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Baudelaire, Salon de 1846, encore et toujours / Hyacinthe

Baudelaire, Salon de 1846, encore et toujours / Hyacinthe

L’ombre de la nuit Poésie, vie à l’infini       Baudelaire, Salon de 1846, encore et toujours Par Hyacinthe   À La Fabrique éditions, a paru le 20 août 2021, de Baudelaire : Salon de 1846, précédé de « Baudelaire peintre », par Jean-Christophe Bailly.   Or, lire Baudelaire, le poète, le prosateur et le critique d’art,

L’ombre de la nuit

Poésie, vie à l’infini

 

 

 

Baudelaire, Salon de 1846, encore et toujours

Par Hyacinthe

 

À La Fabrique éditions, a paru le 20 août 2021, de Baudelaire : Salon de 1846, précédé de « Baudelaire peintre », par Jean-Christophe Bailly.

 

Or, lire Baudelaire, le poète, le prosateur et le critique d’art, sera toujours un moment unique. Avec, ici, ceci en prime, comme le souligne d’emblée Jean-Christophe Bailly : « le Salon de 1846 est un livre fondateur : d’une part il introduit avec une certaine violence le discours critique de Baudelaire sur l’art, ce qui n’avait qu’à peine esquissé le précédent et beaucoup moins ambitieux Salon de 1845, d’autre part il constitue le premier geste de Baudelaire écrivain. »

 

Peut-être, pour faire écho au titre de la préface, fallait-il mieux écrire poèteau lieu d’écrivain, car c’est Baudelaire poète, onze ans avant la parution des Fleurs du Mal, qui nous intéresse avant tout, ici et partout ailleurs, d’autant plus que Jean-Christophe Bailly conclut son propos en ces termes : « […] dans ce poème éblouissant qu’est “À une passante”. Poème que nous pouvons dès lors lire aussi comme un tableau et comme le rêve que la peinture, sous les yeux de Baudelaire, n’aura pas été capable de faire, et qui nous impose en dernier recours et comme superbe consolation l’idée d’un Baudelaire peintre, ce qui n’est pas forcer les choses, puisqu’il l’aura été si souvent. » (p. 56-57)

 

À vrai dire, l’écriture de Bailly, comme celles de Derrida et du regretté Jean-Luc Nancy (décédé le 23 août dernier) avant lui, enchante par ce passage heureux de la philosophie à la poésie, voire à ce qui cherche à donner à la vie ses couleurs, ses rythmes et son harmonie. Passage heureux que nous retrouvons chez des poètes qui ont réussi le chemin inverse : Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet et Bernard Noël qui sont, comme Baudelaire, leur semblable, leur frère, poètes parce que critiques d’art, voire peintres.

 

À ce titre, « Baudelaire peintre » est un texte magistral, où le philosophe de l’image et l’analyste de la forme urbaine prend à bras le corps la méthode baudelairienne : « En lisant Baudelaire, nous accompagnons un écrivain doué une intuition prodigieuse et sûr de ses jugements, mais autour de lui il y a toute cette foule et ce brouhaha de commentaires ironiques ou sidérés, ce festival de poncifs et de raideurs, et également, de façon insistante, ce ton à la fois péremptoire et blagueur des gazettes, qui se multiplient. » (p. 13) Et plus loin : « Mais ce qui signe véritablement ces pages et les distingue de la littérature critique et journalistique de l’époque, c’est que les idées qui sont avancées et qui viennent parfois par rafales sont toujours accompagnées de ce qu’elles impliquent dans la matérialité, dans la chair même, voudrait-on dire, des tableaux. » (p. 35)

 

L’analyse historique qui s’en suit sur l’importance de la presse dans la diffusion de l’œuvre de Baudelaire, puisque poèmes comme articles et écrits sur l’art étaient publiés d’abord par ce biais ponctuel, avant de voir le jour sous forme de livres, est représentative de la pensée de Jean-Christophe Bailly qui nous apprend autant par les informations qu’il nous offre que par la méthode qui est la sienne, allant de détails en idées, de références en documents collectés et référencés. Nous retrouvons donc la brillante lucidité de Jean-Christophe Bailly qui, en lecteur et spectateur complice, accompagne Baudelaire, l’interpelle, l’interroge, lui tend la perche, comme dans une sorte de film de science-fiction où l’on sait ce qui va se passer et assiste, bienveillant, à l’accouchement d’une œuvre monumentale, car les pages du Salon de 1846 portent certaines des pièces les plus belles, les plus décisives, des Fleurs du Mal, « maître-livre de notre poésie », selon la formule sans conteste d’Yves Bonnefoy.

 

 

 

 

Baudelaire, Salon de 1846, précédé de « Baudelaire peintre » par Jean-Christophe Bailly, Paris, La Fabrique éditions, 240 pages, paru le 20 août 2021, 15 euros.

 

 

 

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