De l’Orient à la Méditerranée / Hafid Gafaïti

 

Divins ancêtres

 

Ni de Shiraz, ni de Samarkand,

J’ai senti le vent, j’ai bu le vin

Avant l’aube, après le crépuscule,

Quand le doute appelle le voyageur.

 

Loin des commerces des habitudes,

J’ai oublié livres et parents.

Parmi les arbres, contre les racines,

Je suis poète et vagabond.

 

Amie, remplis mon verre, éteint la bougie !

Que mes yeux s’ouvrent sur ton corps nu

Et mes mains caressent ta peau,

Loin des lecteurs de sentences.

 

Maintenant que haine et foi s’allient

Dans la voix des assassins,

Seul, le jour je célèbre le passé

Avec des saints oubliés par les ancêtres.

 

Je me dois de revenir vers ces rivages

Où les doigts accompagnaient la main,

L’être n’avait pas peur de l’amour

Et Dieu se conjuguait à chacun.

 

Khayam, Rumi, Hafiz, Ferdousse et les autres,

Que vos chants jamais ne nous abandonnent !

Nous vous devons, tous, le pèlerinage,

et autour des tombes à jamais vous faire fête.

 

Comme vous, sages, alertes, ivres,

Nous nous roulerons sur la terre

Jusqu’à ce que les histoires soient réécrites

Et le fumier à nouveau libère ses roses.

 

Nuage vide

 

                                                                            Pour Red Pine

 

L’ermite doit-il prendre le pouvoir,

le sage laver ses pieds,

Le novice ôter son chapeau ?

 

Quand l’empereur parle,

Dans le torrent je rince mes oreilles.

 

Ivre sur le rivage,

je tente d’embrasser la lune.

 

 

Mes langues

 

Compagnon d’Ovide

sourd au dialecte des dieux,

je parcourrai villes romaines, légendes marines

sur les côtes de Mauritanie,

quand au crépuscule de l’eau

Augustin arriva à Carthage

Juba II épousa Hélène.

 

Tifinagh défunt, tamazight blessé,

genèse grecque, hébreux oublié,

silence latin ou turc,

défi arabe ou français,

anglais de science, de puissance et de rage,

espéranto parfois rêvé,

chants et silence dans les temples célébrés.

 

Insecte en quête de paradis,

je trahis chaque mot,

depuis qu’ayant perdu ma langue,

je chasse mes ombres ivres

de fleuves à champs de blé,

d’invasions à marchés,

d’amours à incendies,

de vos massacres à ma liberté.

 

Hafid Gafaïti poète algérien. Il a cinq recueils de poèmes. Les deux derniers recueils, les braises de l’aube (2017), et, survivants de la défaite (2019), sont publiés aux Editions Al Manar. Ses trois premiers recueils bilingues (La gorge tranchée du soleil/The slit throat of the sun, Le retour des damnés/The return of the damned et La tentation du désert/The temptation of the desert) sont publiés dans la collection « Poètes des cinq continents » dirigée par Geneviève Clancy, Philippe Tancelin et Emmanuelle Moysan aux Editions L’Harmattan. Ils ont été traduits et publiés en Italie aux Editions Lieto Collelibri et La Vita Felice.

Un nouveau recueil Intitulé L’étreinte éblouie, paraîtra aux Editions Al Manar en octobre 2022.

Il a publié de nombreux poèmes dans des revues et anthologies internationales. Il prépare actuellement la publication de deux recueils sur la problématique de l’île et la situation des migrants dans le monde.

Prix Européen Charles Carrère de Poésie Francophone en 2015

 

Photo de couverture : tableau de Gustav Klimt

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