliqué, car qui dit underground, dit non commercial (et moins facile à vendre). Je fais donc un peu des deux, des artistes qui me tiennent à cœur d’inviter et d’autres que je sais qui vont le plus remplir mes soirées.
R.J : Quelle place la production de vos propres morceaux occupe-t-elle aujourd’hui dans votre travail ?
Charlotte Newman : Une place très importante justement car j’ai décidé de faire une pause sur l’organisation d’évènements pour m’y consacrer entièrement cet hiver…
R.J : Quel projet avez-vous le plus envie de concrétiser à l’avenir ?
Charlotte Newman : Un festival, avec uniquement des artistes que j’adore ! Ou alors ouvrir un club… dans une autre vie ou dans un meilleur contexte économique [rires].




