Search
Generic filters
Exact matches only
Filter by Custom Post Type

Souffle inédit


Quercus suivi de « Le séminaire des nuits », de Franck Delorieux / Hyacinthe

Quercus suivi de « Le séminaire des nuits », de Franck Delorieux / Hyacinthe

L’ombre de la nuit Poésie, vie à l’infini       Quercus suivi de Le séminaire des nuits   de Franck Delorieux : Lac poésie pour vraiment être     C’est comme si l’éditeur, Gallimard, voulait saborder ses propres œuvres. Encore et toujours, du moins pour la poésie. Car, quand on tombe – par hasard ou

L’ombre de la nuit

Poésie, vie à l’infini

 

 

 

Quercus

suivi de

Le séminaire des nuits

 

de Franck Delorieux :

Lac poésie pour vraiment être

 

 

C’est comme si l’éditeur, Gallimard, voulait saborder ses propres œuvres. Encore et toujours, du moins pour la poésie. Car, quand on tombe – par hasard ou autrement – sur Quercus suivi de Le séminaire des nuits, de Franck Delorieux, il faut soit être soi-même poète-voyant, soit muni d’une merveilleuse connexion Internet.

Qu’est-ce à dire ? Rien, en effet, sur la couverture pour dire de quel genre il s’agit. Quant à la quatrième, elle est blanche comme le faux blanc du nom que porte cette collection. Bref, c’est pénible et il faut avoir les moyens, humains, financiers et intellectuels, pour aller dedans, non seulement pour lire (acte devenu impossible de nos jours), mais aimer lire, ce qui en l’occurrence relèvera du prodige.

Heureusement que nous aimons prendre des risques et que lire, notamment la poésie, est, à nos yeux, un acte de naissance aussi prodigieux que réel. À ce titre, la dédicace que le « poète » adresse « À la mémoire de Jean-Louis-Martinoty », éminent homme de théâtre, décédé il y a, justement, 5 ans, témoigne de ce souci d’être au monde que certains vilipendent au possible, si bien qu’au travers des dessins de Gianni Burattoni, les barbelés deviennent des auréoles et tous les signes létaux des lumières intérieures. Les épigraphes de Pline l’Ancien, d’Homère, puis celle de Hugo, témoignent d’un projet poétique des plus ambitieux, car pensé, écrit et, bien sûr, mené envers et contre la mort.

Or, quel est ce Quercus dont s’affuble Franck Delorieux, en ces sombres heures-années, et pourquoi sommes-nous en train de le relire à l’infini, comme si lire la poésie, en ce solstice d’été de l’an deux du Coronavirus, ne serait qu’un acte mortuaire ? Est-ce le cas ? Oui, sûrement ; non, peut-être pas. Dans tous les cas. Allons plus en avant dans le texte qui, lui, nous ressemble, entre prose et poésie, entre prose rythmée, vers libres ou presque, et travail sur le rythme, infini, de cette langue, la nôtre, qui se dit, s’exprime, se réécrit chaque fois qu’elle est ciselée par des doigts somptueux. Ceux de Franck Delorieux semblent l’être. Avec, par, au travers de cette audace qui est la sienne et qui place la poésie par-dessus tout. Lisons à voix haute, ensemble, ces stances :

 

 

Les cuisses de la nuit sont celles

D’une belle endormie qui rêve

Des mains douces de ses amants

Glissant sur sa peau dorée

Par le soleil autant bien aimé

Que la pénombre de minuit

Elle étire ses jambes entrouvertes

Avec la mollesse du miel coulant

D’une cuillère d’argent sa toison

Est noire comme le ciel reflété

Dans son verre d’eau fraîche

Une tiède brise d’été se glisse

Joueuse entre les poils plantés

Comme un champ d’oliviers

Aux branches lourdes de fruits

Qui ploient et ondulent suivant

Le rythme languide des vagues

De la Méditerranée la nuit est

Belle de préparer l’aube claire

Et son écume blanche sur la rive

 

 

Sans doute faut-il entendre Franck Delorieux déclamer ses propres vers qui nous font amoureusement chavirer du nord au sud de la Méditerranée. Exagérons-nous, extrapolons-nous ? Bien sûr que non, tout est dit, ou presque, et de la plus belle des façons. Ce bien sûr n’est en aucun une exagération. Sous un olivier, tel que dans le poème, à Sakiet Sidi Youssef, à Moknine ou à SakietEzzit, pour ne citer que ces lieux de bon aloi, il faut imaginer une mise en scène totale de ces poèmes, Quercus suivi de Le séminaire des nuits, de Franck Delorieux, envers et contre la mort.

Ah, pardon : « quercus », en latin, signifiant « chêne », cette jonction ou injonction, entre nord et sud de la Méditerranée, fait de Franck Delorieux un intime du combat contre la mort, la déshérence et le silence entre ses deux rives. N’en déplaise aux ignares, qui, eux, ne lisent pas la poésie, qui, elle, ne supporte pas le mensonge, encore moins le déni. Merci cher Franck Delorieux…

 

 

 

Franck Delorieux, Quercus suivi de Le séminaire des nuits, Paris, Gallimard, paru le 13 mai 2021, 96 pages, 12 euros.

 

Souffle Inédit
ADMINISTRATOR
PROFILE

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *