Parasite / Majida Boulila
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Quand on aime la vie on va au cinéma

 

Parasite

 

Quand un scénario brillant s’associe à une mise en scène pointilleuse mêlant les genres et les styles ça donne un film remarquable qui nous fait voyager, nous surprend et malgré nous il nous émeut. Et qu’est ce que le cinéma si ce n’est de l’émotion.

Parasite, le film coréen aux multiples récompenses prestigieuses, sorti en 2019. Boog Joon Ho, le réalisateur a ce talent de passer sans effort d’un genre à l’autre, on y trouve de la comédie sociale noire, le thriller haletant en passant par le suspens, créant ainsi un univers distingué et qui visiblement plaît à une majorité universelle. Car ce film a été largement primé dans les festivals autour du monde. Il est intéressant de rappeler que c’est le premier film sud coréen et plus largement premier film en langue étrangère à obtenir l’oscar du meilleur film en 2020, ainsi que celui du meilleur film étranger, du meilleur scénario original et du meilleur réalisateur. Ainsi Boog Joon Ho devient le premier réalisateur à égaler un record que Walt Disney détenait depuis 1954.

Du haut vers le plus bas

De prime abord, le film traite des classes et des injustices sociales. La famille Kim avec laquelle le film s’ouvre, vit dans une pauvreté accablante. Tous au chômage, les membres de la famille vivent dans un appartement insalubre en sous sol. Ils survivent en pliant des boites à pizza cartonnées payées à la pièce et piratent le réseau Wifi de leurs voisins. Un jour, KI Woo le fils réussit au moyen d’un faux diplôme à se faire embaucher pour donner des cours d’anglais à la fille d’une famille richissime, les Park. C’est le début d’une succession d’événements qui vont permettre à la sœur de Ki Woo de se présenter comme professeure d’art thérapeutique formée aux Etats Unis pour le petit garçon des Park. Le père ne tardera pas à  remplacer le chauffeur renvoyé. Enfin, la mère prend la place de la gouvernante de la maison suite à un plan machiavélique. Ainsi toute la famille Kim occupe des postes chez les Park sous de faux profils et vit partiellement dans la majestueuse villa et ne se privent pas de s’identifier aux propriétaires quand ceux-ci sont absents. Cependant, ce qui reste original dans ce film c’est la manière si intelligente d’aborder la lutte des classes. Loin du marxisme attendu, Bong Joon-ho sort de l’habituelle opposition riches/pauvres, qui n’est guère ici qu’une toile de fond, pour disséquer les rapports humains dans toute leur complexité, sans jamais simplifier l’équation.

La maison des Park est au cœur de l’espace narratif, personnage en soi et catalyseur des évènements et de l’évolution des personnages au sein de son architecture. Elle abrite un huis clos captivant et a été créée pour servir l’intrigue. Conçue sur plusieurs niveaux, les escaliers deviennent le symbole de l’ascension sociale, les descendre c’est couler de plus en plus vers le bas, vers l’échec et la non reconnaissance sociale.

Bâtie en haut d’une colline, sur les hauteurs de Seoul, un emplacement bien contrasté avec le sous sol dans lequel s’engouffre la famille Kim. La belle villa des Park est d’une architecture épurée et noble, lumineuse par une baie vitrée donnant sur un jardin vert. Lors de la première visite du fils dans la peau d’un professeur d’anglais, nous découvrons une maison d’une parfaite organisation et une maman très soucieuse de l’avenir de ses enfants.

Cependant, la mère s’avère rapidement naïve et facilement manipulable, le père absent, trop occupé par son travail et les enfants totalement incompris. Les membres de la famille parfaite en apparence,  semblent perdus dans l’espace, presque jamais réunis au complet et souvent éloignés ; chacun dans un espace privé. Ce manque de convivialité est totalement à l’opposé des moments simples de partage chez la famille Kim.

La porte du sous-sol marque une limite blindée entre l’espace de la maison et le bas, et par conséquent l’espace des riches et des pauvres. La propriétaire de la maison ne dépasse jamais cette porte même si elle peut descendre au grenier pour donner un ordre à la gouvernante.

Dans Parasite, l’espace du sous-sol, c’est l’espace du non dit, du caché et des oubliés. C’est l’espace où vit la famille Kim au milieu des cafards, entassés dans une pièce où ils ont pour vue les ivrognes qui urinent sur leur vitre. Suffoquant de la chaleur et de l’odeur des égouts, ils survivent avec humour grâce à leur union. Ils sont complices et solidaires. Le sous-sol est aussi l’espace des énigmes qui se dévoilent à fur et à mesure de l’avancée du film. Là où croupit pendant des années l’homme/fantôme à survivre avec les restes. Ce labyrinthe sombre et interminable sera le témoin d’une lutte à mort entre pauvres pour garder coûte que coûte leur place chez les riches qu’ils parasitent.

Si la pluie chez les Park est un tableau romantique contemplé avec sérénité à travers la baie vitrée centrale, la pluie est le cauchemar redouté pour la famille Kim, qui fait monter le niveau de l’eau des égouts,  inonde leur maison d’eau sale et les oblige à sortir.

Cette opposition est marquée spatialement et visuellement selon un axe vertical, plus le pauvre est pauvre plus il s’enfonce dans le sol. Toutefois, et au delà de l’aspect visuel et spatial, il y a la mention de l’invisible qui vient freiner encore une fois l’ascension sociale rêvée des pauvres, à travers cette évocation aussi discrète que violente sur l’odeur qui trahit les pauvres et les suivra partout, quelle que soit leur volonté d’adaptation. Ainsi la mobilité sociale qui est une raison de vivre, un rêve,  semble être un beau mensonge, une illusion qui finit toujours par s’éteindre puisqu’on colle aux pauvres une odeur comme une limite infranchissable.

Une vraie pyramide sociale où pour gravir le sommet, tout un processus de combat s’ouvre : chacun espère monter à un niveau supérieur et méprise ceux qui lui sont inférieurs.

Parasitage

Parasite comme titre, au singulier, est un choix poignant parce qu’au delà d’un titre, le parasite est un symbole. Il englobe les Kim profiteurs, arnaqueurs et dénudés de tout principe si ce n’est vouloir s’en sortir, ainsi que les Park, riches et dépendants des services des pauvres en les privant d’estime de soi et en leur demandant une disponibilité totale. Mais aussi la gouvernante et son mari qui occupent illégalement la cave chez les Park. La société est ainsi remplie de parasites, explique Boog Joon Ho, qui sont nécessaires et forment une hiérarchie sociale circulaire : tout le monde est le parasite de quelqu’un et tout le monde en a besoin parce que c’est le système que nous avons crée qui nous parasite finalement.

Dans ce monde livré au libéralisme et aux inégalités tout bascule dans le drame, aucune des familles n’en sort indemne et non plus n’est réellement responsable. Seul le système dans lequel les personnages évoluent est responsable. Le réalisateur Boog Joon Ho explique qu’à notre époque actuelle on ne sait plus vraiment contre qui nous devons lutter.

Les symboles ne manquent pas dans l’univers de Boog Joon Ho, on ne peut passer à côté de la pierre, élément à forte symbolique dans le film, même s’il passe presque inaperçu. Un cadeau offert au fils et qui rajoute une dimension métaphysique des destinées sociales qui est fortement implantée dans la culture asiatique. Symbole de fortune considérée comme porte bonheur, nous la perdons de vue au cours du film pour devenir l’arme du crime au besoin.

Parasite est une farce sociale moderne, où le Smartphone multitâches est l’outil indispensable aussi bien chez les riches que chez les pauvres. Il sert aussi bien à falsifier les diplômes, qu’à jouer aux faux profils et espionner la vie des autres et sert même d’arme quand il le faut pour menacer les Kim de les balancer chez les Park.

C’est un film basé sur les contrastes, là où la richesse fait échos à la pauvreté, la maison de la première à la mesquinerie de l’habitat de la seconde, la crapulerie face à la naïveté. C’est tout l’art du réalisateur de jouer avec les contrastes, avec la lumière et l’ombre, qui se contrastent et se mélangent aussi bien à l’image que symboliquement lorsqu’on descend dans les tréfonds de la maison comme dans ceux de l’âme humaine. Assurément, le traitement des personnages est d’une grande finesse, sans manichéisme ni jugement. C’est une comédie sans clowns, une tragédie sans méchants que nous fait vivre le cinéaste !

Un regard pessimiste sur l’état de notre monde,  l’écart social et la lutte des classes en est la base, mais l’autre variant c’est qu’il n’y a plus de solidarité entre les pauvres et qu’ils se battent entre eux. Où va le monde ?

 

Majida Boulia est issue d’une famille émancipée et militante pour l’indépendance de la Tunisie. Elle a hérité le nom de la célèbre militante tunisienne Majida Boulila, qu’elle porte comme une continuité d’engagement pour les libertés et l’émancipation de la femme.

Diplômée en sociologie et enseignante de français, Majida est une passionnée de cinéma et d’arts. Très jeune, elle fréquente les ciné-clubs, au début à Sfax sa ville natale, puis à Tunis au cours de ses études universitaires.

Elle devient membre actif à la fédération des cinéastes amateurs FTCA. Membre du bureau de la fédération tunisienne des ciné-clubs FTCC 2007/2010. Elle anime, durant quelques sessions, les débats des films projetés au  Fifej – Festival International du Film pour l’Enfance et la Jeunesse- Sousse Tunisie.

Présidente du ciné-club Tahar Chériaa à Sfax, durant plusieurs années, elle instaure « les jeudis du cinéma » au théâtre municipal de Sfax, et anime les débats des films projetés. Elle a organisé et animé les premières projections des nouveaux films tunisiens en présence des réalisateurs. Elle a aussi organisé plusieurs projections et débats de films, à veine sociale, dans la prison de Sfax. Sous son impulsion plusieurs ciné-clubs au sein des établissements scolaires ont vu le jour.

Elle est aussi très active dans la société civile. Elle a fondé et a fait partie de plusieurs associations et d’organisations culturelles notamment le club culturel « Majida Boulila » créé en 1993,  l’UNFT (Union nationale de la femme Tunisienne) bureau régional de Sfax en 1991; l’association culturelle de défense des valeurs de la laïcité dont elle est membre fondatrice en 2011 ; l’Association Majida Boulila pour la Modernité (AMBM) dont elle est fondatrice et présidente durant 4 mandats (actuellement présidente d’honneur).

Elle a produit et présenté une émission télévisée hebdomadaire  « les femmes de mon pays  » (Nisaa Biladi) présentant des femmes pionnières dans des spécialités historiquement masculines.
Par ailleurs, Majida Boulila est une des voix connues de la radio de Sfax dans les années 90 ; elle a produit et animé des émissions culturelles et sociales.

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