Sarah Attat invitée de Souffle inédit

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@ Sarah Attat

Entretien avec la poétesse Sarah Attat autour de son recueil L’amie de son cœur, de l’amour, de la musicalité du poème et du rôle sensible et social de la poésie.

Sarah Attat : écrire l’amour comme une quête sans fin

Entretien conduit par Monia Boulila

Sarah Attat est une poétesse franco-marocaine née en région parisienne à la fin des années 1980. Dans son premier recueil, L’amie de son cœur, publié aux éditions Mindset Éditions, elle explore les multiples dimensions de l’amour, de l’identité et du rapport au corps et aux émotions. Son écriture, nourrie par une double culture française et maghrébine, s’inscrit dans une poésie de l’intime où la musicalité ouvre vers l’universel. Les textes sont accompagnés d’illustrations de l’artiste Mélania Guarnieri (alias Miss Pink Coconut), qui prolongent visuellement les atmosphères du recueil. Par une langue attentive et précise, Sarah Attat interroge les élans affectifs autant que les cadres sociaux dans lesquels se construisent les relations humaines.

Sarah Attat invitée de Souffle inédit

L’amie de son cœur

M.B : L’amie de son cœur explore de multiples variations autour de l’amour et du désir. En quoi votre approche de l’amour dans ce recueil diffère-t-elle de votre expérience personnelle de la poésie ?

Sarah Attat : L’amie de son cœur explore de multiples variations autour de l’amour et du désir. Elle ne diffère pas, elle est singulière.
Mes écrits sont le reflet d’une vérité passée, de rencontres qui ont fait naître de jolis textes.
Ils marquent l’aboutissement d’un long cycle : celui où j’ai voulu solder ce qui n’a pas été, pour laisser place au vrai, à l’unique — et non à ces relations à sens unique qui vident un être sans jamais le nourrir.

M.B : Vous évoquez la quête d’un « amour insaisissable ». Dans quelle mesure pensez-vous que la poésie elle-même puisse être une forme de quête, presque une recherche de l’inaccessible ?

Sarah Attat : C’est une quête, peut-être infinie.
Lorsqu’on pense en avoir terminé, tout recommence autrement, sous une autre forme, une autre question.
On croit comprendre, puis l’on se reprend.
L’inaccessible, lui, maintient en vie.

M.B : D’où naissent vos inspirations ? Sont-elles issues d’expériences vécues, de lectures, de rencontres, ou surgissent-elles parfois d’un lieu plus secret, presque inconscient ?

Sarah Attat : Mes inspirations jaillissent de multiples sources : du vécu à l’imaginaire, du passé au présent, de ce qui s’achève à ce qui renaît.

M.B : Quel rôle joue la musicalité dans votre écriture et dans la manière dont vous travaillez un poème ?

Sarah Attat : Je m’imagine réciter mon poème, accompagnée par une musique qui lui donnerait corps. La musique ancre le corps, et en se fondant avec le texte, elle crée une fusion incroyable. Je pense alors à l’illustre slameur Souleymane Diamanka, que j’avais rencontré il y a quelques années dans les rues d’Avignon.

M.B : Le recueil est enrichi d’illustrations de Mélania Guarnieri. Comment l’idée de cette collaboration est-elle née ? Avez-vous redéfini certains textes après avoir découvert les dessins ?

Sarah Attat : Au début, j’étais en contact avec une autre dessinatrice qui faisait le grand challenge Inktober, mais elle n’était pas disponible.
Et puis, je suis tombée sur les dessins de Mélania Guarnieri, je me suis tout de suite reconnue dans ses images de brunes aux cheveux noirs ondulés. Son univers m’a complètement happée, parce qu’il ressemblait tellement au mien et à ce que j’imaginais pour mon recueil. Je l’ai contactée, et elle a accepté tout de suite — pour mon plus grand plaisir !

M.B : Vous avez évoqué la poésie comme une « arme ». Selon vous, quelles dimensions politiques ou sociales la poésie peut-elle encore porter aujourd’hui ?

Sarah Attat : Une poésie ou un texte reste dans les mémoires, dans les livres, sur internet, dans les cœurs.
La poésie permet de dénoncer beaucoup de choses. L’injustice règne depuis bien trop longtemps. Un texte devient une arme selon celui qui le détient. Tout réside dans l’intention. La poésie est un outil, un étendard, un refuge. La poésie est un tout.

Sarah Attat invitée de Souffle inédit
@ Sarah Attat

M.B : Si vous deviez identifier un « moment de vérité » dans l’écriture de ce livre — un instant où tout s’est cristallisé pour vous — lequel serait-ce ?

Sarah Attat : Immédiatement, votre question me renvoie à mon texte  » L’âme instigatrice du mal ».
Je l’avais écrit au cours d’une nuit de solitude, quand le trop-plein m’a poussée à saisir la plume presque de manière viscérale, pour extérioriser une douleur.

M.B : Pensez-vous que la poésie puisse encore contribuer à rendre le monde plus sensible, plus juste, ou simplement plus humain ?

Sarah Attat : Oui, bien sûr, sinon je n’écrirais pas. Un texte bien écrit peut émouvoir toute une assemblée.
Mais parfois, toucher une seule personne vaut infiniment plus que mille automates qui fonctionnent en mode automatique.

M.B : Quels sont aujourd’hui vos projets d’écriture, quels qu’en soient la forme ou l’horizon ?

Sarah Attat : Mes projets d’écriture vont se tourner vers l’art-thérapie, et je veux continuer à développer ma plume, jusqu’à en avoir exploré toutes les facettes.

M.B : Existe-t-il un rêve, en poésie ou ailleurs — dans l’écriture ou dans votre vie plus intime — que vous portez encore en vous et que vous aimeriez voir se réaliser ?

Sarah Attat : Bien sûr, j’ai encore quelques rêves secrets en poche. Parce que sans rêve, sans objectif, l’être humain se meurt.

Monia Boulila
Poète tunisienne
Déléguée de la Société des Poètes Français
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Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.
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