La poésie de Victor Cabras s’avance comme une zone de turbulences verbales, façonnée par l’épreuve du surréel et tendue vers l’impalpable.
Petite mise en lumière – Victor Cabras
Par Christophe Condello
Issue d’un geste proche de l’automatisme, l’écriture de Victor Cabras se déploie en perpétuelle métamorphose, franchissant les seuils de la conscience pour engendrer une langue affranchie des clôtures formelles, des certitudes métaphysiques et des balises du sens commun.
Les mots y surgissent à l’état libre, dans une lutte souterraine avec la censure, où le lâcher-prise devient méthode. Cabras cisèle l’espace de la page, fait affleurer des constellations d’images troubles, des rapprochements imprévus, presque oraculaires.
Poésie de mutations et de glissements, mais aussi ancrée dans le présent, elle s’offre comme une odyssée de l’inconnu : un surréalisme atmosphérique où le révéler devient climat.
Arracher les racines des arbres dans la
conscience
mais préférable dans une formule lapidaire
cigarettes portant le nom de canal ; – obombrer
et sur ce plan-là, la triple-forme ;
Transitions spatiales
rassirions-nous
dans les projections bulbeuses des pattes d’un
chien ?
un goût douteux
en compagnie d’un coq
dans le lointain croisement mississipéen
division nette entre l’ombre et la lumière
et de droits attachés à six cordes.
Blues Anima
***
Paille d’or
fil du dimanche
rabobinée et frêle comme un cuir mauvais
mosaïque : – bleu turquoise – jaune indien –
tête de lion en somme
sirotée la barbarie, figue native
figure d’un galantin ou d’un indien
ce que je bois pierre rouge et…
tête de lion en somme
Couronne
***
Si transporté sur siège
devenir poisson volant
Grippe s’il vente
saut en hauteur
saut en longueur ;
Capselles mais plus petites cette fois
qu’il cherche en regardant les gens
beaucoup de falaises
et bon temps profitant à l’installation
Concorde
***
Tabac tassé, froid sur habit
notez-bien facteur de pianos
le froid est rompu – orides
dans sa trogne
sauvage la grue qui s’envole comme un cocktail
viande dans l’âtre à l’épuisement
confiture de lait milieu de la neige,
céladon – orides
tabac tassé, froid sur habit
d’une poitrine non travaillée
Dose
***
Alchimie pensante
Quelques uns graves aux coquilles
et moroses aux arbres
cette liaison
comme s’ils avaient honte
de défaire les ocres
qui tiennent sa langue –
une cuillère sur les rails pour le Kipper
rotondité sillon tombe
à travers une succession de cuillères
sur les rails pour le Kipper.
Le poète
Victor Cabras (né en 2000, France) est un poète et artiste pluridisciplinaire originaire des Hautes-Alpes. Son travail explore les métamorphoses poétiques des climats arides, les paysages mentaux et les rituels imaginaires, au croisement du langage, de l’image et de la matière. Son écriture se développe librement, sans contrainte — la ponctuation y devient sculpture, rythme ou rupture.
En 2020 paraît GROZA, un recueil de poésie en collaboration avec le photographe Théo Camus-Herbuvaux (Éditions Empreintes&Digitales). En 2024, il publie Boulingrin aux Éditions des Compagnons d’humanité, une œuvre marquée par la dissonance sonore, les fulgurances visuelles et l’ambiguïté des paysages intérieurs.
Son travail actuel mêle poésie, photographie conceptuelle et formes hybrides, traversé par une poétique du déplacement, des mythologies fictives et une abstraction sensuelle.
Christophe Condello est poète, blogueur (Christophe Condello | « Les arbres sont des êtres qui rêvent » Aristote), chroniqueur et directeur littéraire de la collection Magma Poésie chez Pierre Turcotte Éditeur.





