Centenaire de Pasolini / Hyacinthe

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Les jeudis d’Hyacinthe

Centenaire de Pasolini

L’abnégation de René de Ceccatty

Outre sa remarquable biographie de Pasolini, publiée en 2005 et rééditée en février dernier, René de Ceccatty, traducteur et romancier né à Tunis en 1950, semble porter la mémoire de Pier Paolo Pasolini comme une quête, celle de la Toison d’or ou du Saint-Graal. Ainsi, d’année en année, d’une traduction à une autre et d’une conférence à une autre, le jeune homme qui, « durant l’hiver 1969-1970, sortant à peine de l’adolescence, [il s’est] adressé à Pier Paolo Pasolini pour lui demander s’il accepterait de lire un manuscrit qu’[il avait] écrit après avoir vu Théorème au printemps de l’année qui venait de s’écouler, 1969. »

Voilà, le ton est donné au début de ce somptueux volume, intitulé Avec Pier Paolo Pasolini, récemment paru aux éditions du Rocher, où nous lisons d’emblée : « Bouleversé par ce film, j’avais lu le roman de Pasolini : c’était le premier livre que je lisais en italien. Et j’avais commencé la rédaction d’un roman, L’Enfant unique, au cours de l’été, à Avignon où je jouais ma pièce Frühling. L’Enfant unique racontait une amitié amoureuse entre deux garçons, Yves et Robert. Ce roman était rythmé par la structure de la messe, avec des répons en italien. Pasolini m’a répondu aussitôt : 21 février 1970, Cher (gentile) René de Ceccatty, d’accord, envoyez-moi votre roman dactylographié, même si je dois vous dire que ma connaissance de la langue française est faible (scarsa). Je vous remercie en tout cas pour votre gentillesse et croyez-moi vôtre, Pier Paolo Pasolini. » (p. 9)

Nous apprendrons que, malgré cette chaleur et des échanges qui suivront, René de Ceccatty ne rencontrera jamais Pier Paolo Pasolini « en chair et en os », mais, peut-être, c’est ce qui va nourrir cette passion qui a aujourd’hui plus de 53 ans d’âge. Cette passion vouée par René de Ceccatty à Pasolini est manifeste dans ce volume où l’œuvre, des romans et nouvelles au cinéma, en passant par la poésie, le théâtre, les relations de voyage, l’œuvre picturale, les essais et jusqu’aux correspondances et entretiens, se trouve examinée sous toutes ses coutures. Il est en effet rare en France qu’un auteur étranger soit aussi bien traduit et qu’il existe autour de son œuvre un tel travail d’édition, de recensement et de commentaire, si bien qu’on se demande si, dans les prochaines années, une édition digne de ce nom des œuvres complètes de Pasolini aura lieu, du moins sera réalisée sous le regard bienveillant de René de Ceccatty.

À ce titre, la table des matières est des plus riches et c’est avec plaisir que nous reproduisons ici ses grandes articulations, afin de donner à nos lecteurs l’envie de voyager en compagnie de René de Ceccatty et de Pier Paolo Pasolini :

I.Poète, romancier et polémiste: Le retour du bien-aimé ; Pasolini, l’anniversaire d’un impie ; Pasolini, le romancier et le poète ; Le sentiment tragique chez Pasolini ; Le travail du romancier : description, images mentales, rêves ; Pasolini : l’énormité de ma vie ; Pasolini, poète de la réalité ; Pasolini, aux deux extrémités de son œuvre ; Pasolini et l’usage de soi ; Du pétrole pour un brûlot ou un autodafé ? ; Dans le sable et la nuit ; La métaphore du sexe ; Solitude, douceur et révolte ; Pasolini, poète et polémiste ; Pasolini vivant sur scène, cinquante ans après. II. Cinéaste, dramaturge et peintre: Théâtre de parole, cinéma de poésie ; Pasolini, poète et cinéaste ; Le corsaire amoureux de la vie ; L’amie d’un poète ; Un pourfendeur de la télévision ; Après la projection de Mamma Roma ; Présentation de Théorème ; Théorème et la fonction sacrée de la sexualité ; L’ombre du Christ ; Le sacre amoureux : rituel, célébration, sacrifice ; Musique et peinture ; Susanna qui dort ; Pasolini, copie et bévue. III.Pasolini et les autres : Pasolini, lecteur critique et admiratif ; Pasolini et Genet ; Sade-Pasolini ; Leopardi et Pasolini, poésie et cinéma ; Foucault et Pasolini, interprètes d’Œdipe ; Une immortelle « autopietà » ; La mort de Nico Naldini ; L’aigle tremblant ; Le dernier cérémonial ; Maria Callas et l’usage des icônes ; Giorgio Caproni, lecteur Caproni et Pasolini, le cristal et le nœud de lumière Un chat écrasé, un zeste de citron, Pasolini et Sénac, Vincenzo Cerami, l’ami des artistes, Pasolini et sa cousine Graziella Chiarcossi, l’héritage Pasolini Pasolini et Moravia, une fraternité Pasolini et Anna Maria Ortese Pasolini et Shakespeare Pasolini et Ninetto, Laura Betti brûle les planches, L’amitié d’une artiste, Une comédienne provocante et une archiviste exceptionnelle, L’ascenseur de Sinclair et le vampire de Laura.IV. La mort : Le poète assassiné ; Scandales, procès, legs ; Mort de Pasolini de Dario Bellezza ; Un cul-de-sac devant le bidonville en bord de mer ; Meurtre de Pasolini, dernières lueurs sur un cas irrésolu ; Survie de Pasolini, prophète blasphémateur. V. Entretiens et projets : Les portes de Pasolini ; « Aujourd’hui il est plus facile de comprendre Pasolini » ; À la recherche de la réalité perdue ;Pasolini, poète frioulan ; « Un visionnaire, comme Leopardi » ;« La clameur du neuf, le chant de l’ancien » ; Pasolini était un pessimiste constructeur et révolté ; Vita Violenta ; Références des textes ; Bibliographie sélective ; Filmographie.

C’est quelque peu vertigineux, mais cela demeure à l’image de cette œuvre unique qui est celle de Pasolini.  Et c’est justement ce que nous pouvons constater dans ce beau-livre Pasolini par Pasolini, entretiens avec Jon Halliday, avec une préface de Nico Naldini, traduits de l’anglais et de l’italien, annotés et postfacés par René de Ceccatty.

Comme toujours, le traducteur met d’emblée les points sur les i : « La traduction de cet entretien a été réalisée à partir de sa version anglaise, mais en tenant compte des corrections apportées lors de l’établissement de la version italienne. Les conversations ont, en effet, eu lieu en langue italienne, durant deux semaines, au printemps 1968 avec probablement des ajouts, faits à la fin de l’année, si l’on en croit certaines des remarques qui se réfèrent au travail de Pasolini sur Orgie au théâtre et à la visite d’une exposition de Rouault dont on célébrait le dixième anniversaire de la mort. Jon Halliday a traduit en anglais l’enregistrement de cet entretien, paru en 1969, sous le pseudonyme d’Oswald Stack, chez Thames & Hudson. Il a ajouté une interview réalisée pour la BBC sur Théorème, une interview accordée à Lino Peroni pour la revue Inquadrature, et, enfin, pour la version italienne, un dernier dialogue tenu à la fin de l’automne 1971 à Rye où Pasolini tournait Les Contes de Canterbury. L’édition italienne est issue de cette version écrite, mais le traducteur italien (Cesare Salmaggi) a bénéficié de notes que le journaliste avait prises durant l’entretien. Nico Naldini, cousin, biographe de Pasolini et éditeur de nombreux inédits de son illustre parent, a pu contrôler le texte. Ce n’est, en effet, qu’en 1992, dix-sept ans après l’assassinat du cinéaste, qu’a paru la version italienne du texte publié tout d’abord en anglais, avec l’adjonction d’un avant-propos inédit de Jon Halliday, d’une préface de Nico Naldini, et donc d’un entretien supplémentaire réalisé en 1971. Nous avons apporté les précisions que nous jugions utiles au lecteur français. Ces entretiens s’arrêtent donc en 1971 et ne recouvrent pas la dernière partie pourtant cruciale de la vie et de la création du cinéaste poète. Nous donnons en postface des éléments pouvant compléter ce portrait jusqu’à la mort de Pasolini. »

Là encore, il s’agit d’un voyage dans l’œuvre-vie de Pasolini. La qualité de sesillustrations, qui font face aux entretiens et autres textes et commentaires, notamment l’éclairante postface où le traducteur rend compte des six dernières années de la vie du poète-cinéaste, de ses films ultérieurs jusqu’à son assassinat durant la nuit du 2 novembre 1975, nous fait entrer dans l’univers exceptionnel de Pier Paolo Pasolini dont la vie et la mort n’ont d’égales que sa présence actuelle, aujourd’hui encore, 47 ans après sa mort et un siècle après sa naissance.

Nous ne pouvons en fin de compte que saluer l’abnégation dont fait preuve René de Ceccatty pour la pérennité de Pier Paolo Pasolini.

 

 

René de Ceccatty, Avec Pier Pasolini, Monaco, éditions du Rocher, paru le 2 mars 2022, 560 pages, EAN : 9782268106984, 24 euros.

Pasolini par Pasolini, entretiens avec Jon Halliday, traduits de l’italien et de l’anglais par René de Ceccatty, Paris, Seuil, paru le 4 mars 2022, 240 pages, EAN : 9782021478976, 32 euros.

 

 

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Photo de couverture Par Auteur inconnu

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