Entre ombres et lumières, le choix de Karima Manaa

Entre ombres et lumières, le choix de Karima Manaa

POÈTES SUR TOUS LES FRONTS

Par Lazhari Labter

Poète et écrivain

Entre ombres et lumières, le choix de Karima Manaa

 

C’est grâce à un mail envoyé par la romancière Selma Guettaf dont j’ai publié le premier roman J’aime le malheur que tu me causes en 2014 à Alger, qui disait « Je ne peux que vous recommander la lecture du livre  Ombres et lumières en poésie  de Karima Manaa (qui) arrivent à traiter d’actualité et de problématiques sociales dans un langage vif et sensible » que j’ai découvert cette poésie à part quand elle m’a envoyée à mon tour son premier recueil de poèmes.

Ombres et Lumières en poésie est le titre de ce recueil de poésie dont la couverture ne paye pas de mine. Il est signé de Karima Manaa. Mais, une fois la lecture du premier poème terminée, on n’a plus qu’une envie : tourner la page pour découvrir le suivant et tous les autres. Composé avec un grand soin, le recueil est divisé en trois parties intitulées « Un Toi », « Un Moi » et « Un Nous » comportant chacun treize poèmes aux titres aussi originaux que le contenu de chacun d’eux.

Entre ombres et lumières, le choix de Karima Manaa

C’est que Karima Manaa, en perfectionniste, a pris le soin de construire chaque poème en tenant compte du mot juste, de l’image qui fait mouche, du verbe qui touche. Comme font mouchent et nous touchent les thèmes choisis et la morale visée. Si La Fontaine avait lu ce recueil, il l’aurait préfacé sans hésiter. C’est que Karima Manaa joue de la poésie en véritable virtuose de la langue française, dansant entre fable et slam. Dans sa préface, elle écrit à juste titre : « dans ce monde où ce qui compte c’est de tout faire vite, manger vite, acheter vite, lire vite, la poésie détonne. Moi-même heureux par cette course contre la montre, j’ai parfois le sentiment de passer à côté de l’essentiel. »

Et c’est vers l’essentiel que Karima Manaa nous ramène à travers sa poésie avec le regard lucide qu’elle pose sur les êtres et les choses dans un monde qui tourne si vite qu’il donne le tournis, afin de prendre le temps de les voir tels qu’ils sont et non tels qu’ils se donnent à voir.

Dans son blog dont la devise est « Encore des mots, toujours des mots » c’est en ces termes que cette « idéaliste dans l’âme (…) persuadée que les mots ont un pouvoir car si certains élèvent, d’autres achèvent » se présente elle-même :

« Originaire d’Alsace, j’ai vécu de ma famille et de mes amis. Un pied en France et un autre au Maroc, j’ai grandi dans une double culture enrichissante. Berbère d’Agadir, mon enfance et mon adolescence, je les ai passées, bercée par les chansons d’Izenzaren ou encore de Fatima Tabaamrant. Lors de veillées à la lueur des bougies au village de Tamri, ou encore pendant les repas de famille fastueux à Agadir, je me suis imprégnée des contes et autres anecdotes parfois sages, parfois cocasses, parfois tristes, mais toujours empreintes de sens. »

Ceci expliquant cela, on comprend mieux en lisant ces quelques lignes sur Karima Manaa d’où lui vient ce choix d’une poésie sous forme de fables modernes tout imprégnée d’une philosophie de la sagesse qui n’est l’apanage que de ceux qui ont fait le choix de l’ être et non du paraître, de l’essence et non de l’apparence.

J’ai choisi pour vous ce poème qui ouvre le recueil comme une invitation au voyage dans le monde de Karima Manaa, la généreuse, un monde fait de mots qui élèvent, t’élèvent, m’élèvent et nous élèvent.

 

CHOISIS TA PHOTO

 

Jour nouveau, aube sans héros,

Tes yeux s’ouvrent comme tu t’enfermes.

Yeux délavés sur ta vie sans terme,

Tes larmes coulent à grandes eaux.

 

Choisis ta photo.

 

Dans cette vie sous anathème,

Danse ton corps en désaccord.

Ce corps qui vraiment jamais ne dort

Est pour nous tous un blasphème.

 

Choisis ta photo.

 

Tu t’arranges pour le selfie, tu fais comme si,

Et tu souris comme si de rien n’était,

Et comme si un rien tu étais,

Le reste du monde fait comme si.

 

Choisis ta photo.

 

Tu réclames et réclames sans relâche,

Devant policiers et gendarmes qui tapotent,

Mains courantes qui restent douces litotes,

C’est vrai qu’on excuse toujours les lâches.

 

Choisis ta photo.

 

Puis arrive ce matin gris et livide,

Où pour toujours ton regard se figure.

Les médias alors s’insurgents et exigeants

Le coupable de ce féminicide

 

Choisissez votre photo

 

Toi vivante, ton histoire était d’un banal,

Et le monde à tes pommes restait sourd.

Mais une fois froide, tu deviens glamour,

Grâce à ta jolie photo devenue virale.

 

Ombres et Lumières en poésie de Karima Manaa, Édition de la Goutte d’Étoile, 2022, 9 rue de la Goutte, 88210 Hurbache, France. 68 pages, prix : 10 euros

Suivez Karima Manna sur son blog , sur Facebook et sur Instagram

Poètes sur tous les fronts par Lazhari Labter

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