Dans ces deux poèmes, Radhia Toumi explore la quête de liberté sous différentes formes. De la femme qui brise les regards qui l’enferment à l’oiseau refusant la cage.
Radhia Toumi : deux poèmes sur la liberté, l’émancipation et le vol
Les ailes de Narcisse ou la réécriture d’un mythe
Dans leurs regards
Elle voyait ses mains ligotées
Comme une colombe
Sa démarche se balançait entre les deux côtés
Ne sachant quelle direction prendre
Elle voulait tellement leur faire plaisir
Qu’ils lui accordassent leur bénédiction
Mais elle était malheureuse
Les ailes emprisonnées dans d’interminables filets
Quand ils lui intimaient l’ordre de se taire
Elle se taisait
Quand ils lui interdisaient de danser
Elle obtempérait
Quand ils la couvraient de larges tissus
Elle s’y noyait
Comme un minuscule être sans défense
Dans leurs regards elle cherchait l’approbation
Ils formulaient leurs ordres d’un ton haineux
Pourquoi ne puis-je être ce moineau
Ou cette hirondelle
Qui planent dans les cieux
Et connaissent les secrets des cimes ?
Elle se voyait lumière fade dans leurs pupilles
Femme à ne rien dire ni contredire
Son âme rebelle
L’entrelace, absorbant ses dernières hésitations
Elle se lève, brisant le verre de leurs regards
Qui l’assiègent
Et comme Narcisse, elle regarde son propre reflet
Dans l’eau
Mais ne s’y noie point !
Elle s’abreuve à la source de son amour pour soi
Ses ailes se déploient
Comme des nuages majestueux au-dessus des montagnes.
***
Les oiseaux n’aiment pas les cages
Les oiseaux n’aiment pas les cages
Ceux qui croient aimer les oiseaux
Les enferment dans des prisons
J’aimerais élever un oiseau
Un canari
Ou plutôt une perruche au plumage bariolé
Mais je n’aime pas les cages
Aussi spacieuses soient-elles
L’oiseau est mouvement
Mélodie et air
Peut-on emprisonner l’air ?
Le mot ?
Le chant ?
Le perroquet vert et jaune de mon amie parisienne
Vivait dans une grande cage
En le regardant
J’avais l’impression de voir un petit corps sans ailes
Ça me faisait mal de le voir derrière ces barreaux
D’entendre son cri aigu
Voulait-il sortir
Voler jusqu’à son Amazonie ?
J’ai toujours voulu élever un oiseau
Mais hors d’une cage
Resterait-il avec moi ?
Je me dis que vouloir le garder
Est un peu égoïste
La maison des oiseaux est le ciel
Peut-on enfoncer le ciel dans une cage ?
Je déteste ces espaces étroits
Où s’entassent des plumes flétries
Des soupirs étranglés
Des manteaux de plumage terni
Le vol gracieux est le langage des oiseaux
Qui chérissent les hauteurs illimitées.
**
La poétesse
Radhia Toumi est une poète et nouvelliste algérienne d’expression arabe et française. Elle a publié plusieurs poèmes en français dans des revues littéraires en France, en Suisse et au Québec. Ses poèmes et ses nouvelles en arabe sont aussi publiés dans des revues littéraires électroniques. Son premier recueil de poésie en arabe est édité en 2021. Elle est enseignante à l’Université Batna 2.




