Hélène Morel par Michel Bénard

Toute la jeunesse d’Hélène Morel fut reliée au milieu des arts au travers de ses parents qui étaient peintres et illustrateurs. Père peintre français et mère illustratrice russe chez Nathan. Toute son enfance baigna donc dans l’ambiance des ateliers d’artistes. Petite parenthèse, elle admirait tout particulièrement le travail de son père, qui lui enseigna les bases de métier de peintre, allant même jusqu’à confier à la jeune Hélène qui possédait de réelles prédispositions artistiques, la réalisation de certains graphismes et fonds des tableaux en préparation.

Vocation et études

Assez jeune Hélène Morel commença à participer à quelques expositions de groupe à la mairie de Sceaux. Petites toiles, dessins, etc.

Cette vocation affecta la mère et déclencha ses foudres, car elle-même vivant difficilement de son métier d’illustratrice, disait à sa fille : « Je ne veux pas que tu fasses ce métier de romanichel. » Ironie de la vie le père portait quelques gènes et réminiscences gitans.

Afin de suivre ses études, Hélène Morel prit un peu de recul par rapport à la création artistique et poursuivit ses études en philosophie, fut diplômée en Sorbonne et professa quelques années. Soyons francs pour sa maîtrise elle ne choisit pas le sujet le plus simple avec un travail sur le parallèle entre la démarche du philosophe allemand Gottfried Wilhem Leibniz développant la monade, donc le principe d’un « tout » actif et clos sur lui-même et le physicien philosophe Albert Einstein et sa théorie de la relativité.

Puis comme pour se libérer Hélène Morel traversa une expérience hippie, beat génération, baba cool, avec à la clé beaucoup de voyages particulièrement en Grèce, terre nourricière des philosophes, c’est évident.

Peinture et écriture

Désormais peinture et écriture sont devenues les pierres angulaires de ses recherches, notons également que notre amie a commis quelques romans. Coté maîtres en référence Hélène Morel porte son regard entre autres, vers Francisco de Goya, Vincent Van Gogh et plus particulièrement Pablo Picasso.

Hélène Morel a indéniablement le rapport intense des croyants slaves, avec les icônes en particulier, qui occupent une place incontournable dans son œuvre. Rappelons aussi que le père était un passionné du symbolisme ce qui imprégna fortement Hélène Morel. Souvenons-nous de ses précédentes expositions traitant du symbolisme des cathédrales, dont le fil conducteur fut plus particulièrement en rapport avec la cathédrale de Chartres où Hélène Morel reçut une sorte d’illumination spirituelle et esthétique, du beau et du miracle de la lumière, magie de l’art du vitrail. A ce propos certains travaux de notre artiste pourraient parfaitement servir de cartons pour tapisseries ou pour vitraux.

Arbre 

Cependant aujourd’hui nous passons de la symbolique des cathédrales et de la forêt de sa charpente à celle des arbres vivants de la forêt naturelle. L’arbre est à la fois ténèbres et lumière. Plongeant ses racines dans les sombres profondeurs terrestres pour laisser jaillir ses branches et ramilles vers la voute céleste et en pleine lumière. L’arbre est la source de l’existence, l’éternelle feuillaison, le cycle de la mort et de la vie. La graine, la floraison, le fruit, l’enfouissement, la renaissance.

Pas une religion au monde n’ayant de liens symboliques ou physiques avec l’arbre. L’arbre constitue la colonne même de la pensée humaine, son axe le plus tangible.

Arbre de vie, arbre cosmique, arbre philosophique, arbre séfirotique de la kabbale, l’arbre de Brahmâ, l’arbre de Bouddha, arbre renversé, arbre mazdéen, l’arbre de la science, l’arbre de Jesse, etc.

Il s’instaure un dialogue entre les arbres, où chacun préserve son espace des racines à la cime.

Les œuvres d’Hélène Morel. sont variées, saules, chênes, séquoias, figuiers, etc. Quant au ginkgo il est particulièrement intéressant dans sa symbolique évoquant l’éternité et la force renaissante un peu comme l’olivier, car il est l’arbre qui a résisté à la tristement célèbre bombe atomique ayant rasé Hiroshima le 6 aout 1945.

 

                                                              Ginkgo biloba (1)

 

La feuille de cet arbre, qui, de l’Orient,

Est confiée à mon jardin,

Offre un sens caché

Qui charme l’initié.

 

Est-ce un être vivant,

Qui s’est scindé en lui-même,

Sont-ils deux qui se choisissent,

Si bien qu’on les prend pour un seul ?

 

Pour répondre à ces questions,

Je crois avoir la vraie manière :

Ne sens-tu pas, à mes chants,

Que je suis à la fois un et double ?

 

(1)Poème de Goethe extrait de « Le divan oriental-occidental » traduction Henri Lichtenberger.

Nous terminerons sur un arbre imaginé à la symbolique sulfureuse qui n’est autre que celui de « Lucifer » ayant voulu séparer l’homme et la femme en déployant toutes les forces maléfiques que nous lui connaissons, mais il n’y parviendra pas. Les regards de l’homme et de la femme se retrouveront et se croiseront pour l’éternité.

En forme de conclusion, je citerai simplement deux vers du grand poète Maurice Courant.

« Les grands arbres, surgis des ronces de la nuit,

Se dressent comme un feu dans le soleil superbe ! »

 

 

Michel Benard

 

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