Victor Hugo, l’absolu d’aimer

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Portrait de Victor Hugo, peint par Léon Bonnat en 1879. Huile sur toile. Musée du Château de Versailles.

Dans ces poèmes où l’amour devient souffle, lumière et destin, Victor Hugo explore l’élan romantique dans sa forme la plus intense.

Victor Hugo et l’amour absolu : poèmes majeurs du romantisme

Publié en février 2024 — Mise à jour : février 2026.

Par Monia Boulila

Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles ;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton cœur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini.

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
Ô fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant : « Où donc est ma sœur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine 

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;

Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire
Les mots où se répand le cœur mystérieux ;
Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j’ai vu tomber dans l’onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux rapides années :
– Passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m’abreuve et que j’ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre !
Mon cœur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !

Les femmes sont sur la terre 

Pour tout idéaliser ;
L’univers est un mystère
Que commente leur baiser.
C’est l’amour qui, pour ceinture,
A l’onde et le firmament,
Et dont toute la nature,
N’est, au fond, que l’ornement.

Tout ce qui brille, offre à l’âme
Son parfum ou sa couleur ;
Si Dieu n’avait fait la femme,
Il n’aurait pas fait la fleur.
A quoi bon vos étincelles,
Bleus saphirs, sans les yeux doux ?

Les diamants, sans les belles,
Ne sont plus que des cailloux ;
Et, dans les charmilles vertes,
Les roses dorment debout,
Et sont des bouches ouvertes
Pour ne rien dire du tout.

Tout objet qui charme ou rêve
Tient des femmes sa clarté ;
La perle blanche, sans Eve,
Sans toi, ma fière beauté,
Ressemblant, tout enlaidie,
A mon amour qui te fuit,
N’est plus que la maladie
D’une bête dans la nuit.

 

Victor Hugo, voix éternelle

Victor Hugo, l’absolu d’aimer
Portrait de Victor Hugo, peint par Léon Bonnat en 1879. Huile sur toile. Musée du Château de Versailles.

Victor Hugo naît en 1802 à Besançon et meurt en 1885 à Paris. Il est l’une des grandes figures du romantisme français. Très jeune, il veut devenir un grand écrivain : « être Chateaubriand ou rien »!. Il concrétise son rêve et devient une figure majeure du romantisme français.  Au 19ème siècle, il marque profondément la littérature française, et ses textes sont lus par un large public.

Mais Victor Hugo n’est pas seulement un poète. Il écrit des romans, des pièces de théâtre, des discours. Il s’engage aussi en politique. Opposé au Second Empire, il vit en exil près de vingt ans, à Jersey puis à Guernesey. Il défend la liberté, la justice et la paix. Il combat la peine de mort et rêve d’une Europe unie.

Dans ses grands livres, comme Notre-Dame de Paris et Les Misérables, il parle des pauvres, des oubliés, de la souffrance humaine. Il regarde le monde avec compassion.

Artiste aux multiples talents, il dessine beaucoup, imagine des décors et s’intéresse à la photographie. Son influence dépasse largement son époque. Après sa mort, son héritage continue de vivre à travers des institutions comme la Société des poètes françaisla Maison de Victor Hugo à Paris, installée dans l’un de ses anciens appartements ou encore  la Maison Victor Hugo à Besançon. Son œuvre, toujours étudiée et célébrée, reste une source d’inspiration en France et dans le monde.

Photo de couverture @Léon Bonnat, Portrait de Victor Hugo, 1879
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Poète, traductrice et rédactrice web. Rédactrice en chef du média culturel Souffle inédit. Déléguée de la Société des Poètes Français. Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.