Mariam Ghanim invitée de Souffle inédit

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@ Mariam Ghanim

Chanteuse irako-française installée à Paris, Mariam Ghanim raconte son parcours entre exil, musique et rêve de scène dans cette interview accordée à Souffle inédit.

Mariam Ghanim : une artiste qui chante l’amour en arabe

Entretien conduit par Monia Boulila

Exilée d’Irak après la guerre, Mariam Ghanim a grandi en France où, après un passage en foyer avec sa famille, elle s’est reconstruite en apprenant la langue et en s’intégrant à une nouvelle culture, une expérience fondatrice qui a marqué sa sensibilité. Aujourd’hui installée en région parisienne, elle travaille dans le service clientèle tout en développant son univers artistique. Chanteuse, auteure, compositrice et pianiste, elle interprète en arabe des chansons empreintes d’émotion, souvent centrées sur l’amour, et fédère une communauté fidèle en ligne.

Habituée des scènes parisiennes, elle enchaîne les singles et dirige également le chœur de l’Église chaldéenne irakienne de Paris. Pour Mariam Ghanim, la musique est bien plus qu’un métier : c’est un espace d’expression, de mémoire et de vie.

Mariam Ghanim : une artiste qui chante l’amour en arabe
@ Mariam Ghanim

M.B : Quand avez-vous compris que vous vouliez chanter pour le public et construire une véritable carrière dans la musique ?

Mariam Ghanim : Quand j’avais cinq ans, j’ai commencé mon parcours artistique, mais d’abord uniquement avec des cours de piano privés. En prenant ces cours, j’ai découvert que j’avais aussi un talent pour le chant.
Pendant la guerre en Irak en 2003, mes parents essayaient de me protéger du bruit des bombardements. Ils me mettaient un casque avec une cassette de chansons du patrimoine musical. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à apprendre ces chansons par cœur.
Nous sommes arrivés en France en 2008. C’est à partir de ce moment que j’ai vraiment commencé à vouloir explorer mon talent et chanter devant un public.
Quelques années plus tard, avec l’essor des réseaux sociaux, j’ai également commencé à utiliser ces plateformes pour partager ma musique, toucher un public dans le monde entier et transmettre mon message artistique, ma voix et mon talent.

M.B : Qui vous a le plus encouragée à vos débuts ?

Mariam Ghanim : Ce sont mes parents qui m’ont le plus encouragée. J’avais cinq ans, donc je n’avais évidemment pas la possibilité de prendre ce genre de décision seule à cet âge-là.
Ils ont toujours été très intéressés par la musique, aussi bien orientale qu’occidentale. Tous les deux rêvaient de jouer d’un instrument. Je pense donc qu’à travers moi, ils ont aussi réalisé un peu de ce rêve, tout en m’accompagnant dans la découverte de mon propre talent.

M.B : Votre parcours est lié à l’exil et à votre arrivée en France avec votre famille. En quoi cette histoire a-t-elle façonné votre identité d’artiste ?

Mariam Ghanim : Dès le début, ma musique et mon art ont été liés à notre histoire et à notre situation. Depuis que j’ai ouvert les yeux sur le monde, il y avait la guerre en Irak. Nous avons dû partir et nous réfugier d’abord en Syrie, à Damas, puis ensuite en France.
Mes parents et moi étions réfugiés, et j’ai vu de près les difficultés et la souffrance qu’ils ont traversées. Mon grand-père a aussi été persécuté. Tout cela a marqué ma sensibilité.
C’est pour cela qu’il y a souvent, dans mes chansons, une forme de chagrin ou une émotion profonde, à la fois triste et passionnée, portée par ma voix. Bien sûr, je parle aussi d’histoires d’amour dans mes paroles et dans ma musique. Mais je pense qu’à cause de ce que j’ai vécu, même les histoires d’amour que je chante sont très réelles et exprimées d’une manière sincère et authentique.

M.B : Vous menez de front une vie professionnelle et une carrière musicale. Comment parvenez-vous à faire coexister ces deux réalités au quotidien ?

Mariam Ghanim : Je dois dire que ce n’est pas toujours facile de faire coexister ces deux réalités. La vie en France est assez exigeante, avec des journées de travail longues, très différentes de ce que j’ai connu au Moyen-Orient. Parfois, je rentre chez moi après une longue journée, avec les transports et leurs difficultés, et je suis très fatiguée.

J’essaie de trouver un équilibre. La semaine, je me consacre surtout à mon travail, et le week-end, je me réserve du temps pour mon art et ma musique. Heureusement, la plupart de mes événements et de mes soirées artistiques tombent justement le week-end.

Quand un événement exceptionnel se présente en semaine, je m’organise et j’essaie de m’arranger avec mon travail pour me libérer. Mon rythme est donc assez soutenu, et il m’arrive d’être fatiguée.

Mais au fond, je garde toujours en tête mon rêve et mes objectifs. C’est ce qui me donne la force d’avancer et de ne jamais abandonner.

M.B : Votre histoire personnelle se retrouve-t-elle dans vos chansons ?

Mariam Ghanim : Oui, notamment dans ma voix. Plusieurs personnes ont remarqué que j’ai une voix très bagdadienne. Je pense qu’elle porte en elle une grande richesse culturelle, mais aussi tout ce que j’ai traversé.

Je ne chante pas forcément directement sur l’Irak et je n’entre pas dans la politique. Mais le simple fait d’être une femme irakienne, d’avoir survécu à la guerre et de continuer à me battre pour réaliser mon rêve se ressent naturellement dans ma musique et dans ma voix.

M.B : Être cheffe de chœur est un rôle exigeant. Qu’apprend-on en dirigeant les voix des autres ?

Mariam Ghanim : Être cheffe de chœur peut être un rôle très exigeant, mais cela dépend beaucoup de l’activité, des choristes et de la vision que l’on a pour sa chorale.

Pour ma part, j’y suis très attachée. J’ai grandi dans cette chorale d’abord comme membre, puis je suis devenue cheffe il y a maintenant dix ans. J’ai vu beaucoup de choristes arriver et repartir, et toutes ces expériences m’ont beaucoup appris.

Diriger des voix est une grande responsabilité. Cela demande de la rigueur, de la précision et aussi une vraie écoute des autres. Une voix peut nous emmener très loin et nous faire voyager. Travailler les voix des choristes, les guider et créer une harmonie entre elles est quelque chose de très beau, mais ce n’est pas toujours facile. C’est un rôle qui demande beaucoup d’engagement et de sens humain.

M.B : Comment vivez-vous les moments de création en studio ?

Mariam Ghanim : C’est un moment très précieux pour moi. Les moments de création en studio sont parmi ceux qui me tiennent le plus à cœur.

Je m’y amuse beaucoup et j’y prends énormément de plaisir. Bien sûr, cela peut être fatigant, mais je le fais toujours avec beaucoup d’amour et de patience.

Dans mon studio, je me sens libre. Je gère mon temps et mon rythme de travail, et je prends le temps nécessaire pour obtenir le meilleur résultat possible.

M.B : Après toutes ces expériences, avez-vous le sentiment d’être arrivée là où vous vouliez être ?

Mariam Ghanim : Non, pas du tout. Je n’ai même pas l’impression d’être arrivée à la moitié du chemin.

Je me vois encore vraiment au début de mon parcours, en train de faire mes tout premiers pas. Il y a encore beaucoup de choses que je veux créer, apprendre et partager avec le public.

M.B : Quels sont vos projets à venir ?

Mariam Ghanim : J’ai plusieurs projets en préparation, notamment la sortie de nouveaux singles et aussi quelques covers.

Par ailleurs, je souhaitais m’inscrire cette année à un programme de talents comme The Voice, mais au Moyen-Orient. Cependant, avec la situation actuelle dans la région, qui reste assez instable, je ne sais pas encore si ce projet pourra se réaliser comme je l’espérais.

M.B : Quel est aujourd’hui votre rêve le plus cher, en musique ou dans votre vie personnelle ?

Mariam Ghanim : Mon rêve le plus cher est de voir mes chansons atteindre des milliers d’écoutes sur YouTube. Quand cela se réalisera, je saurai que je suis devenue une artiste reconnue au Moyen-Orient.

Mon rêve est que, le jour où je monte sur scène, je voie des milliers de personnes venues pour m’écouter et chanter mes chansons avec moi.
C’est ce rêve que je veux accomplir, et c’est ce qui me motive chaque jour dans ma musique.

M.B : Merci beaucoup, Mariam. Je vous souhaite encore beaucoup de succès pour la suite de votre parcours artistique.

Vidéo réalisée par Raghda Kammoun 

Monia Boulila
Poète et traductrice
Rédactrice à Souffle inédit
Déléguée de la Société des Poètes Français
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Poète, traductrice et rédactrice web. Rédactrice en chef du média culturel Souffle inédit. Déléguée de la Société des Poètes Français. Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.