Art aborigène : « Le temps du rêve » au Musée de Lodève

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Nonggirrnga Marawili, Water and Rocks I, 2016. Pigments naturels sur carton recyclé. 122x122 cm. Région d’origine : est de l’Arnhemland (Baniyala)

Au Musée de Lodève, l’exposition sur l’art aborigène révèle une culture millénaire où la terre n’est pas une propriété mais un lien vivant entre mémoire, territoire et création.

Art aborigène : « Le temps du rêve », une autre manière de voir la terre au Musée de Lodève

Par Rami Jamoussi

Le Musée de Lodève présente une exposition consacrée à l’art aborigène d’Australie. Plus d’une centaine d’œuvres, principalement réalisées entre les années 1990 et 2000, offriront un aperçu d’une culture où la création artistique est intimement liée au territoire, à la mémoire et à la vie quotidienne.
Ces pièces, comprenant des peintures, des sculptures et des objets rituels, constituent un parcours qui met en lumière plusieurs régions du continent australien. L’exposition va au-delà de la simple présentation de formes et de motifs : elle vise à explorer une vision du monde où la terre n’est pas une propriété, mais une relation fondamentale.

Art aborigène
Troncs creux peints par Samuel Namunjdja (2004), John Marwurndjul (2004) et Ivan Namirrikki (2025). Pigments naturels sur bois. Hauteur 122 à 143 cm Région d’origine : centre et ouest de l’Arnhemland (Maningrida et Marrkolidjban)

L’art comme mémoire vivante

Dans les cultures aborigènes, l’art n’est pas seulement esthétique. Il est un langage et une manière de transmettre le savoir.
Dans les sociétés autochtones, l’art ne se limite pas à sa dimension esthétique. Il fonctionne comme un langage et un moyen de communication pour la transmission du savoir.

Depuis des millénaires, les récits oraux, les chants, les représentations picturales et les cérémonies rituelles servent à sauvegarder l’histoire des communautés et à renforcer leurs liens avec le territoire. Ces expressions visuelles et narratives évoquent des parcours, désignent des sites géographiques et rappellent la présence des ancêtres. Elles décrivent également la manière dont les originels on façonné les paysages et institué les principes fondamentaux qui régissent l’existence.

Ainsi, peindre, chanter ou danser ne constitue pas une simple activité artistique. Il s’agit plutôt d’un mécanisme visant à maintenir la mémoire collective et à renouveler constamment les interactions entre les individus, leur environnement et les différentes générations.

Art aborigène
Tjukurrpa Palurukutu, Kutjupawana Palyantjanya, Same Stories, A New Way, 2009. Gravures sur papier chiffon. Région d’origine : Kiwirrkura (Kintore)

Trois chemins pour comprendre

L’exposition est structurée autour de trois concepts fondamentaux des cultures aborigènes.
Le concept de « Country » désigne le territoire. Il ne doit pas être perçu comme un simple espace à posséder, mais plutôt comme une entité vivante à laquelle les individus sont intrinsèquement liés et dont ils assurent la préservation.
« Creation » fait référence aux récits fondateurs, appelés Tjukurrpa en Australie centrale ou Wangarr dans l’Arnhem Land. Ces histoires expliquent l’origine des paysages, des animaux et des règles qui structurent l’existence.
Enfin, « Ceremony » évoque les pratiques rituelles : danse, chant, peinture corporelle ou performance. Ces gestes contribuent au maintien de l’équilibre du monde et garantissent la transmission des connaissances.

Ces trois dimensions sont indissociables. Elles constituent un système cohérent de pensée et de vie.

Art aborigène
Ronnie Tjampitjinpa, Bushfire Dreaming, 2003. Acrylique sur toile. 122×302 cm.
Région d’origine : Australie de l’ouest (Kintore)

Une mosaïque de cultures

Avant l’arrivée des Européens, l’Australie n’était pas un seul peuple. Le continent comptait environ 250 communautés différentes, chacune avec sa langue, ses coutumes et ses récits.

Cette diversité se retrouve dans les œuvres présentées. Certaines viennent des déserts du centre et de l’ouest, avec leurs formes abstraites et leurs rythmes colorés. D’autres viennent de l’Arnhem Land, où les artistes perpétuent une ancienne tradition de peinture sur écorce.

Les artistes réunis dans l’exposition appartiennent notamment aux peuples Pintupi, Pitjantjatjara, Warlpiri, Gija ou Yolngu. Chacun est lié à un territoire précis et entretient une relation profonde avec son Country, la terre dont il prend soin et à laquelle il appartient.

Une collection née de voyages

Une grande partie des œuvres présentées vient de la collection d’Alison et Peter W. Klein, constituée au fil des années.
Passionnés d’art, les deux collectionneurs ont découvert l’art aborigène lors de leurs voyages en Australie. Leur manière de choisir était simple : ils achetaient les œuvres qui les touchaient, sans suivre les modes du marché.
Aujourd’hui, leur collection réunit environ 2350 œuvres, dont près de 400 d’art aborigène. On y trouve des peintures à points, des stèles peintes et des œuvres sur papier, qui montrent la richesse et la vitalité de cet art contemporain.

Une rencontre entre cultures

Au Musée de Lodève, cette exposition trouve naturellement sa place. Depuis des années, le musée explore les liens entre les humains, la terre et les paysages qui les entourent.
L’art aborigène ouvre ici une autre manière de regarder le monde. Dans ces cultures, la terre n’est pas une propriété. Elle est un lieu de vie, de mémoire et de responsabilité. On n’y habite pas en propriétaire, mais en gardien.

Agenda

Exposition : Art aborigène
Musée de Lodève
Square Georges Auric, 34700 Lodève
Du 18 avril au 30 août 2026
Horaires : 10h30-13h / 14h-18h (fermé le lundi)

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Founder & Publishing Director
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Rami Jamoussi est journaliste culturel, fondateur et directeur de publication de Souffle inédit. Souffle inédit est inscrit à la Bibliothèque nationale de France sous le numéro ISSN 2739-879X.