Kung-fu Zohra / Aymen Hacen

Les jeudis littéraires

C’est avec entrain que nous avons décidé de découvrir le dernier film de Mabrouk El Mechri, Kung-fu Zohra, sorti le 9 mars 2022. L’affiche mettant en vedette Sabrina Ouazani, ne pouvait pas nous laisser indifférents.

D’une déception à l’autre

L’affiche mettant en vedette Sabrina Ouazani, ne pouvait pas nous laisser indifférents. La référence à Bruce Lee, avec le jaune au fond, ainsi que le kimono dont est vêtue la principale protagoniste, arborant au dos la lettre « ز », initiale de Zohra en arabe, nous ont semblé annoncer quelque chose d’original.

C’est donc avec un a priori positif que nous sommes allés à la découverte de ce nouvel opus, signé par le français d’origine tunisienne Mabrouk El Mechri, en dépit de l’échec de Sans issue (2012), qui mettait en vedette Henry Cavill aux côtés de Bruce Willis et Sigourney Weaver. Mais l’échec a été total et a mis fin à l’expérience américaine du réalisateur français.

Sans doute, pensons-nous, qu’avec Kung-fu Zohra, El Mechri se rachètera-t-il. Il ne s’agit pas d’un jeu de mots à partir du patronyme du réalisateur, mais de l’envie de voir l’auteur du fringant JCVD (2008), qui nous avait vraiment plu parce qu’il permettait à Jean-Claude Van Damme de dévoiler ses vraies qualités d’acteur, et ce dans son propre rôle d’homme en proie aux aléas du succès et des échecs personnels et familiaux.

Quid de Kung-fu Zohra ?

Voici le synopsis officiel du film : « Persuadée qu’une rupture briserait le cœur de sa petite fille, Zohra n’arrive pas à quitter son mari Omar malgré les violences qu’elle subit. C’est alors qu’elle rencontre un maître de Kung-Fu qui va lui apprendre à se défendre et à rendre désormais coup pour coup ! »

Certes. Malheureusement, il y a beaucoup de mais qui entravent cette entreprise, car on se demande bien où cela veut nous mener, où cela veut aboutir. L’opposition est flagrante entre la scène d’ouverture, dans le désert, au bled, où des hommes en voiture sont perdus et échouent dans une sorte d’oasis où d’autres hommes regardent le foot, et la scène finale dans une banlieue bétonnée de France, où Zohra ne regarde plus des films de kung-fu, en l’occurrence Jet-Li, au moment de sa rencontre avec Omar, qui deviendra très vite son mari, précisément son mari violent, mais passe à tabac les racailles du coin.

Est-ce le but du kung-fu ou de tout autre art martial ? Est-ce du féminisme ? Si c’est le cas, la scène qui oppose Zohra à Omar est des plus ratées car elle oppose une femme qui s’est vraiment initiée au kung-fu avec un maître, tandis qu’Omar ne fait que singer le Jackie Chan du Maître chinois (1987), comme s’il était aisé d’imiter le style Zui quan, dont les gestes et techniques de combat sont inspirés par un homme ivre, eux-mêmes inspirés par les Huit immortels.

Bref, la question est complexe, tant elle se situe entre histoire, arts martiaux et anthropologie. Or, Kung-fu Zohra ne fait qu’aplatir tout cela, réduisant la pratique des arts martiaux à une succession de gestes simiesques sans queue ni tête.

 

Qui plus est, nous nous demandons ce qui s’est passé avec Mabrouk El Mechri en Tunisie, le personnage d’Omar, homme écrasé par la France, l’alcool et enclin à la violence conjugale, étant de toute évidence tunisien : les paquets de cigarettes Mars et Cristal en arrière-fond de boutique au début du film, le voyage avec Zina sans sa maman à Nabeul, l’annulation du vol Tunisair qu’on voit nettement sur le téléphone utilisé par Zohra. Pourquoi donc autant d’éléments ou précisément de flèches décochées contre la Tunisie ? Allez savoir !

Qu’en est-il de Tarantino ?

Décidément, n’est pas Tarantino qui veut. Et pour cause. Si le diptyque Kill Bill (2003-2004) est depuis sa sortie considéré comme un chef-d’œuvre, c’est parce que Quentin Tarantino sait ce qu’il fait et où il va : le respect des références filmiques auxquelles il a fait appel, la notion de vengeance qui alimente à la fois l’action et la volonté de vivre de l’héroïne, l’humour décalé et volontairement kitsch, la musique savamment choisie, sans oublier un art cinématographique de haut vol, tout cela fait de Kill Bill un film culte. Cela ne sera malheureusement pas le cas pour Kung-fu Zohra qui ne sera qu’un navet de plus de l’année 2022 et du cinéma français en général.

 

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