Gé-anti-morium: «une histoire de vie ou de mort» !

 

Gé-anti-morium : «une histoire de vie ou de mort» !

Adam Teirlijnck, Mouna El Gaied  et Mohamed El Gaied

Ce projet a réuni trois générations ; le grand-père pour les illustrations et la fille et le petit fils pour le texte !

Profonde gratitude à la vie pour ce cadeau.

 

 

Aujourd’hui est un grand jour. Marie et Albert, couple de chimistes amoureux, curieux et mondialement connu, apportent les dernières retouches à leur potion qu’ils préparent depuis maintenant cinq ans. Ils espèrent obtenir la préparation tant attendue pour offrir vitalité et santé à toute personne souffrante et fragilisée. La consistance enfin peu gluante, la couleur visiblement fluorescente et très tentante leur semblent parfaites pour préparer de succulents cocktails ! Il est temps de la tester et d’en faire profiter toute leur famille et tous leurs amis. Ils se dépêchent d’organiser une fête pour célébrer cette invention.

 

 

Sur leur immense belle terrasse couverte, Marie et Albert prennent la parole pour vanter les vertus de leur potion et tout le monde trinque et y goûte avec joie et curiosité. Quelques gorgées plus tard, le couple et leurs invités transpercent le plafond de l’immense terrasse et ne comprennent rien à ce qui leur arrive. En l’espace de quelques secondes, ils se transforment en géants !

Les méga-boums causés par ces transpercements alertent les voisins qui viennent voir ce qu’il se passe. Sous le choc de la découverte, ils prennent peur et appellent les gendarmes. Le soir même, cet événement fait le buzz sur les réseaux sociaux du monde entier et dans tous les médias.

Quelques jours plus tard, les autorités décident, par peur de leur différence physique et aussi d’un effet de contagion, de les confiner indéfiniment et de les enfermer dans un territoire emmuré et lointain.

Les années passent et la tribu est toujours au complet. Elle compte même plusieurs naissances depuis le début du confinement. Donc, aucune mort enregistrée, mais de nombreux petits géants avec les grands. Marie et Albert ont maintenant respectivement 152 et 150 ans. Les deux finissent par comprendre qu’ils sont non seulement géants mais aussi immortels. Cette prise de conscience les met au début dans un état de joie et de bonheur absolus. Ils n’ont plus à avoir peur de mourir et peuvent vivre jusqu’à « l’infinéant » !

 

 

Marie et Albert réalisent que désormais, leur existence éternelle leur permettra de concrétiser tous leurs souhaits et toutes les choses qu’ils voudraient faire. Ils pourront profiter des petits plaisirs de tous les instants malgré leur confinement. Et surtout, quel soulagement ! Enfin, la vie tant rêvée où les enfants ne pourront pas avoir peur de la mort et les parents n’auront pas à s’inquiéter pour eux et à leur dire « faites attention ! »

 

 

Les années passent et, petit à petit, les géants commencent à s’ennuyer et à trouver leur existence trop monotone. Ils n’ont plus rien à faire parce qu’ils ont tout le temps pour tout faire. Ils sont tellement blasés qu’ils n’ont même plus envie d’aimer et se demandent si cela était vraiment une vie ! Ils se rappellent encore du mot mort, mais ils ne peuvent plus jamais la connaitre et la vivre. Les parents ne peuvent plus rassurer leurs enfants. Ils leur racontent les moments forts émouvants du deuil, des belles émotions de tristesse et de chagrin qu’ils pouvaient éprouver quand ils perdaient quelqu’un de cher. Ils se disent : « Et si quelque chose pouvait arrêter notre existence, ce serait vraiment top ! ».

 

 

Alors un jour, toute la tribu décide de faire du suicide collectif. Peut-être que c’est leur dernière chance et que contrairement à une mort naturelle, le suicide peut fonctionner. Le premier jour, ils se réunissent sur une falaise pour sauter à tour de rôle en criant : « Mort délivre-nous ! »  Mais arrivés en bas, ils ne sont pas morts. Le lendemain, ils se jettent dans le volcan en espérant fondre et disparaître dans la lave. Ils se voient prendre un jacuzzi à peine un peu trop chaud. Le troisième jour, ils décident de plonger dans le fleuve avec des crocodiles affamés, mais les crocodiles ne les trouvent pas appétissants. Ils comprennent alors qu’ils ne peuvent plus du tout mourir. Ils ne peuvent que continuer et poursuivre leur immortalité.

 

 

C’est là où ils décident de mettre en place un plan d’évasion pour permettre à Marie et Albert de sortir au-delà des murs et chercher les ingrédients nécessaires à la fabrication d’un antidote. Ils espèrent que cela va marcher et qu’ils redeviendront mortels. La mission s’annonce très difficile et risquée. En effet, il faut creuser un tunnel qui connectera leur monde au monde extérieur et choisir le bon moment pour sortir discrètement et ne pas se faire repérer. Mais difficile pour un géant de se faire tout petit! Heureusement pour nos géants, les médias ont annoncé qu’une épidémie mondiale (le SRAUCUS-W4) empêchera pendant quelques mois, les autres humains de sortir dans les rues ce qui leur laissera manifestement plus de temps et la possibilité de faire un aller-retour express pour apporter le nécessaire à la fabrication de cet antidote.

Quelques semaines plus tard, la mission réussit et l’antidote est prêt pour être testé !

Ils se donnent rendez-vous sur la place centrale, émus, mais heureux de pouvoir peut-être enfin redevenir mortels. Ils boivent la préparation et réduisent aussitôt de taille. C’est très probablement le signe que cela fonctionne. Puis, ils attendent encore pour voir si quelqu’un meurt. C’est ce qui arrivera quelques heures plus tard aux plus âgés d’entre eux. Marie et Albert ainsi que d’autres personnes de la tribu décèdent.

 

 

Tout le monde est soulagé, heureux et prêt à apprécier une existence libérée. Ils arrivent même à savourer la peur de mourir. Ils célèbrent la mort qui va leur permettre de vivre et se sentent bénis de pouvoir mourir pour enfin profiter de la vie.

Et ainsi s’achève cette histoire de vie et de mort dans le meilleur des mondes des mortels possibles[1] !

 

Adam Teirlijnck (11 ans)

Jeune adolescent  passionné de sciences et d’astrophysique, aime le Ping-pong, le caramel et le dessin !

 

Mouna El Gaied (44 ans)

Maîtresse de Conférences à l’Université de Lorraine, elle est également professeure de yoga et « chercheuse universelle » au-delà des cases et des frontières !

 

Mohamed El Gaied alias « Baba » (75 ans)

Professeure d’Education Physique et Sportive à la retraite, ancien footballeur et meilleur papy illustrateur !

 

 

[1] Expression du philosophe et mathématicien Leibniz ici reprise et modifiée !

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2 réflexions sur “Gé-anti-morium: «une histoire de vie ou de mort» !

  • 17 février 2022 à 14 h 47 min
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    Une bien jolie histoire qui laisse à réfléchir… Bravo à toute la famille et merci pour le partage !

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  • 1 mai 2022 à 9 h 01 min
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    Cette relecture de ce beau texte m a fait du bien car vraiment c’est un sujet existentiel et ce n’est pas évident de le traiter aussi simplement.. bravo Adam avec sa mère et son grand père…

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